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Terminé les paroles d'une chanson pour un groupe EBM, dans une ambiance Fulci/gore/goth et presque fini le processus de réduction d'une nouvelle à l'origine de 20 pages, au final, compactée en moins de 10 pages. Bon exercice, recentrage sur l'essentiel, virer les adjectifs, faire sauter des personnages secondaires etc...

Le premier chapitre de la nouvelle d'origine.

Le Scaphandrier Thalidomide

(Les Dieux de Misère)

1.

La sortie avait été des plus délicates.

Plein comme un œuf, chargé jusqu’à la moelle. Les excès alcoolisés le faisaient tanguer sur le chemin du retour tandis que l’effet persistant de la came l’empêchait de se poser sur le banc d’un abribus pour dormir un peu. Il s’arrêta au milieu du trottoir et se tâta, à la recherche d’une dernière cigarette.

Rien dans les poches de son grand manteau noir. Il oscilla légèrement, chemisette rouge ouverte sur un torse à peine velu, petite chaîne en or avec un portrait de Saint-Jude. Rien non plus dans les poches de son jean, bien coupé, un peu bas, histoire de montrer une partie de son bas-ventre et de laisser deviner son os iliaque. Il se frotta le visage qu’il avait long, secoua sa tignasse savamment échevelée, gratta sa barbe de quelques jours.

Il pleuvait un peu mais il ne sentait pas le froid. L’hiver était plutôt doux. 6 heures du matin, il dérivait sur le boulevard, les idées en vrac. Ivre, cassé. Il avait mal au genou droit et marchait avec une légère claudication. Il se rappela qu’il avait sauté de la scène sur la piste, quelques heures avant, pour impressionner une jolie fille, pendant que le DJ passait des galettes d’électro/rock. Le son à la mode qui arrachait bien.

Il s’était bien éclaté mais ne se rappelait plus grand-chose. La nuit s’était perdue dans les basses, les verres de vodka que lui avait offerts une artiste japonaise, une trentenaire comme lui, habillée comme une collégienne, les pilules jaunes qu’il avait acheté à la blonde coiffée à la garçonne, les confidence de Michel, le patron du club…

Vraiment dommage pour un chroniqueur nocturne de sa trempe.

Encore plus désolant pour l’ancien journaliste qu’il avait été… Un jour.

Le videur de la boîte passa devant lui, à vélo, et lui adressa un rapide geste de la main. Stanislas Rizzo leva la main à son tour et salua le petit homme musculeux qui déjà, disparaissait au bout de la rue. Il marcha jusqu’à la bouche de métro la plus proche. Un clodo se grillait une cigarette sous la grille d’entrée. Stan capta son regard. Une paire d’yeux bleus, encaissés dans une peau noire et crevassée. Le clochard cracha :

— Qu’est ce que tu veux, toi ?

— Une clope, si c’est possible.

Le clochard sourit et fouilla dans sa veste informe avant d’extirper une cigarette tordue d’un paquet humide. Il la tendit à Stan qui le remercia, un peu honteux. Le clochard sortit même un briquet étrangement neuf et étincelant de sa poche et alluma le présent tabagique. L’objet était élancé, d’un métal gris-bleu avec, sur un coté, une plaque en lapis-lazuli et se terminait par des molettes complexes.

Stan inspira une longue bouffée et se laissa glisser contre les marches, face au clochard qui empestait la viande sale. Mais l’odeur et la chaleur du tabac l’aidèrent à supporter la présence puante. Le clodo demanda :

— Sale nuit ?

— Pardon, vous dîtes ?

— C’est une sale nuit, non ?

— Non… Enfin… Pas une nuit géniale, non plus. Mais pas de drame. Tranquille, quoi.

Le clochard jeta son propre mégot et avait de quitter Stan, lui dit :

— En fait, je ne parlais pas de celle là. Mais de la nuit à venir. La longue nuit à venir.

Stan eut une absence. Fatigue. Nuit blanche et organisme saturé d’alcool et de nicotine. Quand, il releva la tête, le clodo s’était comme fondu dans le manteau de pluie et sa cigarette était presque entièrement consumée. La chandelle de cendre frôlait son doigt.

Il la jeta loin de lui, se redressa et prit le métro.

Rentrer dans son appartement, Porte de Vanves, prendre une rasade de coca glacé. Arracher ses vêtements empesés de sueur et de fumée pour se laisser glisser dans les draps propres de son lit. Difficile de trouver le sommeil, cependant. Toujours cette excitation festive. La musique qui battait dans son crâne, ses pieds qui avaient encore envie de bouger, sa bouche avait envie d’embrasser une nouvelle cigarette, le bord d’un verre ou d’autres lèvres…

Lorsqu’il commençait enfin à sombrer, le téléphone fixe se mit à couiner. Il décrocha et regarda son portable posé sur un coin de table. 09 heures 24. C’était Yolande, la stagiaire.

— Stanislas ?

Yo ? Qu’est ce qui se passe ? C’est la guerre ?

Tu as rendez-vous. 09 heures 10, avec Alain.

  Stan se redressa brusquement comme piqué par quelque insecte venimeux.

    Putain ! C’est pas vrai. Complètement sorti de la tête. Bossé toute la nuit, papier, chronique. Enfin… Quoi

— Te justifie pas, Stanislas. Je ne suis qu’une stagiaire.

Il s’allongea à nouveau et dans un semi état de veille, répondit :

— T’inquiète pas, je mets le dossier sur la pile.

— Hu ? De quoi tu parles ?

— Je m’occupe de tout, ton dossier, en premier sur ma pile.

Puis, il sombra à nouveau, rêva d’une baise champêtre avec une figure black repérée hier soir dans la masse dansante. Une Béninoise en robe à pois couchée sur un lit de pâquerettes. L’éjaculation, le surprit et le réveilla dans un sursaut poisseux.

10 H 45.

Ho putain !

La guerre était finie.

L’enfer allait se déchaîner au journal.