04 novembre 2009
Clubbing juin
C’est un curieux entre-deux.
Un passage entre Mai et Juin, cette seconde soirée à la Villette, après the Body hier soir, the Mind, en cette douce nuit dédiée au label qui représente la Minimale à savoir Minus ou M_nus. Lookage plus fun/coloré que hier mais je garde l’option, veste, chemisette, chapeau. Pour contrer le manque d’alcool fort, je m’équipe d’une bonne vieille flasque de vodka pure. Autant y aller franco !
Dans la file d’attente, je tombe sur mister Pass-Pas, ainsi qu’un ancien videur du Bato. Déjà des têtes connues. On commence par BAREM en set d’intro, très bien, assez rentre-dedans direct, pas de lounge ce soir ! Je rencontre Faci bien à bloc puis pas mal de vieilles connaissances des afters de maître Réda. Belle nostalgie et nous décidons de mettre en commun nos ressources festives, vodka, cigarettes, redbull and co…

Ce coup-ci, les fumeurs n’ont pas été oubliés comme hier et on peut s’intoxiquer tranquille, au dehors, sous les arcades en fer forgé donnant sur le grand parc. GAISER prend la suite, toujours du lourd, du costaud, de la Minimale/House bien énervée avec des sons riches et un registre plutôt ample, en particulier grâce à quelques nappes surprenantes.
Vraiment du pur plaisir, partagé par un public en parfaite communion avec l’ambiance estivale et solaire. Mais il faut déjà faire place au maître suprême, RICHIE HAWTIN. Inventeur glacé du genre. Ce soir, il a décidé de taper dans le registre « dur ». C’est très percu, très house décharnée sans délires expérimentaux. Je reconnais le classique de Villalobos mais passé à la meuleuse à béton. Le light show est également dans le même ton, lumière blanche, très crue, fondant sur les murs immenses. Un ambiance un peu curieuse, comme funèbre, comme s’il fallait en finir, ce soir, avec son propre genre. Tuer sa propre création, enterrer sa Minimale/Frankenstein et voguer vers d’autres eaux. 
La halle est remplie, public un poil plus âgé qu’hier et la vibration est fabuleuse et freaky à la fois. Croisé Pauline du Bato, Vince, Syl et Alice en mode « pause-clubbing» a qui je troque ma dernière clope contre son fond de vodka-redbull tandis qu’elle se fout de moi alors que j’essaye d’envoyer un SMS. Je tape comme un vieux, tout lent. RICHIE continue son très long set mortuaire et ouvre idéalement pour MAGDA. Le set est proprement terrifiant ! On se croirait au cœur du Mordor ! Lumières brûlante et une électro râpeuse, sans concession aucune ! 
Je suis bien altéré, je dois avouer, mais également très bien, j’oscille dans cette musique risquée et incandescente. Le bar se retrouve vidé de tout alcool vers 5 heures, plus de red, plus de champ ‘. Le public a tout bu, les gens dansent, sont à fond. C’est d’une beauté qui touche à une forme de perfection.
Sur la fin, MAGDA, en reine-lézard, nous achève par du Cobblestone Jazz puis par un remix vraiment louche et profond de Art Of Noïse. Je ne m’étonne plus de rien, j’ai dépassé les frontières. Deux gentils perchés en profitent pour me donner des plumes violettes et customiser mon chapeau. Me donnant un style encore plus « Pimp ». « Pimp my clubber », un nouveau concept ? 
A la sortie, je tombe sur Aurélie, un peu fatiguée.
Retour dans le premier soleil.
Quelques jours plus tard, le 13 juin, je repère une soirée « Outside Moëbius » à la Bellevilloise. En ancien fils du « Métal Hurlant », fan de l’Incal et du Major Fatal, je parviens à décider ma femme et ses amis à passer la soirée là bas. Pot en terrasse, douce ambiance bobo et restau moyen. On s’éternise un peu, quelques bières et au final, je suis trop loin pour revenir à la Bellevilloise et du coup je me replie à ma seconde base, nautique et rouge, le Bato.

Il est tard ou tôt, je suis déjà bien altéré, mais l’envie de danser secoue ma carcasse décadente. Bonne petite affluence, je squatte tranquillement la terrasse. Toujours de bonnes surprises aux soirées IMBROGLIO, mais j’ai raté les stars et je me laisse porter par la house bizarroïde de KIMO et les classiques de TIBO’Z. 
Du plaisir dans des sonorités old-school, dérive mentale en oblique. Danse osseuse avec des spectres blonds et je passe en mode suicide-alcoolique en alternant bière et sky. Discussion avec une certaine Kenya et un jeune à bloc, bien sympa.

Une belle aube se déconstruit devant moi sur le chemin du retour. Mais je profite d’une bouche d’égoût, symbole circulaire, pour y déposer une dernière offrande, bière/sky et ainsi éviter les ultimes gorgées fatales.
Léger break, mais déjà s’annonce une Backstage en ce 19 juin ! Passage obligatoire et fidélité oblige ! Du coup j’arrive tôt pour écouter le beau mix de Brian et DOLIBOX. Pas mal de connaissances. Les survivants de l’ère Minimale et captage du posse habituel, Stef, Amar, Valentine and co. 
La soirée se développe doucement, bien calée dans une house minimale de bon aloi, Les pots s’enchaînent, la fièvre monte peu à peu. Mais à l’arrivée d’ARK, la Backstage va passer dans une étrange dimension. Le gars porte un débardeur blanc, blondinet fantasque, bien énervé. 
Et… La Minimale se fait submerger par du funk très FM, à l’ancienne. Retour vers les années 80’s, au début des « hits des clubs ». Sélection curieuse, cheesy, limite grinçante. Bizarrement, ça me fait bien marrer et je lance la machine à danser ! 
Dans cette étrange musique, au final assez gonflée et limite, bientôt huée par le public, je me fais aborder par une charmante demoiselle qui bosse chez Tigersuhsi. « Tu danses tout seul ou bien ? » 
L’altération est déjà bien entamée lorsque nous dansons dans les lueurs étranges. Paroles curieuses portées par ce funk venu du fond des temps. Substances allergènes. Mélanges interdits. Pause double-sky tandis que ARK se fait un peu jeter pour être remplacé par AUDIO WERNER. Classique DJ berlinois tendance Minimale en béton armé. Un peu de mal à rentrer dans son set rugueux et ultra calibré mais à force, les structures reviennent et on se laisse porter.

Continuons à danser jusqu’au matin avec Jos, Stef et autres puis au final, les survivants vont céder à l’appel d’une ultime after aux 4 vents. Nous embarquons un musicos ou DJ de Marseille dans la sarabande terminale alors que d’autres groupes se forment, s’émiettent. 
On y retrouve mister Jedsa pour de la bonne petite house. Presque personne. On tombe sur quelques vieux briscards, dont Nadia et Vanessa, peut-être.
La matinée commence doucement. Je ne reste pas très longtemps dans les tentures rouges. Une véritable after à la texture de fin de fête, comme s’il fallait tirer le rideau, au moins, ce jour… 
Le 21 juin, je ne sais quel démon me décide à faire une virée pour la fête de la musique ? Je tente le Bato avec Sylvain et ses amis mais c’est lourd, encombré, filtrage ultime. Dommage, les quais étaient plutôt sympas. J’aurais du suivre les jeunes tribeux de l’autre côté. J’attends avec les jeunes bourrés puis lassé, je rentre direct.
Nous sommes déjà le 25, passage rue Muler chez Baleine Noire. Quelques bières au sein du curieux cabinet puis escale au pub « Le FROGS » pour y prendre mon repas. Une bière brune qui manque de m’achever avant le début de la soirée au Bato qui doit lancer les FREAK N CHIC de l’été.

On commence avec :TERRY : toujours nickel, DAN GHENACIA, le boss, qui ce soir est vraiment en forme et ouvre pour REBOOT de chez Cadenza, bien puissant,. Il nous distille une house plutôt ouverte, assez savante… Pas mal du tout. Je me démène comme un beau diable, croise Vivi, HAK, Syl and co. Les fidèles.
Je fatigue assez vite par contre et rentre vers 4 heures. Boulot demain, un peu de sérieux tout de même !
Le lendemain, j’enchaîne avec un apéro SF en compagnie de Val de Sylvain et d’une de ses copines. Ambiance assez fermée. Petit cercle de la SF, du coup, on reste dans notre coin. Passage ensuite dans mon restau magique, le Fuket, rue Oberkampf, en prévision d’une soirée WET FOR ME au Nouveau Casino. C’est surtout TETINE qui me motive, vu que j’adore leurs clips et leur mélange électro rock brésilien, sans complexe. Et vu qu’il y a aussi MAUD (de Scratch Massive) et La CARDINI ! C’est à ne pas rater. Ni Val, ni Sylvain ne suivent et je me pointe en solo devant le club.

Je tombe sur deux étranges mais sympathiques lascars qui s’imbibent de 8.6 en dégoisant sur la Dark Folk et en reprenant en cœur des titres de « BRUTAL FRONT » et autre standards Oï. Second degré, déconne, bien sûr mais ça me tend légèrement la fibre. Surtout vis-à-vis du videur qui semble modérément goûter cet exercice de provocation d’exégète.
J’arrive quand même à entrer, en sacrifiant un peu mes nouveaux amis, disqualifiés à cause de leur cannette. Plus de batterie dans le télé/appareil photo, juste deux impressions fugitives sur TETINE. Le groupe me déçoit violemment en live, passé les deux premiers titres bien dansant. Trop foutraque dans le mauvais sens du terme voire sirupeux.
Je tombe sur Fantomette puis me laisse happer par le set classieux et sublime de MAUD. De la belle ouvrage, une électro fine et qui ravage en douceur. Voilà mister Stef et on va rougner sur CARDINI toujours au top !
Fin de soirée un peu destructurée. Une grande Black m’accoste.
« T’as intérêt à être homo, toi ! T’es trop beau gosse, tu ressembles à un vieil acteur ricain ». Après computation, il s’agit de Billy Bob Thornton. Ha oui, vieux vieux quand même. Mais classy donc on va prendre ça pour un compliment. Nous portons un toast à mon gamin. He oui, hétéro désolé, marié, père de famille, tout ça quoi ! Mais partageons ce verre de vin blanc et dansons jusqu’à franchir la barrière altérée !
C’est déjà la sortie ! Stef cherche les étoiles sur son IPhone et je me dis que la soirée était vraiment pas mal, dans le ton de certaines nuits passées au Pulp.
Le 28, je me traîne comme une âme en peine à EAUBONNE pour un festival Polar.
Je suis surpris par cette journée qui se révèle passionnante. Accueil grande classe, débats intéressants et quelques belles rencontres. Tellement bon qu’on se termine chez mister Nicolas Jaillet, un auteur d'Après la Lune, à boire quelques verres et à grignoter des légumes.
Je rentre bien trop tard, le pas sinueux, comme un serpent estival.
23 octobre 2009
A Contrario
Entre deux soirées, ci-joint une compilation de blogs que je visite régulièrement, en quête d’infos non frelatées ou de sang frais.
Commençons par, « une excroissance », le blog d’Antoine Chainas. A la fois laboratoire d’expérimentations personnelles, annonces, poésies et exhibition des goûts « Trash » et « SF » de son propriétaire.
http://zymansky.over-blog.com/
Du coup, j’ai finis par acheter et lire « Versus », paru en folio. Portraits de deux flics sur l’abîme et de la mère d’une ancienne victime d’un crime pédophile. Un roman très sombre qui ne se lâche pas. Etrangement, je ne le rapproche pas d’Ellroy ni de Maurice G, comme on a pu le lire dans la presse ou sur quelques sites mais plutôt de Robin Cook voire de Frédéric Dard.
Dard ?
Oui, car premièrement Dard, ce n’est pas que San Antonio. C’est un écrivain qui a signé en son temps, et souvent sous son nom, des romans très noirs, violents parfois nihilistes. Ensuite, ce qui m’a immédiatement fait penser à Dard, c’est la présentation du bordel de l’horreur « High tech ». 95% des auteurs de thriller/noir auraient traité ça façon film d’horreur avec progression graduée dans l’ignoble ect… La découverte de l’horrible bordel empreint de mercatique est plutôt « fun », légère et par conséquent plus marquante.
Autre chose à signaler, l’auteur pose clairement les lignes de démarcation entre lui-même et ses personnages. Ainsi la logorrhée haineuse de Nazutti, le personnage central du bouquin, reste bien circonscrite évitant les écueils de la contamination. Un principe que l’on retrouve dans le très noir et extrême « Hécatombe » de Nada.
A savoir une vraie mise à distance avec son sujet et ses personnages, un peu comme dans cette incroyable scène de « L’inspecteur Harry » quand Dirty Harry se met à torturer le sniper « Scorpion » et que la caméra de Don Siegel s’éloigne rapidement du stade de foot en hélicoptère.
Dans l’antiquité (les années 80’s/90’s) les auteurs semblaient se fondre dans le sujet jusqu’à embrasser certains tics de langage. Ellroy en est un spécialiste dans ses premiers romans. Le mot d’ordre était plutôt, "si j’écris sur des flics violents et racistes, je vais adopter un vocabulaire similaire".
Passons maintenant au blog de Dhalia, qui renferme quelques belles critiques culturelles, diverses et variées.
http://www.ohmydahlia.com/blog/
Elle a également récemment sorti son premier livre « Adore » chez Léo Scheer.
Ouvrage que je me suis empressé de lire mais qui ne m’a pas spécialement emballé. Certes l’écriture est élégante et les pièges du trashou/crassou sont évités mais… Je crois simplement que le sujet en lui-même m’a barbé. Ok, une fille se fait larguer par SMS par son copain, elle l’entrave et le force à l’écouter.
D’accord. La fille est plutôt gentille malgré son sadisme présumé. En fait, elle est toute simple et funky, le garçon par contre, s’en traîne une couche et « les draps noirs » de kéké goth, ça méritait, au moins l’ablation de la rate.
Pas de ninjas ? Pas de zombies, pas d’explosions et même pas le museau d’un kobold ! A oui, j’oubliais, c’est en litt-gen, comme on dit, du « blanc ». Un autre sous-genre, sans armes, ni gobelins, ni croiseurs stellaires.
Bon, je charge un brin la mule et j’attends la suite avec autre sujet puisque l’essentiel est là, une vraie écriture, un style.
Une brève glissade sur le blog de Fabrice Colin, dandy stakhanoviste, que je compulse régulièrement malgré mon allergie tardive à la pop anglaise. Radiohead, passé « Creep » et « Ok Computer » ça m’endort assez vite.
http://fabrice-colin.over-blog.com/
Pas lu grand-chose du monsieur, hormis le redoutable Atomic Bomb, pochade bicéphale écrite avec David Calvo, à la fois tordante, énervante et parfois navrante (la dernière partie surtout). Mais je dois avouer que son blog est souvent passionnant.
On se rapatrie en vitesse sur des territoires connus en cliquant sur le tranchant « J’irais verser du Nuoc-Mâm sur tes tripes ». Du dub de zombies italiens à moustache, de l’électro hippie-core ? De la Noïse et des lapins nains férus de jazz ? Que demander de plus ?
http://surtestripes.blogspot.com/
Le bougre écrit régulièrement dans Tsugi et Noïse, le seul magazine papier musical encore indispensable dans cette partie de l’univers !
Pour finir cette rapide sélection, une excellente chronique du « Tacot d’Elsa Lambiek » sur le site K-Libre, un bel observatoire des textes sombres et polardeux.
http://www.k-libre.fr/klibre-ve/
Une histoire belge gore (par Julien Védrenne)
Trois étudiants décident de profiter pleinement de leur dernière année à la fac de Rennes avant d'entrer dans un monde d'adulte qu'ils ont peur d'aborder. Parmi eux, Jacques, qui va chercher la compagnie d'Elsa, une boursière belge qui est l'exacte contraire de ses conquêtes habituelles. Elsa est une garçonne, chaussée de Doc Martens, avec des cheveux gras et une vieille caisse. Peu à peu, il apprend à l'apprécier malgré les quolibets de ses deux compères et les regards des autres. Mais un jour débarque Gilbert, son meilleur ami. Tout commence à dégénérer. L'ambiance est délétère. Gilbert est un provocateur qui se joue des étudiants lorsque les nombreuses soirées décadentes battent leur plein. Gilbert peut se targuer d'être coprophage, de prendre une assiette et de baisser son froc pour chier dedans. Jusqu'à la bagarre, les regards haineux et les disparitions étranges.
Avec Le Tacot d'Elsa Lambiek, Laurent Fétis se joue des contraintes. Ce court roman qui débute comme un feuilleton aux sentiments mièvres pour s'achever comme un film gore horrifique est surtout très bien structuré et équilibré. L'on sent que Laurent Fétis a toujours eu en tête la longueur du manuscrit qu'il devrait rendre (n'oublions pas que les ouvrages de la collection ne font que 96 pages ; l'hommage à un roman de la "Série noire" est, lui, peu évident. Le Tacot d'Elsa Lambiek est un hommage au Tango des alambiques, de Robert O. Saber. Les deux intrigues n'ont strictement rien à voir et l'homophonie des titres reste quand même un peu bancale). L'évolution des rapports entre tous les protagonistes va lentement s'amplifiant pour arriver à un éclatement total et gore, prévisible pour le lecteur qui connait Laurent Fétis, imprévisible pour ses personnages. Quand les monstres débarquent dans un monde de monstres, il ne peut arriver que des histoires monstres : c'est Le Tacot d'Elsa Lambiek !
Citation
Armelle ? Je comprends pas ! On a juste flirté, non. Un peu de pelotage peut-être. J'ai pas super imprimé la fin de soirée. Je me souviens de son prénom, c'est déjà pas mal !
http://surtestripes.blogspot.com
10 octobre 2009
Clubbing en Mai
Avis de Décès : La Minimale décède en Mai.
Commençons le joli mois de Mai par une virée au Nouveau Casino pour les 4 ans des soirées Smallville Parties que je prends un malin plaisir à rater, malgré mon envie de voir Pantha du Prince, depuis un temps certain.
Une entrée gratos grâce aux mails reçus dans la semaine et je trace direct Rue Oberkampf. Eclairage sombre et projections de graphismes vectoriels plutôt bien foutus. Avions, visages. De quoi bien décoller dans la micro house et la tech bien ciselée.
PANTHA DU PRINCE pour commencer soft et deep. Boucles profondes et des petites touches. Une touriste m’aborde, sud américaine peut-être, elle recherche des prods. Je lui dis que je suis largué mais devant son instance finit par lui conseiller d’aller voir dehors, dans la rue du QG. Ce rade maudit. Bon set princier, élégant et finaud.
PATRICE SCOTT, leader du label Sistrum prend le relais avec sa house furieuse de Detroit qui donne sévèrement envie de danser.
Je trouve un verre de rouge orphelin, hésite, mais comme il est plein, je l’adopte et vais le siroter tel un prince lointain dans ma bulle cancérigène. Une demoiselle brune passe et dépose ostensiblement un flyer pour une soirée future. Marc Houle au Glaz’art. Je m’en empare, pour suivre le fluide nocturne, traquer les indices.
Final par le résident Julius Steinhoff et Jacques . Bien correct, pas trop violent.
Le 02 mai, samedi tranquille, jeux de plateau, bière, fumée et trahisons. On avance vite jusqu’au 07 mai, retour au BATOFAR avec SIGNAL ELECTRIQUE + FX PROJEKT +SUBVERSIVE BOY + BURN. On avise la « canard » connexion et on retrouve donc la joyeuse bande (Peydey, Divine, Sylvian, Anna, and co…) sur le pont du Bato. On attaque direct, Black Russian, pour pas perdre le groove.
Pendant que FX PROJEKT chauffe la salle avec un joli phrasé rap mâtiné de Trip Hop, on papote, on téléphone, on se chipe nos chapeaux et on compare nos lourdes bagues morbides. Pas mal du tout en fait ce projet de FX, big beat absolument pas nostalgique, 2 step bien vitaminé.
Bon, voici la BURN ! J’étais venu pour enfin la voir, ayant juste porté ses disques et sa basse lors de son dernier passage à l’OPA, soirée ayant fini en une after bien puissante dont les échos résonnent encore parfois au fond de mes ossements.
Un set bien hargneux, électro solo bien rentre-dedans et provocation des rares mâles à oser s’approcher de la scène. « Les mecs du Sud ». Divine vient la rejoindre pour un bon petit duo. Bonne voix (également chanteuse chez Shane Cough, tout de même), paroles acides/pétasses comme on aime. Je kiffe bien « les tubes qui groovent » et l’imparable « Culture Klub » dont les paroles cassent bien et font quand même danser dans le rouge.
Allez, je commence à laisser filer et retrouve des signes des soirées antérieures dans les toilettes du Bato, dont cet étrange mouton et cette toute petite maison. Houlà ! Un verre perdu ! Je goûte. Etrange. Perrier/ vin blanc, ou autre ? Quelle importance ? Tudieu ! J’ai perdu la bande ! Et le set est déjà fini. Ralala, trop court ! Trop court ! Mais bon faut bien préparer le terrain pour les SIGNAL ELECTRIQUE, très stars en chapeau de cow-boy et spencers zèbres.
Revoilà Sylvain, bien bien cassé, les méfaits des Backstage ! Le transfert a fait mal ! Mission illogique et pause/break dans l’une des tentes extérieures. Le retour va être très long et fracassé. On refuse un taxi qui a l’air encore plus attaqué que nous, on retrouve la Burnmobile et là ! Miracle ! Je trouve une bière toute fraîche presque pas entamée.
Les dieux sont avec nous. Hop on traîne Sylvain jusqu’au métro et passage halluciné pendant lequel BURN va rappeler un CEO ou un attaché de presse. Le gar reste assez stoïque malgré l’appel tardif, respect !
Nous nous échouons à Neuilly, dans les nuages psychotroniques d’un bel appartement. Tout le monde s’endort, ralentit son métabolisme respectif. Je devrais rentrer. Une dernière vodka, peut-être ?
Le 08 au soir, Berlin m’appelle on dirait ? Je vais laisser Christophe Willem déblatérer et me régénérer pour la soirée TOKYO DECADANCE à venir.
Nous sommes le 09, peut être, je fends les corridors mollassons du métro pour émerger au Glazart. Looké japan light. Chapeau, lunettes, veste chinoise frappée du grand dragon écarlate et gants d’alchimiste du métal total. Une bonne foule, jeune et superbement lookée. Un plaisir intense, juste à être là. Tiens, à la caisse, je reconnais une ex serveuse du Bato. Je retrouve la bande de la soirée BURN, un peu plus fatiguée, mais Sylvain, trés pro, a bien récupéré.
Grosse foule, électro/Cyber/cosplay/Mangas/Furries et du coup une chaleur moite qui s’insinue dans le club de la porte de la Villette. Je n’étais pas revenu depuis longtemps mais ça me fait bien plaisir de me retrouver ici. Il y a une vraie ambiance et la patio fumeur ouvert sur l’extérieur est juste parfait ! Un petit côté club Allemand façon "Visionnaire", mais inversé.
Bon, je kiffe modérément les performers et happenings de SELIA, MICHI, MIHO, PINPIX, DORIAN, GALACTICA, HENNAYATSU. Des Dolls, des danses de talentos, du karaoke trashou, du strip tease dans le slime. Hormis les cages de plastique, ça m’emmerde un peu à l’opposée de certains adeptes bien hystériques. Même la chanson des hôtesses de l’air ne me fait rien de spécial.
Rayon DJ, c’est carrément mieux, avec DJ CEDRICOU ? SLASH et sourtout S20 qui va jouer dans le rouge, un gros bloc de Rock/Electro/big beat/EBM comme lui seul a le secret.
Je retrouve TCO et Angelica qui me détaille le happening gore que je viens de rater. Damned ! On termine avec DJ SISEN, une sorte de star qui relance les ultimes hystéries mais qui au final assure pas mal aux platines. Electro darkeuse avec un peu de rock. Assez bien foutue, dansante. Une belle communion finale.
Derniers instants dans la zone fumeur. On me parle d’une after au Barbizon dans le 13 ème. Etrangement, je me sens un peu « out » dans cette ambiance de fin de soirée et j’accroche moyen avec le gars qui me refile le plan. Faut parfois savoir jeter l’éponge et se rentrer doucement.
Vendredi 15 mai, j’hésite à me plonger dans la suite des aventures de « Kitaro le repoussant », sublime manga, jouer à Warhammer Online, ou mater les Mistons. Mais en fin de soirée j’expérimente un cockail interdit par la convention de Genève, base de vodka/powerade bleue et génépi (alcool de tueur à 70%). Un peu rude mais efficace. Tiens, si je retournais au Nouveau Casino pour tenter une vraie soirée Fidget ?
A peine le temps de formuler cette question, que j’ai déjà chaussé mes pompes zébras et que je me dirige vers la rue Oberkampf. L’anglais porte casquette et chemise « grunge » de bucheron et attaque son set comme un furieux ! Avec entre autre ses tubes tels que « BAD MAN HORROR THEME » qui pioche dans le rap/Grime et l’électro bondissante et frénétique à la TEPR/JUSTICE. J’accroche direct et me fait happer par les ondulations booty des demoiselles, les russes noircis et les fameuses grosses basses.
Première partie du set absolument sans faute, mélange électro nu-rave sans complexe, flirtant avec le hardstyle et l’eurodance sans se vautrer dans la vulgarité. C’est donc ça la Fidget, sorte de réponse maximale à la Minimale justement. L’envie de faire exploser le carcan des boucles deeps et des montées mentales, une exultation du corps dans les paillettes et le rap/house/Rock/Funk ce que tu veux du moment que ça le fasse ! Et le tout lié par la micro house vonstronkienne. Selon les puristes.
Par contre, la seconde partie est plus faible, moins bien tenue, le funk se délite, un peu mollasson.
La tendance s’inverse avec le passage de MikIX the Cat, parisien signé sur le label américain « Trouble and Bass ». Ca démarre très sèchement, avec une micro house mâtinée de sons raves. Là encore, nous ne sommes pas volé question basses car ça bastonne, ça perfore, ça martèle le béton… Et puis, peu à peu, on se laisse prendre à son jeu raffiné et ça en devient franchement passionnant. Pas facile et moins « délire fun » que A1 mais plus tribal/acide. Excellentes triturations de chants afro mélangées à de la house abrasive.
MED DAMON ou A4C vont boucler le bal des basses et mes chaussures bicolores me ramènent à la base.
Le lendemain, bonne forme et apéro dinatoire avec madame K. et ses copines, à Aubervilliers dans un loft immense, ancienne usine de colle à os ! Ca ne s’invente pas. Lookage chapeau noir et T-shirt rouge.
Nous buvons et groovons avec les élites socialo/communistes sous le patronage de Lénine et les couinements d’un flipper vintage. Je flashe direct sur un Coteau du Layon avant de me cramer avec une vraie conscience de classe dans la vodka/fruits rouges. Du punch, des gens relax, un peu de politique et de flirts adulescents sur fond de Madonna et DM.
Ouch ! De la chanson française aussi, du Manu Chao, vite, je me planque dans les toilettes pour savourer un punch qui fait mal et pense à m’exfiltrer de cette excellente before. C’est vrai que le Glazart n’est pas loin, au bout de la rue, pour ainsi dire.
Soirée CLASH « joint –venture » entre B-TRAX et PLASTIC, avec en star MARC HOULE et HOBO de chez M-nus, encadrés par les résidents BEN-MEN, OKINO, TARLOUF X. J’ai vais avec Véronique, un tantinet énervée qui a un besoin de s’éclater dans une éléctro soutenue. Passage de la barrière rouge et une très bonne surprise, puisque le son est nickel, l’air respirable et l’ambiance excellente.
A vrai dire, je n’attendais rien de MARC HOULE, quelques hits, un bon boulot de support/suivi de Richie Hawtin mais qui m’avait assez déçu lors de lives peu inspirés.
Cette nuit, c’est tout l’inverse. Il nous assène une techno froide, sans concession, dépouillée de tout artifice, sans le masque de la Minimale. Carré, agressif avec des vraies montées assumées. Juste parfait. Véro jette assez vite l’éponge et je m’approche doucement du bar pour siroter un petit Black Russian. Je rencontre des jumelles, Carole et sa sœur et une de leur copine qui insistent pour m’offrir une bière. Je suis déjà passé au Black, on va temporiser, bon allez, une gorgée pour faire plaisir.
DJ JOLLAN prend la suite et parvient à garder une saine tension dansante. J’avise Aurélie, avec ses ailes de fée, en véritable papillon noir des longues nuits électro de légende. Haute magie en rouge et blanc. Danses, déconne et gros son. Que demander de plus ?
A part un petit Jack Daniels en fin de soirée… Dernières impressions mentales avant de plonger au plus profond de soi même, dans les piliers de béton brut qui pulsent, bleus, encadrés par de charmants déjantés.
After ? Un copain à Aurélie me propose un plan pas loin, mais je reste étrangement focalisé sur le BARBIZON, ayant raté l’after TOKYO DECADANCE, la semaine dernière, à priori très cyber. Je rôde dans la ville encore endormie tel Haliday dans un film de Johnny To. Le squat semble définitivement fermé. Mauvaise option.
Le 23 mai, c’est un petit marathon sonique qui se profile avec en guise d’introduction un mini-festival métal/Noïse encore au Glazart, décidément ! J’y retourne sans cesse, magnétisé par l’endroit. C’est surtout JARBOE et GUAPO qui me branchent mais au final, j’apprends que Guapo est annulé.
Damnation ! Tant pis, j’ai ma place, je trace ! Marrant de retrouver la scène métal après des années de clubbing/électro. Que des gens en noir, dont Yannick Blay, Cadav and co… Quelques groupes français pour commencer, issus des productions TRENKILL. EVERY REASON TO, COMITY et CELESTE. Du bon métal bien alourdi façon Neurosis et compagnie.
J’apprécie avec modération tandis que j’enquille les bières. Ca oscille entre le très bon et le moyen avec une mention pour CELESTE et son dispositif radical, fumigène et lampes rouges frontales pour les musiciens. Des paroles en français lourdes et dégorgeant de hargne. On frôle le EYEHATEGOD… Par contre, ça a du mal à tenir sur la durée, dommage mais intéressant.
J’accroche assez peu sur ESOTERIC, une sorte de métal psyché assez alambiqué et symphonique dont les titres n’en finissent plus.
JARBOE c’est juste la catastrophe totale. Des musiciens mercenaires, très bons par contre, mais dont le son dessert totalement la poésie déclamée de la dame qui ne dégage rien. Une femme qui récite son cahier de textes. Dire que c’était une de nos idoles, nous pauvres gothiques fans des SWANS !
Je m’arrache et vais d’abord faire une esacle au PHUKET, mon restau des secrets rue Oberkampf, pour m’abreuver de Tsingtao et de soupe de poulet.
Ensuite, destination le SOCIAL CLUB pour une soirée SUPERPITCHER organisée par GET THE CURSE. Arrivée extrêmement tôt, je suis même le premier à groove, face au pilier, sur le son de Micky, très bon ce soir. Le club se remplit assez vite. Pas mal de touristes anglais. On me présente à une certaine Jemma et ses copines, sympas. Le son est bon, le groove tranquille et le plus important, j’ai repéré le petit bar à Jäger. 
Des chapeaux mystérieux nous frôlent tandis que SUPERPITCHER prend les platines pour un très long set assez peu minimal mais plutôt Tech/généreux, housse bien joyeuse, pas loin de la limite du soleil mais avec toujours un son qui percute.
Bien dans le fun jusqu’à ce que CLEMENT MAYER prenne la suite et fasse passer la nuit sous la barre dark et profonde qui le caractérise. Ses sets sont de mieux en mieux, de mon point de vue. Du sombre assumé, du mental un peu torve.
En fin de soirée, je retrouve Gina, en galante compagnie et STEF qui vient lui aussi bien profiter du son de Clément. Fin de soirée étrange en compagnie d’une certaine Sonia qui insiste pour lui payer un verre et de sa sœur que nous retrouvons au dehors. Champagne + Jäger, ça donne ? Heu, bizarre.
Un jeune homme ivre mort s’accroche au poteau du SOCIAL comme à une dernière chance. Derniers sourires et départ dans un monde en construction.
Fin du mois, j’accuse très légèrement une certaine fatigue mais il y a cette double soirée à la villette. WE LOVE SONIQUE avec deux parties, THE BODY et THE MIND.
Commençons le vendredi soir à la Grande Halle, arrivée tôt, looké darkeux, chapeau et liquette sombre à têtes de mort. Détail marrant, dans la file, je rencontre un ancien videur du Bato reconverti dans le tract ainsi que Monsieur Pass-Pass.
En Warm up, nous avons le droit à 8 BIT BOY, pas mal pour chauffer la grande salle un peu vide. Légère déception, juste de la bibine, du champ’ et de la Redbull. Et pas de zone fumeur prévue ! Herm ! du coup, ça clope sans trop de vergogne sur le dancefloor.
Le set de DIPLO est excellent, bien riche, rap/électro/dub avec une pincée de rock aride, on a même le droit aux Beasties Boys, c’est la joie ! Une tendance à partir dans le n’importe quoi mais ça permet de garder une belle ambiance. Un public assez jeune par contre, genre des graphistes géants barbus de 20 balais qui sautent partout. Il me semble deviner Richie Hawtin, en périphérie, en train de kiffer comme un petit fou. Passation de pouvoir ?
Le set de DJ HELL est assez étrange, un début purement minimal, puis ça vire à la techno dark avant de nous balancer des reprises kitsch de titres de Mozart puis du Cobblestone Jazz. Cet homme ne cessera jamais de m’étonner avec son petit pull noir à col roulé. Une certaine Camille, très sympa, m’aborde, quelques clopes, une danse et voici le final de cette bien belle nuit.
JESSE ROSE, un son très house afters berlinoises. La halle est à moitié remplie, le son a été bien ample, les lights shows énormes. L’endroit idéal pour les grosses pointures de la techno.
Je rentre sans me douter que demain, au même endroit, la Minimale va mourir…
A suivre…
http://www.myspace.com/fxprojekt
http://www.myspace.com/burnscrazy
http://www.myspace.com/a1bassline
http://www.myspace.com/mikixthecat
http://www.myspace.com/unhiverdeplus
06 septembre 2009
Club Van Helsing : dernier épisode
After show
Ils arrivèrent à Paris en un temps record. Le commandant Katab s’était surpassé. Le trajet le plus long et le plus éprouvant fut au final celui qui les mena de l’aéroport privé du Bourget jusqu’au centre de la capitale française. Un taxi de maître mais qui resta coincé derrière des ralentissements provoqués par les multiples marchés qui se montaient dans l’aube bleue et glacée.
Enfin, sur les coups de 07 heures du matin, le taxi se gara devant le pont Alexandre III. Le couple en combinaison noire sortit et erra quelques minutes sur monument avant de remarquer la flèche qui indiquait l’escalier menant à l’entrée du club. Devant le tapis rouge, il y avait un unique videur. Un grand blond qui se retenait de bâiller. Quand il aperçut la Lamie et son compagnon, un quinquagénaire à chapeau habillé intégralement en cuir, il soupira. Encore des cinglés qui allaient tenter de filtrer dans cette after privée. Contre toute attente, le quinqua lui donna la bonne phrase et il fut contraint de les laisser passer.
La musique était encore assourdissante, une techno dépouillée et planante, émaillée d’envolées pop. Le club était pratiquement vide. Moins d’une centaine de personnes évoluaient entre les hautes arcades, l’immense bar central et les multiples banquettes discrètement disséminées dans le grand espace. Les lumières oranges et roses éclairaient une piste de bois sombre et les quelques danseurs qui ondulaient au rythme de la musique. Lachlan s’alluma une cigarette et se mit à arpenter le Showcase, insensible aux regards intrigués qui se posaient sur lui et sa compagne. Lorsqu’il se dirigea vers le dancefloor principal, il repéra tout de suite le Prince.
Se dernier se tenait sur scène. Grand blond dégingandé vêtu d’un large manteau de fourrure blanche, d’une chemise en soie psychédélique verdâtre, d’un collier à billes de bois et d’un jean moulant. Il devisait avec une très jeune femme, un verre à la main, fumant une cigarette.
D’autre jeunes femmes semblaient encercler le couple. Des beautés émaciées avec des têtes de hérons, habillées de robes vertes ou noires, armées de sautoirs de perles, de cigarettes et de verres de vodka/pomme. Elles dansaient dans les stroboscopes, le regard happé par le charme délétère du Prince.
Il se tut brusquement et darda ses grands yeux noirs dans la direction de Lachlan. Aussitôt, le chasseur plaça ses cartes bénies entre les doigts de sa main gantée avant de fendre la foule des danseurs. Derrière, la Lamie serrait les bras contre son corps frissonnant. Elle était sidérée par l’aura dégagée par le Prince et parvenait à peine à tenir sur ses jambes.
Devinant le danger, le Prince foudroya Lachlan du regard et ordonna aux jeunes femmes avoisinantes d’empêcher le quinqua d’avancer, à n’importe quel prix !
Une petite brune sauta sur le chasseur et lui lança le contenu de son verre à la figure. Sur ses gardes, Lachlan évita la projection alcoolisée et se débarrassa de la gamine d’un violent coup de pied à la hanche.
Deux autres top models se précipitèrent. Elles brisèrent leurs verres contre la scène et chargèrent le chasseur, tessons en avant. Pris de cours, Lachlan dégaina sa lame la plus impressionnante, compromis entre le hachoir anatomique et le couteau de commando, avec une garde garnie de pointes en espérant que la simple vue du métal argentique calme les ardeurs suicidaires du harem princier. Cela ne ralentit aucunement les deux demoiselles qui le frappèrent de concert. Il esquiva la première attaque en pivotant puis bloqua durement la seconde brisant net le poignet fluet du mannequin à peine majeur. Elle hurla et tomba à genoux. Lachlan se débarrassa de l’autre d’un coup de coude mais d’autres jeunes filles se préparaient déjà à se jeter dans la bataille.
Le Prince regardait tout cela avec un amusement empreint de sadisme et promettait une nuit inoubliable à celle qui parviendrait à mettre à terre le vieux au chapeau. Certaines redoublèrent de férocité, elles se jetèrent de la scène ou tentèrent de tomber entre ses jambes. Lachlan esquivaient les coups, évitait les ongles effilés, les bouches prêtes à mordre, les cigarettes incandescentes et les tessons. Mais elles le ralentissaient dans son avancée.
Il se mit à contre attaquer, frappant du plat de son coutelas ou du revers de sa main blessée. Mais les cartes glissées entre ses doigts ainsi que les pointes de son arme faisaient des dégâts importants à travers la horde princière. Des filles tombaient autour de lui, en larmes, blessées, retenant leur sang qui se répandait sur la piste entre les pieds des danseurs exténués. La Lamie était restée sur le bord de la piste, collée au mur, toujours secouée par la présence du Prince.
Lachlan ne pourrait pas tenir plus longtemps contre les femmes qui se lançaient sur lui. Il se baissa, sectionna une paire de chevilles et balança un nouveau coup de pied, de façon à se dégager un passage vers la scène.
Il fonça, grimpa et se retrouva face au Prince qui se contentait de le regarder, paré d’un sourire narquois. Le chasseur lui asséna un coup avec son arme blanche, vicieux, oblique. Le Prince esquiva avec facilité et élégance, reculant de quelques pas, hors de portée.
Lachlan abattit alors ses cartes maîtresses, quatre lames de tarot, bordées d’un tranchant en diamant et comportant des fragments reliquaires sacrés. La première se planta dans l’avant bras princier, la seconde au centre de son thorax, la troisième dans son front tandis que la quatrième se perdit dans l’obscurité.
Surprit, le joli monstre mit quelques instant à réaliser. De longs filets de sang noir filtrèrent des profondes coupures tandis que les plaies se mirent brusquement à bouillir. Le Prince recula en poussant un sifflement de douleur déchirant. Il perdait son sang en de copieux éjaculats obscurs. Les projections visqueuses retombèrent autour de lui, sur Lachlan, son harem, les danseurs choqués et hypnotisé par l’affrontement.
Triomphant, le chasseur prit quatre nouvelles cartes de façon à porter le coup de grâce à la créature de Barnum. Deux nouvelles cartes clouèrent les mains du Prince contre les briques noires, le crucifiant tandis que les deux restantes se logèrent horizontalement sous sa gorge, le décapitant presque.
La créature resta immobile, quelques secondes. Puis, alors que le chasseur s’approchait pour le scalper et ramener un petit souvenir à Hugo, il releva son visage, d’un seul coup, libérant les deux cartes ainsi qu’une nouvelle cascade sanglante. Il s’arracha au mur d’un simple geste et jeta les cartes fumantes sur la scène.
Du revers de la main, il frappa Lachlan.
Malgré son corps frêle, le Prince possédait une force inhumaine qui projeta le chasseur à quelques mètres directement sur la piste. Lachlan Forrow en perdit son chapeau et se réceptionna durement sur sa main mutilée. Il poussa à son tour un cri de douleur tandis que le Prince sautait sur les lattes du dancefloor avec une grâce diabolique. La foule avait commencé à refluer vers la sortie, empêchant les videurs de s’approcher du combat mortel. La Lamie restait dans son coin, à gémir et à se ronger les doigts. Entre terreur et désir irrépressible.
Le Prince se pencha sur le chasseur et remarqua sa main gantée. Par jeu, il arracha le gant, dévoilant la serre osseuse et purulente de Forrow qui frénétiquement cherchait ses dernières cartes. Il en récupéra une et, la tenant par un coin, balafra profondément son adversaire à de multiples reprises. Ce faisant, Lachlan remarqua que la chair de Butch Levenworth II était d’une étrange couleur, brun sombre, serrée, dense comme du kevlar.
Le Prince saisit alors le poignet de Sir Forrow et le broya sans effort apparent. Le chasseur en lâcha sa carte ensanglantée. Le monstre souleva Lachlan et l’agita comme un sac de chair. Perdu, le chasseur essaya de balbutier une dernière injure, de façon à partir plus vite. Mourir enfin, faire cesser la souffrance et prier pour que Vuk ou Tatiana vienne finir le travail.
La Lamie apparut alors, éclairée par le halo orange d’un stroboscope. Elle se jeta sur le Prince pour l’embrasser à pleine bouche, plantant son regard amoureux dans celui, étonné, de Butch. Un répit pour Lachlan qui rampa jusqu’au mur tandis que la Lamie se lovait contre le Prince Charmant, suivant la musique oscillante.
Le chasseur fit craquer les os de sa main blessée et en hurlant, réussit à faire bouger ses doigts. Malgré les blessures qui se rouvraient les unes après les autres, il parvint à extirper le boîtier de commande de la poche de son veston puis la clé de sécurité. Il hésita un instant mais vit Lila qui le regardait tout en aspirant la langue agile du Prince.
Elle lui adressa un clin d’œil puis hocha la tête, en signe de résignation. La chasseur enfonça la clé dans le logement prévu à cet effet puis tourna le bouton jusqu’au dernier cran.
Lila lui donna alors l’impression de prendre rapidement de la masse musculaire, déchirant sa combinaison, dévoilant une peau écailleuse et annelée. Ses cheveux grandirent, s’épaissirent et prirent la forme de tentacules mouvants, son crâne s’allongea ainsi que sa bouche, se dotant de rangées de longs crocs recourbés. Ses bras connurent la même croissance et ses doigts redevinrent des griffes impressionnantes. Ses jambes se soudèrent bientôt formant un épais corps reptilien et boursouflé. Malgré cela, le Prince n’avait pas cessé de l’embrasser, tenant délicatement entre ses mains la gueule monstrueuse de la Lamie.
Dernier baiser avant l’affrontement terminal.
La Lamie attaqua la première, d’un puissant coup de griffe qu’il évita d’une pirouette virevoltante. Elle siffla et rampa rapidement vers le Prince. Il l’attendit et la frappa durement en pleine face, lui éclatant quelques crocs mais ne parvenant pas à ralentir la charge de la créature fabuleuse. Elle l’enserra à nouveau entre ses griffes et lui lacéra les flancs. Il hurla mais continua de lui marteler la figure, lui éclatant un œil avant d’y plonger son bras, jusqu’u coude.
La Lamie rugit puis le mordit avec violence, lui arrachant presque toute l’épaule. Le Prince retira son bras et recula, une main posée sur sa plaie impressionnante. Ils se jaugèrent puis le Prince se mit à tourner autour de la Lamie qui semblait donner des signes d’épuisement. Un flot de sang jaillissait de son orbite crevée et elle éprouvait des difficultés à lever ses griffes.
Lachlan lui cria alors :
¾ Courage Lila !
Elle tourna sa figure hideuse dans sa direction et le chasseur eut l’impression que les lèvres immenses lui adressaient un léger sourire. Le Prince en profita pour attaquer. Après s’être accroupit, il bondit sur son adversaire en visant son œil valide. Mais la Lamie se retourna au dernier moment, ouvrant une gueule immense et désarticulée. Le bras, la tête et la moitié du corps du Prince entrèrent dans la bouche géante. Elle referma ses mâchoires, faisant craquer les ossements princiers. Des flots de sang giclèrent des lèvres de la Lamie qui secouait la tête de droite à gauche, de façon à absorber les jambes récalcitrantes.
Le Prince disparut bientôt dans la glotte élastique.
Mais le combat n’était pas terminé. Le ventre de la Lamie fut bientôt agité de spasmes et des déchirures apparurent le long de ses années. Les doigts du Princes émergèrent alors d’une blessure et tentèrent de forcer un passage.
Lachlan tenta d’aider la Lamie dans sa digestion difficile mais ses deux mains refusaient désormais de lui obéir, l’une écorchée, l’autre disloquée. Lila se battait donc seule en se roulant d’un bord à l’autre de la piste pour écraser le Prince qui refusait de mourir. Ce faisant, elle aggravait ses blessures internes et la piste fut bientôt couverte d’un répugnant glacis sanglant et poisseux.
Enfin, la Lamie ralentit ses reptations et après une ultime roulade, s’en vint mourir aux pieds de Lachlan qui guettait avec effroi le grand trou perçant la créature au milieu de son ventre de reptile. Le corps du Prince, brisé, réduit en une pulpe informe, presque digéré par les sucs gastriques de la Lamie tressautait encore.
Un bras rongé émergea avec élégance de la plaie, se tendit vers Lachlan Forrow puis finalement, retomba.
Ainsi que Van Helsing l’avait prédit, les deux monstres s’étaient entredétruits.
Après l’after
Le commandant Katab avait pris les choses en main après le massacre du club parisien. Il était venu récupérer Lachlan et avait fait appel à Takakura, le lycan, pour amadouer les forces de l’ordre locales. Retour à Londres par le Falcon 2000X et rapatriement en urgence sur Great Ormond Street. Lachlan était bourré de méta morphine en permanence, de façon à rendre ses douleurs plus supportables.
Curieusement son ancienne main mutilée était en train de guérir à une vitesse ahurissante alors que le poignet écrasé par les doigts du Prince semblait impossible à stabiliser. Le chef chirurgien de l’unité de soins d’urgence préconisa une amputation, l’os n’étant pas réparable.
Ce n’était plus qu’un amas de chair et d’os réduits en milliers d’esquilles, presque en poussière.
Hugo prit la responsabilité de l’opération et il commanda une prothèse à Citrin.
e
Deux semaines plus tard, Lachlan émergeait de sa brume morphique. Il mit quelques heures à se rendre compte que sa main mutilée avait complètement cicatrisée et que son autre main était désormais remplacée par une prothèse de plastique translucide dans l’attente du prototype robotisé.
Hugo lui avait laissé un mot sur la table de nuit.
Quand vous serez remis, venez me voir à la Bibliothèque Obscure.
Le Club a besoin d’un homme tel que vous
Lachlan émit un petit ricanement. Il se redressa, chercha son chapeau et ses vêtements. Il les trouva dans la penderie. Un panama flambant neuf et un costume gris perle impeccablement taillé. Il fouilla les poches et trouva un nouveau jeu de cartes.
Un tarot de Marseille complet cette fois, aux bords diamantés et dont le cœur contenait des éléments reliquaires. Il s’habilla, posa le chapeau sur son crâne et s’assit sur le bord du lit. Il se grilla une cigarette en regardant le ciel de Londres par le vasistas de sa chambre.
Une blancheur cotonneuse.
Alors qu’il tirait les cartes en essayant de se souvenir de la signification de chaque lame, une petite fille apparut dans l’embrasure de la porte. Elle le regardait avec curiosité et devait venir de l’hôpital « officiel », celui dédié aux enfants. Il l’invita à s’approcher.
Doucement, sans un bruit, elle s’avança.
Il avait une histoire à lui raconter, celle d’une femme, d’un monstre innocent, d’un Prince pas si charmant, d’une main qui changeait de côté et d’une dernière danse à Paris.
Et au final, Sir Lachlan Forrrow avait une décision à prendre…
03 septembre 2009
Virée à Reims le 11/09/09
Pour information, je suis à REIMS le 11 et 12 septembre pour d'une part une expo sur les superbes et sombres couvertures des BALEINES NOIRES, en compagnie de JJ Reboux et de JF Platet.
Et d'autre part pour le festival interpolart dont voici le programme.
Si j'ai un peu de place dans mes bagages j'emporterais quelques exemplaires du Coeur Inachevé (Anticipation plutôt Old School) et des Résidus (nouvelles noires). Livres morts-nés, collectors ou prototypes...
Tiens, il me reste aussi quelques "Jack", si j'y pense j'en apporte quelques uns pour faire des cadeaux.
30 août 2009
Club Van Helsing part 8
Dans les bois, avec les fantômes…
Blog D’Abigail Hopers
Dimanche matin : mp 3 en écoute « Push up » by the Naastybabies
Je voulais faire une balade dans les bois qui entourent le parking de la vieille station d’Abbey Mills, ce matin. Mais je me suis réveillée avec une atroce impression de froid. L’habitacle était extrêmement humide et la buée m’enfermait dans son habituelle bulle opaque. J’ai alors ouvert ma portière.
Le vent courbait les arbustes et chassait les papiers gras. Je n’ai pas eu le courage de quitter ma Rover. C’était le dimanche pourtant. D’ordinaire, j’essaye de bouger un peu, ne pas rester là. J’ai rangé mon duvet, j’ai sorti mon réchaud à gaz de mon coffre et, portière ouverte, je me suis fait un bol de thé.
J’ai du résisté à l’envie de fumer, aussi. Pas bon avec la recharge de gaz. Dans le rétro, je me suis vue. 25 ans, mais j’en faisais dix de plus, avec mon carré de cheveux gras, ma peau bouffie de sommeil et mes poches sous les yeux.
J’ai alors récupéré mon ordi portable et j’ai rédigé ces quelques lignes. Je ne me sentais pas inspirée pourtant, pas comme la semaine dernière où j’ai aligné les billets, je voulais juste poser quelques mots sur mon écran. Question de survie. Je ne m’étais même pas changée. J’avais conservé mon jogging et mon gros pull de ma nuit dernière. Pas envie non plus d’aller me débarbouiller dans des toilettes. Ça attendrait bien le lundi. Se maquiller un peu pour le boulot, sauvegarder les apparences sociales. Devenir une jeune active de la City.
C’est alors que je l’ai vu.
Un jeune homme, très grand, blond, cheveux longs. Il sortait de la station de pompage et titubait, nu et désemparé. Une main au dessus de ses yeux, l’autre tentant de masquer son sexe. Vous me connaissez, je ne suis pas particulièrement une voyeuse, mais cela fait tout de même longtemps que je n’ai pas… Enfin bref. Il était très beau, élancé, proportions idéales, un visage doux. J’aurais pu démarrer, fuir, éviter les ennuis. Faire comme les autres, quoi… Comme ceux qui détournent le regard quand le SDF vient quémander sa pièce.
J’ai donc ouvert ma portière et suis allée à sa rencontre. La générosité, ça paye toujours. C’est ce que vous apprend la rue. Moins vous avez, plus vous donnez.
Sa beauté avait quelque chose de misérable alors qu’il tanguait dans la tempête, aveuglé. Je me suis présenté et je l’ai pris par le coude. Il était froid. J’ai soudain eu honte d’être vêtue ainsi, comme un sac. C’était une pensée ridicule puisqu’il ne me voyait pas et qu’il devait avoir d’autres préoccupations immédiate que de juger la tenue vestimentaire de celle qui l’aidait à se diriger. D’une voix douce, il a simplement dit :
¾ Merci.
Dimanche midi : mp3 en écoute « Nowhere » Ride
Je n’ai pas l’habitude de faire plusieurs notes dans une même journée, mais la situation l’exige. Un besoin frénétique de raconter les heures récentes m’agace le bout des doigts. J’ai donc mené le jeune homme jusqu’à ma Rover et je l’ai installé sur la banquette arrière en compagnie de mon plaid encore chaud. Il a cessé de trembler et a baissé sa main, me dévoilant ses grands yeux noirs. Il m’a également offert son premier sourire. Désarmant, charmant… Je me suis présentée. Il a juste répondu :
¾ Andy.
¾ Juste Andy ?
¾ Oui. Je ne me souviens de rien d’autre.
C’était bien ma veine ! J’avais récupéré un amnésique surgi d’une vieille station de pompage. Un mec sans mémoire, certes mais tellement craquant. Comme il avait l’air exténué, je ne lui ai pas posé d’autre question. Il s’est doucement endormi. J’en ai profité pour le détailler, jouant encore la voyeuse. Une SDF et un amnésique. Une belle paire ! Je le regardais donc en essayant de retenir mon imagination, mais vous me connaissez, Abigail la rêveuse, celle qui pense pouvoir vivre un jour à Londres, ailleurs que sur la banquette d’une vieille Rover, dans un appartement. Celle qui écrit, qui rêve d’être publiée ailleurs que sur son propre blog. Certes, on me visite pas mal, je n’ai pas à me plaindre. Mais un vrai livre, tenir un bloc de papier entre mes mains, serait un bonheur immense.
Dimanche soir : mp3 en écoute « Legendary girlfriend » Pulp
Quand Andy émergea enfin, il faisait presque nuit sur notre parking. Je lui avais mis de côté quelques vêtements. Des choses à moi. Un pantalon de jogging, un sweat un peu troué mais encore chaud, une paire de socquettes et un ridicule T-shirt rose pâle avec une tête de mort centrale qui perdait ses paillettes. Il a attrapé le tout et s’est habillé sous mon plaid. Il n’avait pas enfilé le sweat mais étrangement n’avait pas l’air grotesque dans mon vieux T-shirt. Le pantalon était un peu court mais Andy ne semblait pas gêné. Je lui ai de suite proposé de partager mon repas, une boîte de Beans et quelques tranches de pain blanc tartiné de Spam. J’aurais voulu nous préparer quelque chose d’un peu plus sophistiqué, mais c’était tout ce qu’il me restait de mes dernières courses. Il me remercia avec des yeux brillants, comme s’il retenait des larmes.
Ça m’a touché et j’ai du détourner mon regard, pour ne pas fondre comme une cruche devant le mystérieux Andy.
Lundi midi : pas de musique
Je profite de ma pause déjeuner pour aller sur mon blog et relater notre matinée. Mince, voilà que je parle de nous ! Comme si nous étions un couple ! Hola ! Abi, ma fille, ne va pas trop te faire de films nous plus, hein. Ce n’est pas parce qu’Andy est un jeune homme séduisant et désarmant que… Enfin, bref ! Je fais passer mon sandwich pastrami avec mon café et je continue.
Andy a dormi une bonne partie de la nuit, je lui ai laissé la banquette. Le pauvre avait l’air vraiment épuisé. Moi, je n’ai pas fermé l’œil, bien évidemment. J’ai eu de drôles de pensées. Après tout j’ignore tout de lui, même son nom ! C’est peut-être un criminel en fuite, un assassin. Alors je l’ai regardé, mal installée, la nuque tendue. Il a simplement dormi et j’ai fini par le rejoindre.
Dans le sommeil, bien sûr ! Vous me connaissez ! Pas mon style d’aller me coller à un inconnu sous la couverture, même si en l’occurrence c’est mon plaid ! Juste dormir quelques heures, sommeil profond, le minimum pour ne pas être une loque au bureau, le lendemain.
C’est Andy qui m’a réveillée, après la sonnerie de mon téléphone portable. Quelques douces secousses. Je me suis dressée et ai eu un coup de flip ! Pas être en retard ! Surtout pas. On ne rigole pas avec les horaires, à mon taf ! Pas envie de me faire licencier, même à cause d’un beau gosse.
J’ai démarré et j’ai foncé vers le centre. Bien sûr, je me suis mangée les bouchons. Londres est devenue un gros caillot automobile, des ruelles bouchées, vaseuses, dans lesquelles on avance au pas, nerveuse. J’ai grillé ma première clope de la journée pendant qu’Andy regardait les automobiles adjacentes avec un sourire innocent. Je me suis demandé s’il n’avait pas un léger grain, le play-boy des stations de pompage. Les lumières oranges et matinales passaient sur son front dégagé et donnaient l’impression de caresser ses cheveux blonds. Une sorte de cyborg angélique. Un rêve.
Mais dans mon stress, je me concentrais plutôt sur ma conduite, doubler les boulets, éviter les cinglés, forcer le passage. Je me suis bientôt garée devant l’immeuble de ma boîte. J’ai dit à mon compagnon d’infortune :
¾ Je dois aller bosser. Tu risques de t’ennuyer à mourir par contre.
¾ T’en fais pas, je t’attendrai. De toute façon, je ne peux pas aller bien loin, a-t-il répondu en me montrant ses chaussettes.
Puis d’une voix douce, il a ajouté :
¾ Merci de me faire confiance.
Lundi soir : mp3 en écoute « Times for heroes » The Libertines
Andy ne s’est donc pas barré, il n’a pas pillé ma caisse avant de s’évanouir dans Londres, non. Il m’a attendue. Le fait qu’il soit resté, comme ça, m’a touché beaucoup plus que… Enfin… Vous me connaissez, pas mon style de passer mon temps à gamberger sur un beau garçon qui pourrait peut-être... Abi, indécrottable romantique.
Après mon boulot, nous sommes allés faire un tour à l’armée du Salut. Je voulais lui trouver des fringues, des chaussures au moins. Ma vielle copine Amanda m’a refilé une paire de baskets pas trop moches, un jogging gris et un gros pull blanc. Andy avait l’air heureux. Ensuite, j’ai conduit un peu. Je ne voulais pas retourner prés de la station de pompage alors j’ai fini par me garer au cœur de Regent’s Park, pas loin de l’inner circle, dans un chemin discret, sous mes chers arbres, mes amis silencieux qui oscillent dans le vent et protègent mes nuits solitaires. Mes anciennes nuits, devrais-je dire même si…
Andy a sorti un paquet de cigarettes tout neuf, de dessous son T-shirt. J’ai vaguement tiqué. Je l’avais récupéré à poil, sans argent et il m’avait assuré de ne pas avoir quitté ma voiture de la journée. Alors ces Dunhill… D’un geste naturel, il m’en a offert une et m’a allumé avec un briquet bon marché. J’ai effleuré sa main et en quelques mouvements, tendres et légèrement apeurés, nous nous sommes embrassés.
Juste un très long baiser, au ralenti. Andy avait des lèvres d’une douceur à se damner et ses mains couraient le long de ma nuque, m’effleurant avec délicatesse. Puis, il s’est reculé avec un sourire adorable et est sorti pour terminer sa cigarette, me laissant là, tremblante, bouleversée.
Amoureuse.
Alors, comme je me sens complètement perdue, je vous écris ce message.
Maintenant VI
Le blog d’Abigail s’arrêtait là, sur ces derniers mots. Apparemment, elle ne s’était pas connectée depuis le baiser léger dans les bras du Prince. Deux jours de silence. Lachlan Forrow referma brusquement l’ordinateur et se redressa d’un bond, à la manière de quelque insecte surpris par un prédateur. Il se mit à arpenter le trottoir, sous le regard impavide de la Lamie. Citrin avait quitté les lieux, en compagnie de son équipe. Efficace et discret, comme à son habitude.
Le vieux chasseur pensait à Abigail. Il la connaissait un peu car certains manchards du métro lui en avait parlé et il l’avait même rencontrée à la faveur d’une soirée organisée par l’Armée du Salut, 4 mois avant. Une jeune brunette, charnue, pas très grande, mais assez jolie. Pleine de vie, en tout cas, possédant encore assez de ressort et d’allant pour ne pas se laisser submerger par la misère et le désespoir. Son blog était devenu relativement populaire suite à quelques articles parus sur la toile et Abigail Hopers pouvait se targuer d’être une sorte de symbole pour celles et ceux qui étaient sortis des rails d’une vie confortable. Une volonté qui permettait de surnager.
Le Prince n’allait en faire qu’une bouchée ! Une jeune femme seule, vivant dans sa voiture suite à une violente rupture sentimentale, une femme qui avait remisé ses désirs et sentiments en privilégiant sa survie immédiate, chercher de l’essence, une place de parking pour la nuit, dormir, manger, se laver avant d’aller jouer la comédie sociale. Lachlan sortit une de ses nouvelles cartes. Il tira l’arcane du soleil et la coinça entre les doigts raides de sa main mutilée. Comme son visage semblait encore plus douloureux que d’ordinaire et qu’un tic nerveux agitait sa paupière droite, la Lamie s’avança et se risqua à demander :
¾ Vous allez bien, Lachlan ?
Interloqué, il regarda Lila et fut presque tenté de lui répondre. La bestiole devait obéir au conditionnement du docteur Andersen. Position zéro, le cerveau d’une perruche dans le corps d’une actrice de X. Le rêve de tout homme. Le chasseur secoua la tête et saisit la carte mortelle qu’il dressa sous le petit nez de la Lamie. D’un seul geste, il pouvait lui trancher la gorge, en se servant de la bordure en diamant.
Mais il pensait moins à se venger de la Lamie depuis qu’il avait appris que le Prince fréquentait l’une de ses connaissance. Sa priorité rejoignait celle du Club Van Helsing. Trouver le Prince et l’empêcher de nuire, le stopper dans sa course immonde et l’empêcher d’essaimer sa descendance extraordinaire à travers les rues de Londres. Il se débarrassa de sa combinaison et ordonna à la Lamie de faire de même. Ceci fait, Lachlan appela un taxi qu’il régla avec la carte AMEX du CHV. Il hésita à se faire conduire à une station de métro pour y rejoindre son antre souterrain.
Le Prince avait changé la donne, en déplaçant l’affrontement à la surface et en s’éloignant de son ancien territoire de chasse, la Circle Line. Alors que le véhicule de maître tournait dans la capitale, en attendant que le vieil homme au chapeau et aux lunettes jaunes se décide, Lachlan avait relut trois fois le blog d’Abigail Hopers. Lila avait également observé le journal informatique, du coin de l’œil.
L’ancien hôte du Prince, l’infortuné Andrew Chalmers semblait avoir totalement disparu si on se référait aux derniers messages d’Abigail. La dernière incarnation de la créature semblait plus rouée, moins frontale et physique qu’avant. Avec un peu de chance, le Prince n’aurait pas encore massacré la blogueuse. Comme le taxi croisait aux alentours de St James's Palace et Green Park, Lachlan demanda au chauffeur de les conduire à l’'hôtel Stafford. Un vestige de son ancienne vie.
De plus, il éprouvait le besoin de revoir Stuart Chapel, son ancien compagnon.
Curieusement, le chasseur n’avait pas envie de redescendre tout de suite dans le métro. Sa proie évoluait à l’air libre de toute façon.
La voiture de maître stoppa devant l’entrée et deux voituriers en livrée bleue et gilet marron se précipitèrent pour leur ouvrir la porte. La Lamie descendit la première, accompagnée par la main gantée et galante du premier voiturier, tandis que le second s’occupait du coffre et des effets apportés par Citrin. Après avoir payé le chauffeur à l’aide de l’AMEX du Club, Lachlan descendit à son tour. L’hôtel de luxe n’avait pas changé d’un atome.
Grand immeuble de briques brunes, aux abords fleuris. Le couple se présenta à l’accueil et le chasseur retint d’une des suites de la Carriage House, les appartements de charme donnant sur la cour intérieure. Bien vite, Lila et Lachlan investissaient une grande chambre dotée d’un lit à baldaquin, d’un canapé bicolore confortable et de tout le confort moderne. Pour contrebalancer l’aspect high-tech de certains équipements, les murs blancs étaient ornés de scènes de chasse. Toujours rongé par le sort d’Abigail, Lachlan s’installa sur le grand bureau et y posa l’ordinateur portable de Citrin. Comme Lila le regardait avec ses yeux fixes, il lui lança d’un ton agacé :
¾ Allez prendre une douche ! Vous empestez encore les égouts.
¾ Vous aussi, monsieur Forrow, rétorqua la bestiole avant de filer dans la salle de bain.
Lachlan cracha à sa suite et tout en se connectant au réseau, sortit son téléphone et composa le numéro de Rubik, une des employées du Club. Sa voix de femme-enfant trafiquée par quelque vocodeur l’accueillit avec malice :
¾ Tiens tiens, des nouvelles de mon ami, le bandit manchot.
¾ Désolé Rubik, mais ton humour me laisse de glace.
¾ J’ai appris que tu avais rempilé. Bienvenue au Club, à nouveau !
¾ T’emballes pas. Je boucle juste une mission pour vous et je repars dans ma tanière.
¾ Dommage ! On aurait bien besoin d’un gars comme toi, en ce moment, un homme d’expérience, quoi. Hugo est un peu en retrait.
¾ C’est l’impression qu’il m’a donnée aussi…
¾ Senoufo s’est encore barré, Vuk déconne comme à son habitude et Samsonite est sur
les nerfs. Quant aux petits nouveaux, c’est pas qu’ils ne sont pas efficaces, non, mais ils la jouent plutôt en solo. Chacun dans son coin. Sans charre, tu veux pas revenir et prendre le Bedlam en main ?
Lachlan Forrow ricana tout en ôtant son gant noir. Sa main blessée le démangeait fortement. Il était temps de la nettoyer à nouveau. Tout en regardant ses ossements mis à nu qui agitaient une chair cicatricielle ou corrompue, il demanda à Rubik :
¾ J’ai juste besoin d’un service. J’ai une amie qui a été capturé par une bestiole de
Barnum, voilà 2 ou 3 jours. Sa vie est en danger. Abigail Hopers. Tu connais peut-être son blog. Il faudrait que tu trouves l’immatriculation de sa voiture, une Rover 25, bleu nuit.
¾ Pas trop dur, ça.
¾ Dés que tu l’as, tu…
¾ Je l’ai…
¾ Recherche dans les fichiers de la police de la ville, la circulation, le moindre
Elément. Dernière localisation connue, Regent’s Park… Tu peux pirater son blog ?
Ce fut au tour de Rubik de ricaner :
¾ Te fous pas de moi, Forrow, tu veux que j’y dépose un message.
¾ Oui, en rouge, message d’alerte « Abigail a disparu depuis 3 jours, son existence semble menacer, si vous possédez le moindre élément, ou si vous avez vu sa voiture, merci de joindre ce numéro ». Tu mets le mien, le portable.
¾ Bordel ! C’est tendu on dirait ! Je te contacte si j’ai du nouveau. A propos, on connaît la bestiole qui l’a chopée ? Lycan ? Suceur de sang ? Blob ?
¾ Le Prince Charmant.
¾ Tranches lui les couilles de ma part de et de celle de Samso !
Lachlan raccrocha au moment ou Lila sortit de la salle de bain. La Lamie ne portait rien d’autre d’une serviette blanche aux armes du Stafford. Ses longs cheveux noirs étaient plaqués contre ses épaules rondes. Le chasseur la regarda en essayant de ne pas oublier que ce corps idéal, cette peau brune et soyeuse, cette bouche délicate, lui avait arraché la moitié de la main et que depuis ses blessures étaient restées infectées.
Cette purulence permanente restait d’ailleurs une énigme médicale. Sans doute que les morsures des crocs légendaires ne guérissaient jamais totalement.
Il se leva à son tour et se dirigea vers la salle de bain, pour pouvoir nettoyer sa plaie vive en toute intimité, hors de vue de la Lamie. Cette dernière le fixait toujours, mutique et servile. Alors qu’il la croisa, la touchant presque, il lui demanda :
¾ Vous ne vous souvenez de rien, n’est ce pas ? Andersen y a veillé… Bien sûr.
¾ De quoi voulez-vous parler monsieur Forrow ?
¾ De vous… Votre mémoire plutôt.
Sans ciller, elle répondit :
¾ Je me rappelle de ma vie avec Andersen, au Bedlam. Chambre 554-RE. La télévision, les livres, les leçons. La musique. Lire, écrire, compter.
Innocente !
Le docteur avait reconditionné la bête pour en faire cette demoiselle sans passé, lisse en apparence mais dissimulant au fond d’elle-même, un monstre aussi dangereux que le Prince. Lamie mortelle ! Ce faisant, Lachlan ne se sentait plus la force d’aller jusqu’au bout de sa vengeance. De toute manière, il y avait plus urgent. Sauver Abi, tuer le Prince. Son but, sa quête. La Lamie attendrait son tour. Il s’écarta, loin du parfum capiteux que la jeune femme exsudait, mélange sucré et vaguement poivré, extrêmement séducteur.
Le chasseur fut alors pris d’une envie charnelle. Lachlan se tenait pourtant loin de la compagnie des femmes et il avait endurci son coeur, à la manière d’Helsing, pendant ses mois de traque dans le métro. De temps en temps, pour lâcher la pression, il allait visiter une prostituée du côté de Soho. Jamais la même. Il choisissait des trentenaires un peu lasses, des filles en bout de course, payait une prestation classique et sans ferveur. Juste se vider, éprouver pendant quelques minutes une rémission. Se sentir juste un peu plus sale et solitaire avant de repartir chasser les monstres.
La Lamie l’attirait pour d’autres raisons. Il y avait une dimension vengeresse dans son désir. La soumettre pour lui faire payer sa morsure originelle, s’en servir comme d’un jouet docile. Sans doute comme l’avait fait Andersen en la reprogrammant, en effaçant tout les souvenirs de sa fiancée pour en faire cette arme si séduisante. Une véritable bombe atomique dans les deux sens du terme. Alors qu’elle allumait le grand poste de télévision, elle lui demanda :
¾ Vous avez quelque chose à me demander, monsieur ?
¾ Pas spécialement. Pourquoi dîtes vous cela ?
¾ Je le sens monsieur, une interrogation émane de votre corps.
Elle était en position 0, pourtant, se dit Lachlan, de plus en plus agacé et excité malgré lui, malgré son contrôle.
¾ Et bien… Oui, en fait. Mais c’est de la simple curiosité.
¾ Vous avez envie de moi, monsieur Forrow, comme monsieur Andersen. Ne niez pas, je le sens d’ici et je l’ai ressenti depuis longtemps. Les odeurs ne trompent pas, vous savez.
Gêné, le chasseur avait posé la main sur la poignée de la porte de la salle de bain. La Lamie poursuivit, d’un ton toujours monocorde :
¾ Il y a une position réservée à la libido, sur le boîtier. Un cran discret, juste en dessous du zéro, il faut forcer un peu et appuyer sur le centre du bouton. Cela active la zone sexuelle de mon cerveau primaire. On peut même dire que ça la déchaîne.
¾ Ecoutez, je ne suis pas comme Andersen. Ne vous méprenez pas et ne perdez pas votre temps avec moi. Reposez-vous, nous aurons besoin de toutes nos forces pour poursuivre notre chasse. Vous pouvez commander ce que vous voulez à l’accueil, boisson nourriture.
La lamie lui adressa un large sourire séducteur. Lachlan secoua la tête et se réfugia dans la salle de bain. Il posa son chapeau et ses armes blanches sur l’évier, à côté des habits de Lila et se fit couler un bain brûlant tout en ôtant ses vêtements de luxe. Il se regarda à peine dans le grand miroir. Corps de quinquagénaire racorni et crasseux, cheveux collés par la saleté et couverts d’une croûte marron, petit ventre rond émergeant d’une silhouette réduite à l’essentiel.
Il ramassa une pince à épiler dans l’armoire de toilette bien remplie et se mit en devoir d’enlever les peaux mortes et les chairs pourries qui agaçaient toujours sa main mutilée. Hugo l’avait plusieurs fois enjoint de la faire remplacer par une prothèse cybernétique. Le maître du Club connaissait des spécialistes militaires qui pouvaient le doter d’une main supérieure à l’ancienne. Lachlan avait refusé. Cette blessure à vif, c’était lui. Sa raison d’être. La signature de son engagement contre les forces déviantes de Barnum.
Lorsque l’eau eut atteint un niveau honorable, il s’y plongea avec un plaisir certain tout en laissant sa main mutilée à l’air libre. Faire un break. Se récurer la couenne. Se laver comme dans les temps anciens où Lachlan Forrow, en homme du monde, mettait un point d’honneur à soigner son apparence. Il fit un rapide shampooing en regardant la crasse griser peu à peu l’eau claire. Puis il se laissa aller, oreilles sous la ligne de flottaison.
Abigail Hopers était toujours son objectif premier.
La retrouver elle et son Prince abominable, terminer le contrat de Ginger, boucler la traque et ramener le trophée à Van Helsing. Quant à la Lamie… Il y a des victimes dans les deux camps, dans toutes les guerres. Un coup de lame collatéral, peut être. Le chasseur appréciait modérément d’avoir le contrôle absolu de la jeune femme, changer une demoiselle soumise en arme vivante, en radar sur patte ou en objet sexuel. Tout cela le dégoûtait et l’excitait à la fois. Ce n’était peut être pas la Lamie qui méritait la punition, mais Andersen. Frapper la source. Andersen, Van Helsing, Barnum.
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Lorsqu’il émergea, sa peau était rosâtre et cette propreté soudaine lui donnait l’impression d’avoir perdu sa cuirasse habituelle. Dans le miroir, il se renvoya une nouvelle image. Il semblait plus jeune, malgré les traînées blanches qui parsemaient sa chevelure démêlée. Il remit le costume de luxe, rajusta ses armes et rechaussa son gant.
Quand il retourna dans la chambre, la Lamie s’était visiblement commandée un plateau repas, exclusivement composé de côtes de bœuf à peine cuites. Toujours vêtue d’une simple serviette, elle dévorait, vorace, un bout de viande. Bouche presque déformée par l’os qu’elle suçait avec délectation. Le jus avait coulé le long de son cou et brunissait son habit de fortune. Animale, courbée presque bossue elle leva le regard vers Lachlan et lui proposa :
¾ Vous en voulez ?
Sans daigner lui répondre, il sortit et descendit au bar de l’hôtel. Il était à peine 19 heures et l’endroit était encore relativement calme. Il posa son portable sur le comptoir et s’installa.
L’un des serveurs, l’ayant reconnu dès son entrée, s’avança. Il s’agissait d’un sexagénaire massif, le crâne rasé à blanc, doté d’un crâne en pan de sucre et d’une fine cicatrice oblique qui courait de la mâchoire au front. Lui et Lachlan avaient combattu les lycans quelques années auparavant.
¾ Sir Forrow, quelle surprise !
Le chasseur s’alluma une cigarette et répondit :
¾ Bonsoir Stuart. Comment allez-vous ?
¾ Je survis. Même si les nuits de pleine lune m’obligent toujours à sacrifier un ou deux rasoirs.
Stuart avait en effet écopé d’une sale morsure durant l’attaque du repaire des lycans et avait du passer quelques mois à Great Ormond Street, dans l’aile secrète dédiée aux chasseurs blessés du Club Van Helsing. Vuk et son savoir particulier l’avait aidé à vaincre sa lycanthropie. La maladie toutefois n’avait pas été totalement éradiquée et de temps à autres, il arrivait à Stuart d’éprouver des envies bestiales. Mais la majeure partie du temps, il demeurait ce barman discret qui savait doser les Blue Lagoon à la perfection. Lachlan n’eut même pas à commander que Stuart mélangeait déjà la vodka au curaçao et au jus de citron. D’un geste élégant, il déposa le verre bleu devant son ancien partenaire.
A l’autre bout du bar, sous les centaines de petits fanions et d portraits des célébrités qui avaient un jour fréquenté les chambres du Stafford, une télévision plasma diffusait des clips pop et rock. Le chasseur discuta vaguement avec le barman. Les affaires du Club étaient toujours évoquées avec discrétion dans les lieux publics.
D’autant plus que Lachlan avait détecté la présence d’une femme de quarante ans, juste à ses côtés. Assez grande, blonde, cheveux courts, vêtue d’une robe noire simple mais divinement classe. Elle fumait un cigarillo et son regard allait alternativement de Forrow à l’écran.
Le chasseur sourit amèrement dans le vague. Ainsi, il était redevenu séduisant. Le lord au panama bicolore, planté au bar dans son costume Saville Row. Bankable et fuckable par la même occasion. Récuré comme un sou neuf. Si la femme l’avait croisé quelques jours avant, dans les coursives de son métro, elle l’aurait ,au mieux, ignoré. Mais en la détaillant un peu plus, Lachlan se dit qu’il y avait peu de chance qu’une dame de sa condition pose un jour un escarpin sur les carreaux du Tube. A moins peut-être d’une attaque nucléaire.
La blonde profita de son coup d’oeil pour l’aborder.
¾ Ils sont bons n’est ce pas ?
¾ De qui parlez-vous ?
¾ Des gamins dans le poste, là. Les Naastybabies. Leur leader Mike Flagerty est un amour. L’essence du rock, monsieur. L’énergie ! La jeunesse. On ne parle plus que d’eux depuis qu’ils ont été rejoints par ce Butch Levenworh II, un gamin inconnu qui a débarqué hier soir sur la scène à Hammersmith et qui a pris la basse de Pete Saunders.
¾ Ecoutez, je ne m’intéresse absolument pas à la musique, madame.
Elle se tourna vers Lachlan et lui demanda d’une voix enjôleuse :
¾ Qu’est ce qui vous branche, alors ?
¾ Principalement noyer mes démons dans des cocktails à 12 livres.
Le portable retentit et le chasseur répliqua directement :
¾ Oui, j’écoute ?
C’était une voix masculine, un peu traînante.
¾ J’appelle pour vous demander et vous donner une information. C’est pour la voiture, vous savez…
¾ Que voulez vous savoir ?
¾ Heu… Ben, combien vous offrez ?
Lachlan serra sa main mutilée, rouvrant quelques plaies vives. Certaines fois, les êtres humains lui semblaient pires que les horreurs velues et immortelles qu’il combattait. Une foule d’âmes mesquines composait l’humanité et certains d’entre eux méritaient le même sort que les vampires, lycans ou zombies issus du grand cirque de Barnum. Toutefois, Lachlan, à l’instar d’Helsing avait délimité son camp. Protéger l’humanité. Même si une partie de celle-ci allait nécessairement tomber, sous les griffes des Freaks ou en tant que dommages collatéraux lors des interventions parfois brutales des chasseurs.
Il se força donc à répondre :
¾ Si l’info est fiable et vérifiée, je vous en donne 500 livres.
¾ Herm… M’est avis que cette affaire, ça vaut plus non ? Je veux dire, la voiture est dans un terrain vague. Comme si on ne voulait pas qu’on la trouve.
Lachlan Forrow grimaçait sous la douleur. Quelques filets de sang filtrèrent de son gant luisant.
¾ Je vous offre 1000 livres. Je vous les apporte dans la demi heure. Mais si vous m’avez menti, je vous promets que vous allez regretter votre appel.
Son correspondant resta silencieux puis reprit de sa voix asthmatique :
¾ Très bien, retrouvez-moi devant le centre commercial King’s Mail. Je porte un manteau noir, une casquette rouge et…
¾ Laissez tomber les descriptions, je vous rappelle sur votre portable. J’ai enregistré votre numéro et d’ici quelques minutes, j’aurais votre pedigree complet.
Le chasseur raccrocha sèchement, demanda à Stuart de mettre sa consommation ainsi que celle de la blonde sur sa note. Il adressa un bref mouvement de chapeau à cette dernière puis se précipita dans sa suite.
23 août 2009
Club Van Helsing part 7
Maintenant IV
Quand Lachlan Forrow et la Lamie atteignirent la grille externe du Bedlam Asylum, un chauffeur de maître, debout devant son Aston Martin, vert de vessie, les attendait avec un carton au nom du chasseur. Encore ce confort ! Cette ostentation émolliente. Mais Lachlan se laissa tenter. Il avait accumulé trop de fatigue et de tension nerveuse ces derniers jours avec le Prince. Et puis, il s’agissait d’un cadeau d’Hugo.
Le chauffeur ouvrit la portière à la Lamie qui s’assit tranquillement sur la banquette, sa valise posée sur les genoux. Lachlan se glissa à ses côtés mais en prenant garde de ne pas la toucher. L’Aston Martin démarra et Lachlan indiqua comme destination la station de métro de Sheperd’s Bush . Croyant bien faire, le chauffeur se mit à diffuser une musique d’ambiance, électro assez classieuse et doucement romantique. Lachlan lui demanda immédiatement d’éteindre.
Pendant le trajet, le vieux chasseur ne put s’empêcher de jeter des coups d’œil coupable et haineux envers la jeune femme. Elle semblait si paisible, normale qu’il avait du mal à apercevoir dans les traits harmonieux la marque de la Lamie. Lila regardait les immeubles, les passants et les automobiles en ouvrant de grands yeux. Un monstre innocent.
Le conducteur s’exécuta puis mena l’étrange couple à proximité de la station demandée. Forrow eut simplement à exhiber sa carte bancaire. Le chauffeur ne la passa même pas dans son terminal. Entrevoir une AMEX noire frappée du sigle du CVH équivalait à une promesse de paiement. Lachlan guida Lila dans la vieille station de métro qui, en cette heure de pointe, semblait déjà à la limite de la saturation. La jeune femme le suivait, à quelques mètres, sourire aux lèvres, visage étonné. Le chasseur fit un signe discret au portier indien qui le laissa passer sans difficulté et lui ouvrit l’entrée de service.
Depuis son arrangement avec la compagnie qui gérait le trafic, Lachlan disposait en effet de toutes les facilités pour évoluer à travers l’ensemble des coursives et des stations fermées au public. Ainsi, dans l’une des anciennes voies de garage, il avait pu installer son quartier général. Ils suivirent des rails corrodés balisés par des spots de lumière crue avant de déboucher dans une grande salle carrelée.
Au centre, il y avait un simple matelas, quelques tas de vieux vêtements, des boîtes de conserves vidées, quelques bouteilles d’eau. Lachlan alluma une lampe halogène sphérique et ébréchée puis invita Lila à poser sa valise. La jeune femme regardait autour d’elle. Sur des tables de camping, Lachlan avait disposé des rangées de couteaux, des bocaux de verre renfermant des organes divers et des dizaines de carnets annotés de sa main valide. Contre le mur nord, disposés en enfilade sur des fils de fer, il y avait des dizaines de peaux séchées, des fourrures sauvagement arrachées à quelques ossatures monstrueuses, des griffes pendaient aux extrémités des bras vides et velus. Les trophées de Lachlan Forrow. Pas disposés sur de jolies cimaises comme au Bedlam Asylum ! Non, ici on n’enrobait pas l’horreur et la sauvagerie de décors subtils et postmodernes. On se la bouffait à pleines dents, on la respirait à chaque instant. Il traitait à peine les pelisses de ses proies, juste un peu de salage et de séchage sur des cadres et des tendeurs. Pour ne pas perdre les odeurs. Vampires toxicos, Lycans solitaire et bouffés par les parasites, Doppelgangers schizophrènes, Faunes priapiques ou Succubes à la dérive. Beaucoup avait terminé leurs existences pitoyables sous les lames argentiques ou frottées à l’ail de Lachlan Forrow.
Tout en poussant quelques vieilles boîtes de conserve loin de sa couche, il regarda Lila une nouvelle fois. Oui, ça serait si facile de prendre sa revanche, là, de suite. Passer derrière elle tandis qu’elle détaillait avec fascination le crâne allongé d’un vieux mâle Lycan. Dégainer le coutelas que lui avait confié Van Helsing et trancher la gorge de la Lamie d’un seul passage, sans omettre de lui rompre la nuque d’un brutal mouvement inverse. Cette envie le démangeait, le brûlait. Il secoua la tête, enleva de l’oreiller une peau de mangue qui avait noirci et se redressa en invitant la Lamie à s’installer.
Elle laissa l’ossement et vint s’asseoir sur le bord du matelas, le plus docilement possible en regardant le chasseur de ses grands yeux.
¾ Je vais devoir prendre un peu de repos. Tu comprends ce que je dis ?
Elle pouffa :
¾ Bien entendu, monsieur.
¾ Juste trois ou quatre heures. Nous avons une mission. Une tâche importante.
¾ Très bien, monsieur, voulez-vous que je mette mon réveil ?
Elle répondait avec lenteur, d’une voix mielleuse et semblait limitée mentalement. Lachlan en concevait presque de la pitié et il la haïssait encore plus pour ça.
La Lamie, Andersen et Van Helsing, malgré les changements notables qu’il avait décelé chez le paladin lors du rendez-vous. Oui tous les trois pouvaient bien aller au diable ! Mais le Prince devait les précéder en enfer et cela le plus rapidement possible !
Le chasseur sortit le boîtier de sa poche et fit basculer la molette sur la position 1. Il ne voulait pas être veillé par une nunuche qui en cas d’incursion de vampires ou d’une attaque de lycans serait totalement démunie. Forrow guetta les changements sur le visage de Lila. Le regard semblait plus vif, les traits plus marqués, ses narines frémissaient et ses lèvres étaient comme agitées de légers spasmes. Aux aguets.
Il la questionna sur ses sensations et Lila lui donna des détails très précis sur les usagers du métro qui évoluaient au dessus d’eux, à travers des mètres de terre et de béton. Des sens plus efficaces qu’un radar, pensa le chasseur avant de lui demander de le réveiller si elle sentait la moindre odeur ou présence anormale, des odeurs similaires à celles des peaux, par exemple.
Elle hocha la tête avant de se redresser d’un bond et de se mettre à renifler.
Rasséréné, Lachlan alla d’abord inspecter un tas de peaux et de fourrures dissimulant une trappe de métal puis il s’installa sur une chaise pliante, rabattit son Panama devant son regard ravagé puis, à l’aide de techniques respiratoires, se plongea dans un sommeil paradoxal.
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La Lamie le réveilla 3 heure 30 plus tard, en lui secouant l’épaule. Le chasseur demanda :
¾ Que se passe-t-il ?
¾ J’ai senti une odeur. Vous m’aviez dit de vous réveiller…
¾ Quel genre ?
Lila pointa son index droit en direction de l’épiderme écorché d’un grand vampire qui manifestement avait été tué en pleine transformation car les membres humains semblaient combinés avec d’interminables ailes membraneuses.
Rien à voir avec le Prince, par conséquent. Juste un vampire qui transitait par le Tube pour aller rejoindre sa coterie. Peut-être un membre du clan Gangrène ? Il s’agissait d’un petit groupe de vampires fraîchement étreints par un premier né nihiliste qui tenait à se monter sa propre lignée et qui était moins regardant que ses collègues en matière de recrutement. Autrement dit, un électron libre dans la grande famille des vampires, totalement méprisé par les autres clans. Sa production à la chaîne de vampires cheaps, ramassés en night clubs ou bars de nuit était simplement irritante, pas préoccupante. Même le Club Van Helsing s’intéressait peu aux activités du clan Gangrène.
Lachlan Forrow se releva tout de même et s’avança vers la table de camping réservée aux suceurs de sang. Il sélectionna deux armes, la première était un large coutelas à la lame incurvée en demi-lune selon le style africain, dont le fil était un alliage chimique libérant un agent anti-coagulant ainsi qu’un poinçon acéré à l’extrême, en acier chirurgical. Il plaça les deux armes de chaque côté de son veston, essuya ses lunettes jaunes et fit signe à la Lamie de le suivre. La jeune fille reniflait toujours, les mains levées, tendues comme des griffes, affectant une posture animale.
Avant de se lancer sur la trace du vampire, Lachlan fouilla sous ses notes et en ressortit des croix d’argent qui commençaient à verdir. N’étant plus croyant, l’utilisation que pouvait en avoir le chasseur était plutôt décorative. Toutefois, les jeunes vampires avaient tendance à perdre les pédales devant les croix et icônes. Un avantage psychologique non négligeable.
Le chasseur remit son Panama en place et surgit dans le corridor. Il demanda à la Lamie de se concentrer sur la piste de leur proie. Elle devait rester focalisée sur l’odeur du vampire. Ils débarquèrent bientôt sur un quai rempli de londoniens pressés dont la plupart étaient perdus soit dans la lecture de leurs journaux, soit dans l’écoute de leur musique numérique soit dans un épluchage de mails ou de SMS sur leurs téléphones portables. Ils passèrent presque inaperçus alors que le métro arrivait à quai.
Lila avait dressé la tête et continuait à renifler. Elle indiqua soudainement l’autre côté et Lachlan soupira. Ils durent courir dans le sens inverse du flux humain pour parvenir sur le quai d’en face. Les dernières personnes entraient dans leur rame et ils s’y engouffrèrent de justesse. La Lamie se figea l’espace de quelques secondes et agita les doigts comme pour capter la vibration de leur proie. Elle finit par se tourner vers la droite et pointa la voiture voisine. D’une voix sèche, elle annonça :
¾ Juste là, jeune femme, 18 ans, brune, cheveux long, habillée de noir. Portant lunettes fumées, rangers et pantalon de cuir.
Lachlan avait déjà sorti son portable rafistolé et était en train de contacter le chef de station. Après quelques échanges vocaux, Lachlan lui demanda de profiter de la prochaine station désertée ou en rénovation pour faire un arrêt express et ouvrir simplement la porte de la voiture occupée par la jeune vampire. Il convenait également de lancer un message pour inviter les passagers à ne pas descendre du train.
Lachlan compta mentalement puis, un peu avant que les freins ne stoppent brutalement le métro sur un quai désaffecté, il ouvrit le sas et jaillit dans la voiture adjacente. Lila le suivait, regard pointé en direction de la jeune demoiselle en noir qui semblait plongée dans la lecture du dernier best-seller de Clive Barker. Le message retentit dans la voiture :
¾ Arrêt express pour régulation, veuillez ne pas descendre du train !
Dans le même mouvement, Lachlan et Lila se jetèrent sur l’adolescente aux habits noirs, la saisirent chacun par une épaule et la traînèrent sur le quai encombré de gravas et de poussière. Les autres passagers, surpris et choqués n’avaient pas eu le temps que réagir que déjà, la rame repartait avec une brutale accélération.
La jeune femme balbutia :
¾ Mais enfin, qui êtes vous ? Que me voulez vous ?
Lachlan avait déjà lâché leur proie pour ouvrir son veston et, croisant les bras, saisit ses deux armes. La jeune fille se mit alors à sourire en coin, dévoilant une subite paire de crocs étincelants. La vampire repoussa la Lamie sans ménagement. Lila fut projetée à plus de dix mètres et s’écrasa contre le mur craquelé.
Le chasseur attaqua d’emblée, fendant l’air de sa lame tandis qu’il tentait de loger son poinçon dans la poitrine de la vampire en coinçant le manche au creux de sa main gantée. Mais la vampire était plus rapide et plus forte que Lachlan ne l’avait escompté. Elle évita la lame en se pliant d’une manière inhumaine et détourna aisément le lourd poinçon d’un coup de coude, envoyant valser l’arme entre les rails.
Surpris, Lachlan tenta une seconde attaque en se servant de l’inertie qui subsistait de son coup initial. Mais la vampire avait anticipé son mouvement et s’était déjà déplacée de quelques pas sur le flanc droit du vieux chasseur. Elle lui asséna un terrible coup de pied sur sa main blessée ce qui lui arracha un hurlement de souffrance et de rage. Ce n’était pas une jeune vampire ! Ils avaient été abusés par son physique ! Elle devait être la première-née, celle qui avait étreint les autres buveurs de sang à l’ardeur juvénile. Certes son visage était celui d’une adolescente mais sa technique de combat dénotait d’une pratique ancestrale.
Lachlan sabra l’air de son coutelas pour la faire reculer de quelques mètres… Puis, il lâcha son arme et dégaina prestement le boîtier de contrôle. Le niveau 3, d’emblée.
La vampire avait fait saillir ses ongles et ses yeux étaient devenus d’un noir d’ombre. Elle se passa la langue sur ses lèvres carminées en anticipant la morsure qu’elle comptait infliger au chasseur quand un cri strident la fit sursauter. Elle se retourna et aperçu la Lamie. Cette dernière n’avait plus aucune commune mesure avec Lila. Sa masse corporelle semblait avoir doublé de volume. Son cou s’était allongé et ses vertèbres se terminaient par des piques osseuses. Sa chevelure, dénouée, ondulait comme un nid de vipères et son visage étiré tenait plus du reptile que de l’humain. Ses bras noueux se terminaient par des griffes extrêmement longues et recourbées.
Elle sauta sur la vampire qui tenta de se défendre mais ni ses griffes si ses crocs n’entamèrent l’épiderme verruqueux et écailleux de son adversaire. Lachlan en profita pour ramasser son coutelas car il comptait bien finir le boulot lui-même.
Il n’eut même pas à se donner cette peine, puisque la Lamie, se servant de ses bras singulièrement flexibles, était en train de disloquer l’ossature de sa proie à la manière d’un serpent constricteur.
Quand le crâne de la vampire explosa dans un craquement osseux, il remit le boîtier en position 0.
Retour au calme
Maintenant V
Malgré le cadavre de la vampire, Lachlan n’eut pas à contacter Hugo pour l’habituel service de nettoyage de la scène de la curée. Une unité du métro allait s’en charger, comme d’ordinaire. L’équipe s’était d’ailleurs déjà mise en route, suite à son appel initial. Ils retournèrent donc dans l’antre de Forrow. Le chasseur nettoya ses armes et sortit une glacière orange d’un recoin obscur.
La Lamie le regardait, impavide, inerte. Bien que la sachant sous son contrôle, le chasseur ne se sentait pas particulièrement à l’aise quand elle le fixait ainsi, comme un chien fidèle. Il avait toujours l’impression qu’elle allait lui sauter dessus d’un instant à l’autre pour lui bouffer l’autre main.
Ils ressortirent à l’air libre et Lachlan héla un taxi pour se faire emmener sur la scène de son récent crime, 144 Holland Road.
Hugo et ses sbires avaient fait du travail soigné puisqu’il ne restait aucune trace de sang, aucune esquille osseuse dans la grande maison abandonnée. Après avoir fait dans un dernier tour à travers les pièces récurées jusqu’à l’extrême, Lachlan amena la Lamie devant la bouche d’égout par laquelle le Prince s’était échappé. Le chasseur ouvrit sa glacière et en sortit un bocal de verre contenant une longue bande de peau sur laquelle était encore accrochée la moitié d’un muscle bien rouge. Lachlan n’avait pas tout donné à Hugo. Il s’était gardé un bout du Prince, pour ses recherches personnelles.
Il mit la Lamie en position 1 et ouvrit le bocal de façon à lui faire respirer l’odeur de leur proie. Dès qu’elle eut inspiré l’air chargé des phéromones fabuleuses, le regard de Lila se mit à briller d’un éclat affamé. Elle retroussa ses babines et ses cheveux semblèrent se hérisser sur son crâne. De même, ses ongles avait poussé de quelques centimètres et sa bouche s’était légèrement allongée. Elle s’accroupit et tenta de s’infiltrer par la bouche d’égout malgré l’odeur répugnante qu’elle exhalait. Forrow dut presque la retenir.
Il prit son portable et passa une série de coups de fil. Quelques minutes plus tard, une camionnette de la ville s’arrêtait devant eux et trois techniciens en sortirent. Sans un mot, ils se rendirent quelques centaines de mètres plus loin, avisèrent une plaque de métal sur un trottoir et commencèrent à la déverrouiller.
La direction du métro londonien n’était pas l’unique contact de Lachlan, il possédait un répertoire très étendu qui lui permettait de bénéficier de certaines facilités. Certes, il n’avait pas l’aura ni la stature du Club Van Helsing mais il se débrouillait plutôt bien pour un indépendant.
Son ancienne fortune lui assurait un bon réseau, réduit mais fidèle. A l’instar de Stuart, ancien complice de ses chasses aux Lycans et désormais barman d’un des hôtels les plus luxueux de la capitale.
Lorsque l’équipe de la voirie eut terminé de leur ouvrir la voie, ils déposèrent à leurs pieds, deux combinaisons étanches, jaunes fluo, deux paires de bottes, des torches et deux masques de protection en papier. Lachlan ordonna à la Lamie de s’habiller tandis qu’il enfilait lui-même sa combinaison. Comme sa jupe la gênait, elle l’arracha d’un simple coup de griffe, dévoilant un string noir, ses hanches rondes, ses cuisses musclées. L’un des hommes de la voirie laissa filtrer un sifflement réflexe et appréciateur. Lachlan Forrow lui jeta un regard méprisant. Décidément Andersen semblait avoir eu des projets bien précis pour son ex petite amie. Une arme rangée dans quelques grammes de soie.
Une arme, vraiment ?
Ils allumèrent leur torche, les accrochèrent à leur ceinture et descendirent. La Lamie sauta un peu avant la fin de l’échelle corrodée, s’accroupissant dans un filet d’eau répugnante. Lorsqu’il fut arrivé en bas, Lachlan vérifia le boîtier. Le bouton était bien sur 1 et malgré cela, Lila semblait se rapprocher de sa forme finale, de sa propre initiative, excitée et poussée à la bestialité par les phéromones du Prince.
Le vieux chasseur se promit d’être prudent lorsque les deux monstres seraient mis en présence. La Lamie n’avait pas remonté son masque, elle humait l’air ambiant et tentait de conserver la piste du Prince malgré les miasmes qui empuantissaient les tunnels de brique hauts de 3 mètres. Ils marchèrent des heures durant et Lachlan commençait à fatiguer, tenant sa lampe à bout de bras. Lila, elle, ne donnait aucun signe de lassitude. Elle évoluait un peu courbée, aux aguets, promenant son museau parfois au raz du filet saumâtre.
Une vision qui soulevait le cœur du vieux chasseur dont le masque en papier ne parvenait plus à masquer les odeurs répugnantes des égouts. Lorsqu’il captait dans le faisceau de sa lampe quelque matière flottante, Lachlan détournait vite le regard. De couloirs en coursives plus étroites, de fondations humides en stations de pompages, ils finirent par s’approcher de celle d’Abbey Mills, abandonnée depuis des décades. S’aidant du GPS intégré à son téléphone portable, Lachlan suivait ainsi leur progression dans le réseau souterrain.
Les fondations de l’ancienne station de pompage constituaient la planque idéale pour une créature blessée comme le Prince. Pas directement reliée au réseau d’assainissement mais relativement vaste. Assez discrète pour lui permettre de soigner ses blessures voire de se métamorphoser. Avant de pénétrer dans les soubassements, Lachlan Forrow dégaina son coutelas et ordonna à la Lamie de faire silence. Lila le regarda, contrarié. Elle voulait lui dire quelque chose mais le vieux chasseur lui intima l’ordre de se taire tandis qu’il se faufilait à travers une ouverture sphérique qui jadis avait été connectée au réseau général.
Il retomba sans bruit dans une grande fosse poussiéreuse et se redressa immédiatement en balayant les ténèbres de sa lampe torche. L’endroit était désert. Aucune trace de vie. La Lamie passa à son tour dans l’ouverture et vint lui dire :
¾ Je voulais juste vous prévenir. Il n’y a personne ici.
¾ Pourquoi sommes nous à Abbey Mills alors?
¾ Pour ça, répliqua la Lamie en pointant le doigt en direction d’un pilier de brique sous lequel se trouvait une grande masse plissée, rouge et luisante. Le chasseur s’approcha avec précaution et du bout de sa lame, effleura la matière. En quelques incisions, il déploya la large mue du Prince. Quelques mètres carrés d’une peau soyeuse et sanglante, renfermant en son cœur de nombreux ossements, des mèches de cheveux, des chapelets de dents. Cette peau confirmait ses craintes. Processus de nidification, cicatrisation et métamorphose. Délaissant l’épiderme extraordinaire, le chasseur se tourna vers la Lamie :
¾ Et ensuite ?
¾ Une femme s’est tenue ici, à proximité.
¾ Personne ne vit ici, Lila.
¾ Je la sens encore, une femme amoureuse, répliqua la Lamie en effectuant une grimace agressive, comme un curieux signe de jalousie.
Lachlan Forrow effectua quelques pas dans la planque du Prince, visage fermé, en proie à une intense réflexion. Il connaissait presque tous les mendiants du métro londonien, gosses roumains, cadres largués ou alcooliques à la dérive. Abbey Mills était en effet inoccupée. Station de pompage du 19 ème siècle, véritable monument industriel et historique. Hermétique et sans aucune commodité. Ni eau, ni sanitaire, ni électricité. Il demanda d’autres précisions à la Lamie :
¾ Y’a-t-il d’autres éléments ? D’autres odeurs ?
¾ Je perçois vaguement du savon bon marché, de la sueur et de l’essence.
Le vieux chasseur se figea. Abbey Mills, essence, voiture.
Abigail Hopers !
Une jeune employée de bureau qui s’était retrouvée à la rue, l’an dernier, suite à une rupture conjugale et désormais vivait dans sa voiture, à proximité de l’antique station de pompage, précisément. Depuis six mois, Abigail avait acquis une popularité certaine en tenant un blog «Dans les bois, avec les fantômes… » en envoyant des messages de son quotidien de son ordinateur portable équipé en wi-fi. Craignant le pire, Lachlan appela la ligne d’urgence du Club Van Helsing. Cette fois, ce ne fut pas Hugo qui lui répondit mais James Citrin. A cette occasion, le mercenaire lui annonça que sa commande était « terminée », douze cartes à jouer, mortellement tranchantes et renfermant chacune des fragments reliquaires récuprée auprès d’églises orthodoxes. De quoi massacrer plusieurs clans de vampires.
Forrow lui demanda de venir au plus vite à Abbey Mills, en compagnie de nettoyeurs chevronnés, pour récupérer la défroque princière. Forrow n’avait jamais apprécié Citrin. Mais il se força à rester correct pour lui demander un service supplémentaire, lui faire parvenir, en même temps que ses cartes, un portable relié à l’Internet ainsi que des vêtements de rechange pour lui et la Lamie. Une affaire urgente, liée à leur traque.
James Citrin ne posa aucune question, aucun problème. Il assura à Lachlan qu’il arrivait d’ici une vingtaine de minutes, à la tête de l’équipe de nettoyage, avec le matériel demandé.
Le chien de guerre tint parole.
Lachlan rangea les cartes dans sa poche interne et saisit prestement le portable. Il s’assit sur le trottoir, ordinateur posé sur ses genoux osseux puis se connecta.
15 août 2009
Club Van Helsing part 6
« Mon prince est à nouveau en télécommunication. J'apprends qu'il est blessé au genou. Un grand garçon fort et vulnérable. Je suis prête à me soumettre à sa domination. Je ne déprimerai pas. Mon prince charmant restera inaccessible et beau. Moi, je reste ridicule.
Le train s'arrête. Mon prince descend et disparaît sur le quai. Tant mieux. »
Inferna K / Internet / France
QUATRE
Dernier métro, ultime tour de piste.
Seul dans mon wagon, je lisais le Sun, au cas où un journaleux se fut risqué à donner des nouvelles informations sur l’hécatombe de la Circle Line. Je ne comprenais pas ce manque d’éléments à mon sujet.
J’avais versé mon sang, mon sperme étrange, ma salive sur chacune de mes amourettes. Mais aucun article n’y faisait référence. Les journaux se contentaient de mettre les femmes seules en garde. On conseillait de se déplacer en groupe, de ne pas faire confiance aux inconnus, de signaler tout individu bizarre ou décalé. La psychose permit d’appréhender quelques taulards en cavale, un violeur récidiviste et d’empêcher un attentat à la bombe incendiaire.
Mais cela ne m’arrêta pas. Le « tueur du cercle jaune » continuait son œuvre, insaisissable. Pourtant, j’avais déjà croisé des patrouilles policières mais ma bonne bouille me permettait toujours d’échapper au filet sécuritaire. Délit de belle gueule. Pas une tronche de coupable ni d’assassin. Les bobbies me trouvaient quelconque, translucide, les policières étaient sous mon charme et m’importunaient seulement pour me demander mon numéro de téléphone ou m’inviter à prendre un verre, après leur service.
J’avais ainsi suivi l’officier Sharon Nivsky jusque chez elle. Quelques verres, un flirt léger puis nous avions discuté de mon propre cas. Ce fameux tueur de la Circle Line. La grande discussion à la mode. Le sperme récolté en abondance ne correspondait à rien et les enquêteurs penchaient pour un liquide artificiel, un dérivé d’un acide basique renfermant des spores d’origine inconnue. Une unité spéciale du M.I.6 avait été appelée en renfort sur cette affaire mais pour le moment avait été aussi peu efficace que les agents de terrain. Elle en eut vite marre de parler boulot et me fit taire en me donnant un baiser dévorant.
Je l’assassinai au petit matin, en me servant de son arme de service. Canon posé contre ses lèvres endormies.
Je reposai le journal et remarquai l’homme, juste à l’autre bout, assis. Il était entré par le wagon précédent, sans bruit. Assez âgé, taille moyenne, d’une maigreur et d’une saleté extrême. Il portait une paire de lunettes de tir aux larges verres jaunes, une casquette de base-ball noire, un treillis, des bottes de l’armée et une veste rayée, grise et blanche. Mains croisées, il semblait sourire à son propre reflet. Je notai que sa main droite était couverte d’un gant noir et semblait raide, comme artificielle. La rame stoppa à Kensington et je me levai d’un bond pour rejoindre la sortie. L’homme fit de même et toucha le bord de sa casquette en accentuant un sourire figé. Comme pour m’adresser une salutation entendue.
Je ne répliquai pas et augmentai ma foulée sur le quai désert. Mon poursuivant m’emboîta le pas mais sans forcer, en petite foulée. J’eus une attaque de panique. Cet homme à l’allure de clochard me voyait ! Il m’avait sans doute identifié comme un extraordinaire depuis plusieurs semaines et s’était lancé sur mes traces.
Alors que je jaillissais dans Kensington, je bousculai une jeune femme corpulente, en uniforme du Macdo. Sa masse me déséquilibra et je tombai durement sur le trottoir, genou en avant. Prévenante, elle me releva et tout en maintenant son étreinte manuelle me dit :
¾ Hooo, jeune homme, je suis sincèrement désolée ! Vous n’êtes pas blessé au moins ?
Elle ne voulait pas me lâcher alors que je frottais mon articulation contusionnée. L’homme à la casquette et à la main raide sortait tranquillement de la bouche de métro.
— Lâchez moi, Madame ! S’il vous plaît !
— Donnez au moins un nom…
Je la repoussai en hurlant :
¾ Foutez moi la paix !
J’avais plutôt envie de la prendre dans les bras de lui offrir sa dernière nuit d’amour, mais celui qui me traquait apparut bientôt derrière l’épaule de la jeune femme. Sa peau brune semblait tendue sur ses os, transformant son sourire en un rictus d’ivoire. Il porta la main à la poche interne de sa veste répugnante et se mit à fouiller dans ses poches. Je parvins à reculer et à quitter la jeune femme. Je me lançai dans un sprint éperdu à travers les rues vides. Je remontai la grande avenue puis tournai peu après Citibank, empruntant une ruelle résidentielle. De jolies maisons blanches, de grands jardins, des arbres plantés à côté des grandes poubelles.
Fuite effrayée du Prince Charmant à travers la nuit tranquille du Londres aisé. Je pris des ruelles au hasard, me retournant de temps à autre, sans jamais repérer mon poursuivant. Alors je ralentis pour enfin reprendre mon souffle en m’appuyant contre un arbre vérolé par la pollution.
L’homme à la casquette jaillit soudainement à quelques mètres devant moi. Apparition effrayante. Masque hideux et ricanant. Dans sa main gantée, il tenait avec difficulté un jeu de cartes tandis que de la gauche, il serrait le manche d’un grand couteau de plongée, à la lame dentée et étincelante. De sa voix éraillée, il m’annonça :
¾ Maintenant, Andrew, tu vas me suivre sans faire de problème.
¾ Qui êtes vous ? Un gars à la solde de Barnum ?
¾ Les présentations sont inutiles, monsieur et non, je ne suis pas affilié à Barnum et à son cirque des Monstruosités. Au contraire, même. D’une certaine façon, je suis un de ses adversaires.
¾ Ecoutez, j’ai un peu d’argent sur moi. Je vous donne tout ce que j’ai et vous me laissez filer. Je ne suis pas avec eux…
¾ Vous êtes l’un des leurs pourtant. Un extraordinaire, un fabuleux, un mythe incarné
dans le réel. Certes, vous n’avez pas l’aspect habituel des extraordinaires mais un monstre reste un monstre.
Je levai un poing et effectuai un pas dans la direction de mon agresseur.
¾ Je vous interdis de…
Accentuant son sourire jusqu’à la limite de la douleur, l’homme à la casquette répliqua :
¾ Je vous ai suivi, Andrew, dans vos pérégrinations dans les coursives du métro et dans les rues de la ville. De parcs en palaces, clubs huppés ou supermarchés du coin. Combien de femmes massacrées ? 12 ? 25. J’avoue ne pas avoir tenu de compte précis. Vous êtes fuyant et rapide. Dujr à suivre, dur à attraper.
Hystérique, je répliquai :
¾ Pourquoi ne pas m’avoir arrêté, alors ?
¾ Parce que cette fois, je suis sous contrat, mon cher. On m’a payé pour vous retrouver. Ce ne fut pas chose facile mais ma commanditaire m’avait fait un portrait assez saisissant de votre physique particulier et de vos dons. Ajouté à mes nombreux contacts dans le Tube et après quelques jours de traque, j’ai réussi à vous pister. Votre changement de visage après le crime de la clocharde du parc a bien failli m’abuser, mais vous n’auriez pas dû garder les mêmes vêtements. Une erreur grossière.
Je regardai les alentours. Rue déserte. Pas une seule voiture. Maisons endormies. Juste un éclairage jaune/orange et quelques chats qui se baladaient dans les jardins. Mon adversaire ne semblait pas particulière fort, ni rapide mais il tenait le jeu de carte et sa lame avec une telle assurance, que mes pieds semblaient collés au trottoir.
Je me demandai si mes capacités de cicatrisation me permettraient de survivre à un coup de couteau direct, par exemple. Mon agresseur jeta alors son paquet de carte en l’air et dégaina un téléphone portable de la poche de sa veste. Avant que les cartes ne retombent autour de moi, il avait déjà composé un numéro et annonçait :
¾ Je le tiens. Vous pouvez venir.
e
Il me tint sous la menace de sa lame jusqu’à l’arrivée de sa commanditaire. L’odeur de mon gardien était atroce, mélange de viande sale et de sueur glacée. Sa patronne débarqua au volant d’une Vauxhall Antara, noire et compacte. Elle gara le 4x4 sur le bord du trottoir et descendit. Bottes, manteau et toque rouges. Cheveux roux en cascade et un regard en téflon. Ginger Meltz. Un étrange frisson s’empara de moi. Un puissant sentiment de répulsion mêlé d’une peur incontrôlable. Elle se planta devant moi, hautaine, bras croisés.
¾ Je te l’avais bien dit, Andrew. Si tu me quittes, je te traquerais !
¾ Qui est-ce ? Ton chien d’attaque, là ?
¾ Lachlan Forrow, troisième du nom. J’ai trouvé son nom et ses coordonnées dans tes papiers. Un ancien millionnaire reconverti dans la chasse aux monstres qui vit désormais dans le métro londonien et commande une véritable petite armée d’indics et de petits truands.
Le prénommé Forrow grinça des dents mais ne relâcha pas son attention. Ginger haussa les épaules et poursuivit sa tirade vengeresse :
¾ J’ai épluché tes documents, j’ai fait mes recherches, j’ai contacté mes amies qui gravitent dans les hauts lieux de la finance et j’ai trouvé ce cher Lachlan. Vois-tu, son boulot c’est de chasser les gens dans ton genre… Et de les éliminer, le plus rapidement possible. Enfin, son boulot, chez lui c’est plutôt une quête, une mission… En bref, tu as saisi le topo… Maintenant tu montes à l’arrière avec Lachlan et on va faire un tour.
Tremblant, je m’exécutai et Ginger démarra après s’être allumée une cigarette. Elle effectua un demi-tour et remonta vers le nord du quartier, en direction d’Holland Road. Forrow avait posé la pointe de sa lame sur mon rein droit. Après quelques détours, nous arrivâmes devant le numéro 144 qui ressemblait à une maison abandonnée. Ginger se gara et ils m’amenèrent dans la baraque.
Une porte rouge et cloquée, un couloir interminable, les halos des ampoules nues qui se balançaient sur notre passage et une pièce avec une chaise et des menottes. Ginger me fit asseoir et fit signe à Forrow de s’écarter. Ce dernier renâcla.
¾ Vous ne devriez pas, Ginger.
¾ Lachlan, c’est moi qui paye, c’est moi qui dicte les règles du jeu. Allez attendre dans la pièce d’à côté !
¾ Je les connais, vous savez, tous les Freaks. Tous les mêmes, à vous apitoyer avec leurs grands yeux ou leur beauté monstrueuse et dès que vous baissez la garde, ils vous arrachent la main, des bouts de visage ou votre cœur. C’est une guerre, mademoiselle Meltz ! Elle est secrète, pratiquement invisible mais l’enjeu est notre survie. Celle de l’humanité. Mettez-lui au moins les chaînes aux chevilles et les menottes.
Le chasseur resta immobile, à toiser sa cliente. Ginger se baissa et m’entrava les mollets ainsi que la main gauche. Forrow cura ses dents pourries à l’aide de sa lame, cracha sur les lattes disjointes du plancher mais au final, obéit à sa commanditaire et nous laissa.
Dès qu’il fut sorti, Ginger se tourna vers moi avec un regard énamouré. Elle était encore accro. Furieuse, dévorée par des désirs homicides mais toujours amoureuse de son foutu Prince Charmant.
¾ Andrew, je suis prête à te pardonner, tu sais. Les meurtres, ta fuite, tout.
En sa présence, j’étais pris de tremblements, une sueur me coulait le long du torse. Elle me répugnait, j’en avais fini avec elle. Bien qu’elle tînt mon existence dans ses charmantes petites mains, je ne désirais qu’une chose, la fuir. Je dus me mordre les joues pour ne pas lui hurler de me laisser tranquille et lui vomir tout le dégoût qu’elle m’inspirait.
¾ Andrew, parle-moi ! Dis moi quelque chose ! Morrow est juste à côté. Je vais te révéler son surnom « Skinner », l’Ecorcheur. J’ai vu les peaux de vampires et de lycans pendues dans son antre du métro, les crânes monstrueux évidés et nettoyés, les griffes empilées. Sauve ta vie, Andrew, sauvons notre amour ! Même si c’est un mensonge, un joli mensonge, quelques paroles douces pour sauver ta peau !
Mais je ne pouvais rien dire. Les spasmes me reprirent, la présence de Ginger m’était intolérable. Elle recula, les larmes aux yeux et ouvrit un grand carnet devant moi. Elle le posa sur la table et me donna un crayon.
¾ Si tu ne peux pas parler, si tu n’oses pas le dire, alors écris le ! Mais agis !
Ma main libre s’était refermée sur le stylo et j’étais déjà en train d’écrire :
JOURNAL D’UN PRINCE CHARMANT
Avec horreur, je me vis rédiger mes déboires depuis ma virée au Clockwork Orange. Je ne reconnaissais pas mon écriture même si les phrases me semblaient justes.
Totale confession exécutée contre ma volonté.
Je savais que la vérité que j’inscrivais fiévreusement sur le carnet allait me coûter la vie…. Ginger n’allait pas supporter mes révélations…
Le stylo semblait agité d’une vie propre.
Je me lisais dans un effroi absolu.
Le commencement.
Le point de rupture, le moment où tout a basculé.
Je m’en souviens assez mal, à vrai dire. Une soirée, un afterwork, avec les gars…
Maintenant II
Van Helsing ferma doucement le carnet et, tout en retournant dans la pièce dans laquelle Andy Chalmers avait été entravé, sortit son téléphone portable. Il appela James Citrin qui fut réveillé en sursaut. Depuis sa confrontation avec Barnum, le maître du Club avait quelque peu réduit son implication dans les actions contre les Freaks et le mercenaire pouvait s’offrir des nuits de sommeil complètes. Mais pas cette fois…
¾ Citrin ! Il me faut une équipe sur site. 144 Holland Road. Le plus vite possible.
¾ Support ? Puissance de feu requise ?
¾ Pas la peine de sortir les lance-flammes, juste l’armement de base. Je veux une équipe scientifique, investigations, bio-gen et aussi quelques gars pour des opérations de nettoyage. Du léger. Ah ! Si Senoufo est encore dans les parages et s’il n’a pas rejoint sa coquille de noix, amenez-le avec vous ! Nous avons trouvé le tueur de la Circle Line.
Le professeur coupa la communication et, tout en observant une fois de plus les traces sanglantes qui maculaient les murs, il repensa à Lachlan Forrow. Son ancien ami avait poursuivit le combat contre les Freaks après sa blessure face à la Lamie. Mais sur un autre terrain. Au cœur de Londres, caché dans les méandres du métro, vivant avec les gueux et les nécessiteux, refusant les facilités technologiques. Son couteau, son instinct de chasseur et ses cartes à jouer, juste ça pour affronter Lycans en fuite ou vampires renégats. Lachlan avait légué sa fortune à diverses associations caritives et s’était coupé du monde pour mener un combat plus prêt du terrain, en contact avec la misère, la crasse, la folie.
Selon les rumeurs, il dépeçait ses proies et conservait les peaux et fourrures dans une pièce secrète du métro londonien. Selon les rapports ddu M.I.6, Forrow avait conclu un accord avec la direction du Tube. Ils toléraient sa présence et en échange, il s’occupait de tous les nuisibles.
L’équipe arriva alors, Citrin et Senoufo en tête. James avait encore l’air ensommeillé et ne cessait de grommeler tandis que le harponneur semblait sur le pied de guerre, habillé de pied en cap en tenue de marin, son fidèle harpon rangé dans un sac de golf en dacron. L’équipe de nettoyage ramassa du sang coagulé, des parcelles d’os, des lambeaux de chair tandis que Citrin promenait un détecteur de Téragène sur les murs. La petite machine ne cessa de pépier. Saturation totale.
Le mercenaire posa un microscope électronique sur la table et effectua une série d’analyse primaire. Il reconnut les molécules presque instantanément et ne peut retenir un juron :
¾ Bordel de merde ! Pas de doute. Téragène supérieur, enrichi à l’uranium.
¾ Quel type ?
Citrin eut un regard pour le grand baleinier et révéla :
¾ Un dérivé du principe actif de Morphée. Mais totalement charnel, cette fois. Pas de structure éthérée ou hallucinatoire.
Hugo reprit le journal et tout en le tapotant contre son poitrail, se mit à arpenter la pièce. Ayant perçu le nom de Morphée, Senoufo s’était paré d’un masque de dégoût. Van Helsing n’avait pas intérêt à se servir de lui une seconde fois pour vaincre le maître des illusions sentimentales et du désespoir amoureux. L’un des chercheurs de l’équipe annonça alors d’un ton voilé :
¾ Il y a autre chose, mesdames et messieurs…
¾ Parlez donc, Jamie, le temps joue contre nous dans cette affaire.
¾ Malgré les litres de sang, présent ici et là, les ossements, les traces… Il n’y a pas de doute. Nous sommes en présence d’un seul et unique organisme qui…
Senoufo tonna d’une voix de stentor :
¾ C’est ridicule, jeune homme !
¾ Laissez le terminer Senoufo ! Le coupa sèchement Hugo en rouvrant le journal tragique d’Andy Chalmers. Le baleinier se renfrogna et s’écarta du groupe pendant que le jeune chercheur terminait.
¾ Un seul organisme donc. Qui a du être frappé tout d’abord ici, à coups de lame, sans doute. Sur cette chaise, puis il a réussi à se dégager des menottes, en y laissait beaucoup de chair et de peau. Regardez, on peut suivre sa trace, là, là et encore ici. Tout au long de sa progression, on s’est acharné sur lui, couteau et une masse peut-être mais il a continué à avancer, jusqu’au couloir, puis il est descendu au premier avant de s’enfuir. Dan et ses gars suivent la trace.
Citrin intervint :
¾ Je ne savais pas que le principe de Morphée pouvait créer de tels êtres.
¾ Moi non plus… On dirait que Barnum veut accélérer le mouvement. Il a créé une incarnation du Prince Charmant. Un être qui séduit comme nous respirons et dont le but semble être de copuler avec le plus de femmes fécondables possibles. Une créature qui semble dotée d’une capacité de régénération totale. Sa fonction est évidente, c’est un reproducteur. Un étalon à Freaks.
¾ Attendez, Professeur. Si cette chose est bien le tueur de la Circle Line pourquoi est-ce qu’elle massacre les femmes après l’acte ?
¾ Peut-être tout simplement parce que ses rejetons n’ont pas nécessairement besoin d’une matrice vivante pour se développer. Citrin ! Appelez vite Tompkins au M.I.6 et dîtes lui d’incinérer toutes les victimes du tueur. Evitons de nous retrouver avec une portée de bébés zombies sur les bras.
Nauséeux, n’y tenant plus, Senofou quitta la pièce pendant que Citrin passait son appel. Le Professeur, quant à lui, s’était écarté et tenta d’appeler Ginger Meltz au numéro qu’elle lui avait laissé sur la carte à jouer. Ce fut la voix éraillée de Lachlan Forrow qui répondit. Hugo n’en fut pas vraiment surpris :
¾ Bonsoir Sir Forrow.
¾ Helsing ? Vous avez tardé.
¾ Désolé, on m’avait laissé un document à lire. Un peu longuet mais très instructif.
¾ Vous m’appelez pour combler les trous ?
¾ Je n’ai pas le temps d’être cassant avec vous, Lachlan. Nous avons un problème sur les bras.
Lachlan Forrow fit un silence puis relata, dans le détail, les évènements du 144 Holland Road. Après qu’Andy Chalmers eut terminé sa confession, Ginger était revenue lire le cahier. Quand elle eut reposé le journal de son ancien amant, elle commanda à Forrow de l’écorcher vif avant de trancher la jolie gorge de son Prince Charmant. Le chasseur exécuta froidement les ordres mais tout de suite il s’aperçut que la tâche serait moins facile que prévue. Malgré les geysers de sang, l’arrachage de plus de 60 % de son épiderme et de multiples perforations dans ses organes vitaux, le Prince Charmant refusait de mourir. Il hurlait comme un verrat tout en s’agitant dans tous les sens.
Bientôt, faisant glisser sa peau écorchée, il parvint à se libérer et son corps à vif tomba à terre. La peau, les muscles, les organes repoussaient à une vitesse ahurissante. Ginger détourna les yeux devant la boucherie ambulante qu’était devenue son amant.
Forrow lui, prit la pioche qu’il avait amenée en prévision de l’enterrement du cadavre et l’abattit sur Andy. Une nouvelle fois, beaucoup d’effets, aucun résultat. Il lui avait fracassé le crâne mais le Prince se redressait déjà, squelette désarticulé et pissant le sang de toutes ses plaies. Il progressa ainsi à travers la maison, massacré en permanence par Forrow, mais jamais tué, jamais arrêté dans sa fuite éperdue. Trouvant un peu de courage, Ginger vint même assister le chasseur dans son entreprise de destruction. S’armant de la bêche, elle fracassa le crâne du Prince à de multiples reprises. Mais les os se ressoudaient dans la seconde, un nouveau visage émergeait, une autre chevelure, d’autres muscles bien dessinés, des pectoraux larges et bronzés. Une beauté ultime parvenait à surnager dans cet étal de boucher mobile. Et le Prince hurlait toujours, à l’agonie mais ne pouvant mourir. Finalement, Forrow avait les muscles tétanisés à force de cogner à coups de pioche ou de trancher les chairs qui repoussaient sans cesse et Ginger avait fini par jeter sa bêche. Le Prince se précipita dehors et se rua vers la bouche d’égout la plus proche.
Dans un bond gracieux, il s’y fracassa et son corps disloqué et démembré disparut à travers l’étroite ouverte accompagné d’un atroce froissement osseux. Trop exténué pour pouvoir se lancer à sa poursuite, Forrow avait ramené Ginger à l’intérieur du 144.
Ils avaient alors discuté de la suite.
La jeune femme, secouée par le massacre de son cher amant, avait écouté le chasseur avec attention. Ce dernier lui confia des informations confidentielles sur le Club Van Helsing. La seule organisation, selon lui, capable d’arrêter le Prince Charmant.
Ginger avait juste planquée devant le Bedlam Asylum et attendue patiemment que le Professeur fasse sa ballade en ville pour l’aborder.
Hugo émit un bref sourire et répondit :
¾ Lachlan, voyons-nous. Passez à la Bibliothèque Obscure, demain après-midi.
¾ Je ne suis plus votre larbin, Helsing.
¾ J’en suis parfaitement conscient. Je veux juste faire comme Ginger, vous engager et vous donner les moyens de terminer ce que vous avez commencé. 15 heures ?
Lachlan Forrow raccrocha sans donner sa réponse mais le Professeur était certain que son ancien ami serait présent au rendez-vous.
Maintenant III
Comme convenu, ils se retrouvèrent sous le dôme de polymère de la Bibliothèque Obscure. Hugo avait congédié la plupart de ses domestiques, avait conservé un nombre minimal de gardes et avait demandé aux quelques chasseurs présents de ne pas se montrer dans le périmètre. Lachlan entra dans la pièce à peine éclairée. Le Professeur avait en effet allumé une seule liseuse et se tenait assis à l’extrémité de la grande table. Il convia « Skinner » a prendre place face à lui, sur l’un des sièges confortables, au dossier anatomique, mais le chasseur de monstres à la casquette et à la veste douteuses préféra rester debout.
Ses traits émaciés et bronzés lui donnaient une allure squelettique et presque souffreteuse, pensa Hugo en reposant sa tasse de thé. Sur la table ovale, on avait disposé quelques objets, un Panama bicolore, un jeu de coutelas dont les larges lames scintillaient sous le halo discret de la liseuse, une carte de crédit sous un cube de plexiglas, un dossier épais et un costume Saville Row, gris perle, rayé de fines bandes noires, 2 boutons, veste croisée et cintrée. D’emblée, Lachlan Forrow se mit à ricaner :
¾ On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, hein, mon cher Hugo ?
¾ Toujours à vous complaire dans le sarcasme. Mais je n’ai pas le temps pour une
nouvelle joute verbale.
¾ Je ne pourrais pas stopper le Prince avec vos jolies lames. Vous le savez. Il me faudra du matériel non conventionnel.
¾ Choisissez vos armes, Lachlan et Citrin se fera un plaisir de vous les fabriquer en un temps record.
¾ J’ai besoin d’un nouveau jeu de cartes. Format tarot. Structure en carbone, nid d’abeille. Bordures en diamant, tranchant absolu, de l’ordre du mono filament. Et au centre de chaque carte, j’exige une parcelle reliquaire, os de saint, fragment d’arbre sacré ou le bois de la vraie croix. Mais je veux du certifié, du béni, du sanctifié.
Hugo hocha simplement la tête, sans contester. Il demanda juste :
¾ Quelle confession ?
¾ Orthodoxe.
¾ Citrin vous fera ça. Mais je doute que vous puissiez arrêter le Prince avec vos petites cartes.
Lachlan Forrow se raidit brusquement puis se mit à gratter la face extérieure de sa main gantée.
¾ Si vous n’êtes pas d’accord avec mes méthodes, allez-y vous-même, Professeur !
¾ Je me suis en quelque sorte, retiré, des opérations de terrain. Mais je ne lancerais jamais plus mes chasseurs dans un combat désespéré. Du moins, plus maintenant…
Hugo Van Helsing avait baissé la voix et regardait vers le haut plafond ténébreux, devinant la présence des multiples volumes de l’Anatomie des Ombres. Le savoir monstrueux concentré sur des milliers de pages.
Sa dernière arme contre les horreurs proliférantes de Barnum.
Lachlan se rasséréna quelque peu. Van Helsing avait perdu son arrogance coutumière, l’armure de l’inflexible paladin scientifique semblait avoir quelques accrocs, des brèches qui laissaient entrevoir une surprenante vulnérabilité.
¾ Que s’est-il passé, Hugo ?
¾ Je me suis enfin confronté à Phineas, à la fin de l’année dernière. Affrontement direct,
Un vrai face à face. Et depuis, j’analyse sans cesse ces quelques heures. Un peu comme un amant qui aurait raté la rencontre de sa vie. Je ne peux plus me battre comme avant, il m’a dévoilé d’autres côtés de la monstruosité et j’ai compris que le combat n’était pas aussi tranché que je le pensais, au départ. Pourtant, alors qu’il m’avait laissé entrevoir la possibilité d’une trêve, d’un havre pour les siens, il a intensifié ses attaques, ramenant des dizaines de monstres pour les lâcher parmi nous. Le Prince est le dernier en date.
¾ Si mes cartes ne l’arrêteront pas, comment comptez-vous le neutraliser ? Vous allez faire appel à Vuk et l’équiper d’une charge thermonucléaire ?
¾ Nous possédons une arme plus discrète et efficace, dans l’une des cellules de contention du Bedlam Asylum. Une créature fabuleuse qui a été dressée pour obéir à nos ordres. Un être que vous connaissez très bien.
¾ Non, prononça Lachlan en amorçant un pas de recul.
¾ La Lamie possède les attributs pour vaincre votre Prince. En tant que principe féminin exacerbé, elle peut le détruire, le digérer et même si elle ne fait que le blesser, vous devriez pouvoir en profiter pour lui porter le coup fatal.
Lachlan Forrow arracha son gant et exhiba l’horreur de sa main. Ce n’était plus qu’une griffe dont les ossements mis à nus étaient maintenus en place par un assemblage de fils chirurgicaux et de petits pansements purulents. Le chasseur la nettoyait chaque soir, coupant la chair corrompue, désinfectant les recoins chargés de pu. Toujours une souffrance à la limite du tolérable. Ne jamais oublier, je pas fléchir, continuer à se battre malgré la douleur et la mutilation. D’un air désolé, le Professeur poursuivit :
¾ La carte de crédit dans le cube est une AMEX black, avec monogramme CHV. Crédit illimité. Son code vous servira aussi pour ouvrir la sas qui mène au corridor Est. J’y ai fait installer des unités de recherche, des blocs médicaux et des cellules. La Lamie s’y trouve. Salle de contention 554-RE, sécurité maximale. Considérez la simplement comme une arme, un peu plus sophistiquée et charmante que celles que vous dissimulez dans les doublures de vos vestes.
Après avoir remis son gant sur sa main écorchée, le chasseur jeta sa casquette et se coiffa avec le chapeau noir et blanc. Tout en se changeant devant Hugo, il demanda :
¾ Pourquoi un tel luxe ? Ce costume ? Vous croyez que les choses peuvent redevenir comme avant ?
¾ Je n’y compte même pas, Lachlan. Seulement, nous ne devons négliger aucune piste pour la traque du Prince. Il va vous falloir chasser dans les bas-fonds comme dans les beaux quartiers.
Les jambes de Lachlan étaient fines comme celles d’un oiseau de proie, sa peau crasseuse et bronzée avait l’aspect du cuir. Sa croisade en avait fait une sorte de momie humaine, un être réduit à l’essentiel, de la peau sèche tendue sur des os allongés. Toutefois le costume cintré améliorait sa silhouette squelettique avec ses épaulettes rembourrées et sa coupe impeccable.
¾ Que voulez-vous dire, Hugo ?
¾ J’ai fait analyser le journal intime de votre proie et on note une rapide expansion de son pouvoir de séduction et de reproduction mais aussi… C’est plus sous-jacent, plus pervers en quelque sorte… Le Prince est passé par différents états. Barnum n’a pas choisi n’importe qui. Il a sélectionné un anglais moyen, un lad. Un brave type, marié, avec enfant. Pas un profil de conquérant. En gagnant ce pouvoir, le pauvre Andy Chalmers a tout perdu, famille, maison, le contrôle de ses pulsions, de son corps, de sa volonté. Il a résisté, dans un premier temps, s’est peut être ensuite amusé puis il a sombré dans le désespoir et la haine. Il est devenu une machine de chair avant que vous ne le réduisiez en une pulpe sanglante, sans toutefois parvenir à le tuer.
¾ Une nouvelle métamorphose ?
¾ C’est dans la logique.
Tout en glissant le plus large des coutelas dans la poche interne de son veston, Lachlan frissonna :
¾ Et vous pensez qu’il va viser notre haute société ?
Le Professeur avait croisé les mains et touchait le bout de son nez de ses deux index joints, signe chez lui d’intense réflexion.
¾ Barnum maîtrise la technologie et les médias aussi bien que les experts du Club Van Helsing. Si j’étais lui, je viserais cette cible. Un Prince médiatique. Une sirène masculine, moderne, séductrice et destructrice. C’est la raison pour laquelle, nous ne pouvons rien laisser au hasard. Vous avez besoin de la Lamie, Lachlan.
Le chasseur finit par se rendre aux arguments du Professeur, ramassa le dossier, la carte de crédit obscure et après un dernier salut un peu sec, prit congé de son nouvel employeur.
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Lachlan Forrow eut quelques difficultés à se repérer à travers la nouvelle configuration de l’aile Est du Bedlam Asylum. Ce secteur avait en effet été pratiquement détruit pendant l’attaque des lycans et des vampires associés durant le noël tragique. Hugo avait fait reconstruire l’aile dans son intégralité et en avait profité pour faire creuser des nouveaux souterrains, encore plus profonds et basés sur des matériaux anti-atomiques. L’AMEX en carbone, frappée de l’élégant signe du Club permettait au chasseur de passer les sas sécurisés successifs. Il croisa quelques gardes équipés de fusils d’assaut, de gilet pare-balles, de casques et de tasers, deux ou trois scientifiques en blouses vertes. Ces derniers lui accordèrent à peine un regard et Lachlan pénétra dans la zone des cellules.
Les portes étaient toutes blindées et certaines semblaient avoir été martelées de l’intérieur, par des forces colossales, mais la matière noire avait tenu bon. Se référant au code apposé au dessus de chaque porte, le chasseur se plaça devant la 554-RE. Il glissa son AMEX dans la fente qui lui faisait face et perçut le chuintement des vérins de protection. Alors que la masse sombre donnait l’impression de rentrer dans le mur de droite, il porta d’instinct la main contre le manche anatomique de son couteau.
La pièce était l’imitation d’un intérieur anglais des plus classiques. Un mur verdâtre, un mobilier bon marché. Tout y était, de l’horrible reproduction d’une peinture de bateau accrochée au mur du fond jusqu’à la théière de thé fumante posée sur une table basse. Au centre de cette surprenante cellule, se tenaient le professeur Andersen et sa Lamie.
Cette dernière semblait totalement humaine. Une jeune femme, habillée d’un tailleur couleur vieux rose, jupe de taille moyenne, plissée, bas blancs et escarpins vernis. Elle tricotait une écharpe de laine en regardant un clip des Naastybabies sur l’écran plasma de sa télévision et salua le nouvel arrivant avec un petit sourire figé.
Le savant, lui, s’était levé d’un bond et regardait Lachlan en serrant les dents.
¾ Vous ? Bien sûr, il fallait que ce soit vous…
¾ Croyez bien que si j’avais pu éviter nos retrouvailles, je l’aurais fait sans l’once d’une hésitation.
¾ Vous êtes venu pour ?
¾ Rassurez-vous, je ne suis pas là pour lui porter le coup de grâce, même si l’envie m’en démange la main… Juste pour en prendre livraison. Van Helsing veut s’en servir.
Décontenancé, Andersen ordonna à la Lamie de servir une tasse à Lachlan. Cette dernière s’exécuta avec une légère révérence avant de reprendre sa place sur le fauteuil. Lachlan en profita pour la détailler. Elle était toujours aussi belle. Jeune femme de taille moyenne aux grands cheveux noirs disciplinés en un chignon complexe, la peau sombre, les yeux profonds mais comme figés.
Le savant se frotta la cicatrice ornant sa joue et sortit un petit boîtier de la poche de son pantalon, gros comme un paquet de cigarette, fait d’un métal grisé. Il y avait un potard rouge, 4 chiffres et l’emplacement pour une clé de sécurité. D’un ton voilé, il expliqua le système de contrôle au chasseur. En position 0 la Lamie était totalement soumise au porteur du boîtier. Plus on montait dans les chiffres, plus on lui donnait la possibilité d’utiliser ses pouvoirs. En position 1, elle retrouvait ses sens ultradéveloppés, en 2, elle était capable de se défendre, en 3 elle pouvait attaquer et se servir de ses griffes et de ses crocs.
¾ Et le 4 ?
¾ J’y viens. Il vous faudra cette clé de sûreté pour débloquer le niveau 4. Elle retrouvera alors toute sa puissance et n’aura plus rien d ‘humain.
Répondit Andersen en lui montrant une courte clé complexe. Forrow ne put s’empêcher de ricaner :
¾ Elle n’a déjà plus rien de l’humain, Andersen. Cessez de vous leurrer.
¾ Je ne suis pas là pour en débattre avec vous, monsieur. Je dois juste vous la livrer. Afin de vous permettre de la contrôler je vais devoir vous demander votre bras, pour l’injection.
Le chasseur tiqua puis au final, tomba son veston et offrit la saignée de son coude aux mains d’Andersen. Le savant lui fit une prise de sang puis réinjecta le liquide écarlate dans une ouverture discrète, sur le flanc droit du boîtier de contrôle.
¾ Il me faut maintenant un peu de votre salive, pour que vos phéromones soient parfaitement identifiées par Lila.
Après avoir craché dans un Tube à essai, Lachlan demanda :
¾ Vous avez changé son nom ?
¾ Cessez de me prendre pour un écervelé pétri de sentimentalisme, Forrow. Lila n’a rien de commun avec mon ancienne fiancée. Elle ne garde aucune mémoire de notre vie commune. Elle ne connaît que la vie de cette cellule, les programmes télévisés et…
¾ Epargnez moi les détail graveleux. J’imagine que vous avez passé sur elle le reliquat de votre libido.
Andersen prit sur lui de ne pas répliquer à l’homme au panama et au costume de luxe. A défait de lui balancer son poing dans la figure, il secoua vigoureusement le boîtier puis le remit au chasseur.
¾ Voilà, c’est tout, vous allez pouvoir contrôler Lila. En faire ce qu’il vous plaira. J’allais vous conseiller également de ne pas trop forcer sur le savon, puisque ce sont vos odeurs corporelles qui vous permettent de maîtriser Lila, mais je pense que cette recommandation est superflue.
Lachlan Forrow cracha par terre et ordonna à la Lamie :
¾ On y va ! Suis-moi !
La jeune femme se releva et ramassa une petite valise à roulette, sans un dernier regard pour le Docteur Andersen, elle emboîta le pas du chasseur ricanant.
14 août 2009
Le Tacot en Vidéo
Quelques entretiens vidéos (teintés de vin blanc) avec JB Pouy au sujet du Tacot d'Elsa Lambiek. Pas encore revu tout ça, mais je crains le pire...
http://www.suite-noire.com/#/fr/oeuvre/le-tacot-d-elsa-lambiek/
disponible auprès de votre dealer de polars habituel ou chez les amazones
Et dès lundi, la suite du feuilleton Club Van Helsing... Stay Tuned !
11 août 2009
Clubbing d'Avril
Après une petite virée sur les landes guerrières de Warhammer Online, en ce vendredi 03 Avril, sortie tardive et en route vers La Scène Bastille, pour une nouvelle édition des « LIVE IMPACT ». Le warm up est un tantinet trop barré, façon after/house mais maître Guigui sait y faire pour se démener et faire monter l’ambiance, le tout porté par un son clair et puissant avec des basses très appuyées. 
L’affluence est correcte, pas blindée mais bien comme il faut. Un peu de monde et de la place. C’est également une soirée retrouvailles/aléatoires puisque je croise Aurore, l’ex-goth, Syl, Cam et les Berlinois et Damien, un peu zombifié, en mode clubbing automatique.
Les videurs sont un brin tatillons, ce soir, par contre. Vestiaire obligatoire, pas une clope ne dépasse de la zone fumeur… Pareil du côté des serveurs, dosage calibré sans aucun débordement.
A signaler le très bon set Minimal avec un peu de tek des 2 BUDDIES, qui ont véritablement fait décoller la soirée. Val me rejoint ensuite avec son copain Phil, après un apéro qui semble-t-il a été beaucoup plus dense que mes quelques verres / starters. Bien à bloc, un peu provoc donc il y a eu quelques interactions dans la zone fumeur, DJ gays fans de mangas, costauds en chemises rayées, étudiante prénommée Solène.
Arrivée ensuite aux platines de GUIDO SCHNEIDER. Le set est bien carré, taillé à la pointe de la lame de rasoir, un peu aride au départ. Toujours cette marque imparable des productions « Poker Flat », Mais après deux titres, c’est le bon voyage dans cette house déconstruite, mentale et furieuse.
En fin de soirée, nous essayons le mystérieux et cyberpunk « bar à oxygène ». Des bouteilles colorées emplies de fumée d’eucalyptus. Un peu cher et vaguement gadget mais ça dégage bien les bronches.
Beau final sous forme d’un grand « Bœuf » à 6 mains, ample, festif, assez puissant. Avant de partir, le fan de manga, m’adresse un « Tchao Darling ». Retour métro dans les coursives égyptiennes de Ledru Rollin. 
On ressort le 10 avril, pour une soirée bien attendue, très anticipée. Le retour de MATTHEW DEAR, pour une Batocool. DEAR c’est un peu le passeur originel pour moi, la soirée épique de 2005 qui m’a refait basculer du côté des machines à vibration psychique. Sans compter son incarnation en tant qu’AUDION, le projet aux EP toujours fabuleux. 
Retour au Bato, donc pour une nuit qui promettait des merveilles… Lookage de rigueur, veste chinoise, chapeau et gants mangas. 
ALEX est tout seul pour le warm up, une fois n’est pas coutume. Souvent je l’ai trouvé un peu raide dans ses mixes mais là, c’était idéal. Entre la house et la tek, super bien envoyé. J’ai beau l’avoir entendu à de multiples reprises, je suis quand même impressionné. 
DJ KOZE fut également très bon, assez subtil, un son qui glisse bien.
DEAR se pointe à la fin mais c’est une légère déception… Des grosses basses, des boucles profondes mais pas beaucoup de corps ni de viande en dessous. Un set syndical mais bon… Le début de la soirée m’a bien lancé et je suis moi-même en mode «zombie». Je pense que j’aurais pu continuer encore quelques heures, façon pilotage automatique. 
Croisé Amar et sa sister, Aurore and co… Ainsi qu’un graphiste italien portant un masque de catcheur escorté de sa copine en perruque fluo. Malgré l’heure avancée et les effets des substances alcoolisées, il tente de ma faire passer un message… Genre une curieuse fraternité de freaks… Catcheurs, dandys mangas ondulant sur la limite. On se passe nos cartes. Andria Serra.
Etranges ces soirées, tout de même…
Samedi, je comptais passer voir Ellen Alien, mais je rate mon jet d’esquive et reste à la base.
Dimanche, par contre, je ne veux pas rater la soirée au REX, avec DANTON EEPROM et surtout JOHN TEJADA, sans doute un de mes compositeurs préféré dans la Minimale/House.
Danton commence par un set curieusement bourrin, sombre et funky à la fois, avec un vrai rythme bien percussif et soutenu. Quelques minots se mettent même à danser la tekto devant sa cabine… Herm !
Qui dit soirée au REX dit Jagermeister, bien sûr ! what else ? 6 euros, ça a encore augmenté. Le haut coût de la vie la nuit… Un peu de peuple mais supportable. Fait chaud par contre, et les gens sont dans des dispositions assez « hots » également. Revu Mia, en forme, un petit verre offert comme à la grande époque. 
TEJADA arrive enfin et attaque par des titres plus calmes, subtils et progressifs du coup la salle se vide. Les béotiens ! Les fans restent. Croisé Cam et Micky qui refuse ma Jager… Tsss…
TEJADA se fout de la désaffection montante du dancefloor. Il continue à égrener des titrestrès épurés, moi j’adore. Puis quelques titres plus énervés émergent. On dirait un peu du VITALIC mais en mieux. Puis un titre de fou furieux, sorte de décomposition avancée de la NEW WAVE qu’il mixe avec 2 de ses meilleures compos… Je pars bien, assez haut. La grande clarté n’est plus très loin. Un arbre de lumière se détache soudain dans les stroboscopes.
Danto revient pour le final mais la salle est presque vide. Rencontre en fin de nuit avec une fan de Cardini, très sympa.
Pas trop envie d’after, ce matin. Schillings aux Folies ça ne me branche pas vraiment.
Il est temps de retourner sous terre entre les ninjas écarlates de rock en Seine 2009 et des décalcomanies de licorne.

Téléportation le 23 avril pour une partie de jeu de rôle dans le 13ème et à Ptolus, étrange cité médiévale.
Le 25, je tente une virée au Bataclan pour une nuit GET PHYSICAL, avec DJ T.LOPAZZ en live et Patrick BAÜMEL en DJ set. 
Bizarrement, la salle est assez vide et le son plutôt moyen. Le light show assure et la présence de deux steps/vélo d'appartement rajoutent un petit côté EBM ironique à la scène mais je ne marche pas dans le délire. Je repère juste un petit Matthew DEAR, pop pop, peut-être, tiré de son excellent album Asia Breed, de l'an dernier. 
Rencontre furtive avec Amar, sa soeur et Amandine que je ne croise qu'aux soirées Get Physical et qui a en vérité viré techno pure et dure. Quelques clubbers sont pourtant à bloc mais l'ambiance ne prend pas réellement.
Sortie de là avec un goût de trop peu. 
Le lendemain, samedi 25, pas prévu d'aller clubber, shopping fatal, je craque pour une pure bague de barbare avec clous et tête de mort puis bouffe chez des amies de Virginie. Quelques verres, mmm nous ne sommes pas loin du Bato, donc... Direction le ponton en métal rouge ! 
Soirée Imbroglio, pendant laquelle je retrouve, LLORCA, TIBO'Z et SMALL qui diffusent du son correct, entre house et techno bondissante.
Mais la révélation vient de ANDRADE, c'est en effet trés house mais il y a autre chose... Comme une construction sonore subtile assez piégée. Une rondeur dans les sonorités. Des basses qui enveloppent. De la old school luminescente qui traversent Dubfire et pas mal de trucs récents. Le grand kiff en quelques minutes.
Je suis fan d'emblée et j'en discute avec Valentine avant de me laisser absorber par les lueurs mauves et les blips end beeps de toute beauté. La révélation de 2009, pour le moment.
Fin de soirée un peu fracasse, mélange de temporalité. Je crois reconnaître une serveuse sympa du Bataclan d'hier... Raté. Herm... La demoiselle a dû prendre ça pour une technique d'approche vaseuse... Rapide discussion avec Véronique qui n'a pas trop mal pris la méprise. Retour sur la piste pour se cramer en beauté dans le joli son d'Andrade. 
Sortie vibrante, passage devant des villes en construction permanente.
http://www.myspace.com/djandreass






































