L’ivresse des profondeurs  DSC00120

Je rêvais d’une certaine décélération, ce week-end, mais je dois me rendre à l’évidence, c’est encore raté ! Impression d’être, une fois encore, passé de l’autre côté.

Pourtant, tout avait bien commencé avec le lancement de l’anthologie Lovecraft à la Cantada. Un bar rock hédoniste, décoré par Denis Grrr. Apéro dans une lumière tamisée assez décadente avec Monsieur F. Et puis, la fée verte nous tend les bras… On teste ensuite le cocktail « Tremblement de Terre » composé pour moitié d’absinthe et pour moitié de cognac. DSC00002Houla, en effet, ça secoue ! Discutions avec les têtes pensantes des éditions Malpertuis, bref passage de Lord et madame puis visionnages de courts métrages cthulhiens. Un docu-fiction, des images de synthèse. Introduction idéale pour passer dans les dimensions sonores et visuelles des deux nuits à venir.

Mr F. hésite mais finalement, ne va pas me suivre au Klub. J’arrive donc en solo dans l’annexe underground de la pizzeria du coin. Chatelet, rue Saint-Denis. Déjà quelques exégètes de l’indus rythmique. Les habitués et autres kodexiens mais aussi pas mal de grands anciens, qui sont sortis pour l’évènement, jeunes fluos ou vieux industrieux aux blousons corrodés. Un beau mélange. Après les mondanités d’usage, ELEMENT ABUSE se pose, assez nonchalant, derrière sa console. Je me dis que c’est lehure du groupe « à écouter au comptoir » mais surprise, l’Ecossais nous matraque d’emblée avec un mélange explosif d’indus rythmique et de sonorités plus étonnantes, proches du hardstyle limite gabber. DSC00023

Le set est inégal mais jouissif. Avec quelques perles saturées et assez dépouillées au final. Je note que le son s’est bien amélioré depuis mes dernières descentes au Klub. Il y a de l’enceinte neuve dans l’air et une meilleure disposition sonore. On commence à tâter du dancefloor, looké façon Patrick Bateman, afterwork oblige. Total people indus ce soir, têtes connues, inconnues, rencontres et retrouvailles. Entre deux vodka/pomme, petite démo de tectonique avec Judge, Redteam qui filme et un Klub qui se remplit à fond. Une affluence qui fait plaisir à voir. Tellement de monde même que la salle du bas s’ouvre plus tôt que prévue. DSC00041

   

On enchaîne assez vite avec ISZOLOSCOPE. Le canadien arbore un T-shirt « Punisher » (le justicier nocturne pas le groupe fluo) du plus bel effet. Tout comme son prédécesseur, il ne fait pas dans la dentelle et attaque dans le violent. Du bel indus bien cramé mais implacable avec des virages façon breakcore et sombres. Impossible de résister à l’appel du dancefloor mais c’est tellement rempli que je finis par me retrouver au fond de la salle, plaqué contre le miroir. Ça s’agite devant et quelques droids berzerks se lancent dans des pogos destructeurs. Je vais me planquer derrière Agarwen en attendant que ça se calme.

Le set est nickel. Bien tendu, alternant montées ténébreuses et accélérations ultra véloces. Le son est clair, percutant. C’est même trop court ! On en voudrait encore. J’aperçois Botchan, j’alpague Yoth l’anguille subreptice, Qolton, Element, Dora, Polly, Teddy, Eden, Noïzykaa, Peydey and co… Kodex280907RectoOK

Voici venir IMMINENT, un cas intéressant. Totalement novateur 10 ans avant, il a presque tenu et défini les limites du genre avec d’autres précurseurs de chez ANT ZEN. Le belge chevelu ne balance pas la même hargne que ses deux prédécesseurs. Ou plutôt, il met en parallèle les deux faces antagonistes de l’indus qui tabasse : les longues nappes ambients et le concassage spasmodique. Il les entrecroise dans un mélange qui ne passe plus aussi facilement. D’ailleurs, le public s’arrête assez vite de bouncer dans tous les sens, sauf Alexiel.

Les deux premiers titres me déçoivent, ou plutôt me surprennent. Contre-pied de sa marque de fabrique. Et puis le troisième se dévoile. Une base d’indus old-school qui prolonge la dernière époque de SIELWOLF, cette plongée dans un dub rouillé et étouffant. Mental, inextricable, introspectif. Imminent fait ressortir les nappes cthoniennes tout en atténuant ses rythmiques et en superposant des couches intermédiaires. Des compos complexes, pas du tout ce côté tabassage évident et dansant. Un Venitian Snares sans le versant barré.

Ça s’écoute presque comme une sonate. D’ailleurs, je vais me ranger sur le côté de la salle, en compagnie d’un groupe d’auditeurs immobiles, qui plongent dans la musique d’Imminent avec de larges sourires ramenés des profondeurs.

En guise de conclusion et pour le rappel, il nous offre son hit intergalactique, bien nerveux et fracassant. Une manière de dire "c’était le passé, ce que je vous ai balancé avant est un avenir possible, de nouvelles pistes, à vous de voir".  

Mr Moreau n’aurait-il pas, une fois encore, quelques années d’avance ?    

Tout à ce dilemme, je vais tester les deux dancefloors. Alan commence en haut avec une sélection au rasoir, assez mid-tempo, épurée et étonnante. En bas, ça semble plus classique. Le Klub se vide un peu, l’appel du vide inhérent à la fin des lives. Johnd tente de nous embarquer au Bato mais l’ambiance est bonne, les boissons fraîches, autant rester ici. Vient ensuite RAY GURGE avec un set breakcore teinté de rap. La soirée se développe sur une belle lancée. Ho un petit Suicide Commando ! DSC00057

En bas, un strobo semble une nouvelle fois en rade et transforme la cave en une sorte d’after frénétique. Passage de Cath et Steph L. Un brin de danse, un débat avec Noizykaa « Musique et iules », R-Vax bien parti la paire infernale Véro et Jo à bloc ! Vu le début du set de K.oz qui s’annonçait pas mal, assez lourd, profond, sépulcral et bien progressif. Ensuite, zapping entre les deux salles et stabilisation plutôt en haut. Kyronn nous a achevé avec ses tickets de consos et un set délicieusement assassin, la grande classe du début jusqu’à l’aube. Je sors et j’esquive une after après une tournée spéciale « big bizous». Ne pas abuser des bonnes choses et se réserver pour le lendemain.

Samedi. DSC00007

Apéro tranquille, deux grands crus, puis une petite fiole Perrier/vodka pour braver la solitude des transports en commun et être « bien ». Arrivée au Parc de la Villette, le grand classique, je me perds comme un gros têtard. Je déambule dans les sentiers obscurs et lynchiens puis tombe sur un autre clubbeur, aussi paumé que moi. A deux, nous parvenons tout de même à trouver l’entrée du Cabaret Sauvage. Ha ! Les traîtres ! l’un des panneaux étaient caché par un bosquet mal élagué ! DSC00009

DSC00010La salle est magnifique, boisée et immense. Par contre, l’endroit est désert pour le moment. Un pauvre laptopeur diffuse du blues alors que la piste est désespérément vide. J’en profite pour visiter les lieux. Bonne piste en bois, de jolies loupiotes autour du chapiteau et des bons projos. La salle centrale est non-fumeur mais une terrasse extérieure, en bois elle aussi, est disposée à accueillir nos chaussures jaunes et nos cigarettes de luxe. DSC00014

La soirée de lancement du premier album de Chloé débute mollement. Le son est correct sans plus. Seul BATTANT, un groupe électro/rock et sa chanteuse bondissante, capte un peu mon attention. Rien d’original mais c’est entraînant. Assez bien foutu et il y a un truc qui passe. Un peu acidulé, post grunge. DSC00036

Je finis par retrouver Stef, Jonhd, Clotilde et Antoine. Passage au bar, ou je croise Marie, l’une des serveuses du Rex. Je vais tester la vodka/abricot pour continuer mon odyssée à travers le monde chatoyant des alcools forts. Pas mal et bien dosée. DSC00020

REWORK ne me marque pas, peut-être que je les confonds avec BATTANT en fait. Rock / Electro plus cold vague NOUVELLE VAGUE mais en plus poussif. De même SUPERPITCHER fait un set syndical, sans vraiment de relief. Pas mal de monde mais public moins festif que d’ordinaire dans ces grands lieux (style Bataclan / Elysée Montmon). On se croirait un peu à la fête du bureau, façon hype. DSC00097

J’attends les stars, Smagghe et Chloé, qui vont faire un petit versus pas franchement convainquant. L’album est peut être pas mal, la soirée est moyenne. Du coup, je grille mon paquet de nicotine et descends quelques marches dans les profondeurs de la vodka.    

      

6 heures du matin, je finis à l’entrée et vais tracter pour Com.2.daddy car Jonhd arrive à la limite de ses forces. Je retrouve Stef et Joss. Je tracte et me retrouve à discuter avec deux demoiselles. La question n’est pas after ou pas after ? Mais Bato ou Nix-Nox ? Etrange coïncidence, elles ressemblent à mes personnages d’un texte récent. C'est un tantinet perturbant. 

Taxi à 5 et arrivée au Bato pour la GERMAN HOUSE avec Jef K et Jérôme Pacman. Petite pause devant le bato écarlate puis nous nous cotisons pour payer l’entrée au deux demoiselles. Hu ? Quoi ? C’est un peu le trip « VRP cheulous en goguette ».

Pas trop le temps d’y réfléchir, la musique, une bonne minimale bouffée par la trance nous appelle déjà. On retrouve Sarah et nous partageons un petit cadeau récupéré à la soirée d’avant.

Je trace devant et là, c’est le freestyle fracassé. Par delà la tectonique, il y a le jerk psychotronique ! Dégaine de Ferrara maritime, totalement ailleurs. J’enquille des Black Russian et des rhum gingembre, fais appel au pouvoir de la CB et reste devant, à danser dans le brouillard électro avec des tentacules de lumière. De l’autre côté, clairement, mais bien ! DSC00133

Les filles du taxi se sentent gênées. Proposent un échange standard pour couvrir leurs dettes, taz ou autres… Je prends juste une bouffée de cigarette artisanale, pour ma part. Elles finissent par partir. Curieuse rencontre, au final.

La musique monte encore loin et fort, bonne affluence et bon délire.

Je finis en solo, Stef et Sarah caltant un peu avant les derniers enchaînements. Il me semble que c’est Jef K. qui boucle mais en fait, je ne capte plus grand-chose, hormis les formes fantomatiques qui émergent du sol et apparaissent sur les écrans au plasma et les tentures du navire mythique. Je discute un peu. Paroles sans souvenir. Mots qui se dissolvent immédiatement. Je me commande un double rhum gingembre pour clore la soirée, fin de bouteille, fond sirupeux et un feu pirate dans la gorge. Sur le dancefloor, c’est la brume à la Carpenter avec des ectoplasmes vidéos, apparitions fugaces de tête de morts verdâtres, de dames blanches ou de zombies évoluant à haute vitesse. Je gratte mes derniers doublons pour la bière finale. DSC00134

Un dernier titre puis un rappel. Une demoiselle svelte comme la mort m’entraîne dans une valse terminale. Je peux sentir sa colonne vertébrale au bout de ses doigts, sensations osseuses. Bustier à écailles et jeté de cheveux spectral.

Il est temps de jeter l’ancre. DSC00139

Les lumières se rallument, je sors. Quelques dernières photos et… Non ne pas regarder vers la péniche Nix-Nox, ça ne serait guère raisonnable… Rentrer. Laisser les fantômes dans leur embarcation écarlate et retrouver les vivants.

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http://fr.youtube.com/watch?v=T9MuEA2eF8c : le tube de Christopher Lee !

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