Second tirage d'un texte cyber-punk entre les vieux FNA et des glissades plus barrées, assez long (pas loin de 500 pages et première partie d'une trilogie) puis expédition chez un second éditeur, le premier n'ayant pas encore donné de réponse. Je ne m'en inquiète pas beaucoup, les délais sont longs en SF et les publications francophones plutôt rares. Plus ça va, plus je me demande si l'édition en ligne n'est pas le meilleur moyen de diffusion pour les textes de ce genre. J'ai vu récemment les Cybooks et c'est de mieux en mieux, encore un peu cher mais je compte bien en acquérir un courant 2008.

Voici donc un second extrait du COEUR INACHEVE DSC00217

Là, devant une ouvreuse trop maquillée ou un grand

costaud de Noir qui rêvasse, nous songeons nous aussi

que la roulotte et l'aventure, aussi minables soient-elles savent

seules nous faire oublier l'inéluctable prison de la loi sociale

François Granon

L'agent dOppler était en train de terminer sa ration de beignets de poulpe de Xico, sauce chili, lorsque sa Node portable se mit à couiner. Il posa la coupe graisseuse sur le comptoir du Restaunéon et sortit le cube brun de la poche de son uniforme couleur mastic. Il posa la Node sur le comptoir nauséabond et activa le mini-cube. La figure synthétique de LEX, la superNode qui commandait à la G.P (Global-Police) : servoflics et agents humains du cadre Elite, lui souhaita un bon appétit et lui ordonna de récupérer sa binôme avant de se rendre d'urgence sur la Transversale Ripcroft pour prêter main forte à quelques servoflics mis à mal par un clan d'Olmeks. dOppler coupa la Node et se précipita vers son véhicule de service, en l'occurence la Fonceuse version 2.6 : 10 miroirs de phase en X, un facteur de puissance gonflé par un ampli. L'orgueil impérialissime des industries Hondaï, selon la pub de l'hypercom. En fait, un tas de plasteen-métal bleu ciel, bardé de clignotants et flanqué d'une grosse sirène sonique qui formait une excroissance disgracieuse sur le côté gauche. dOppler s'installa face au joystick, activa vocalement le moteur et s'élança dans la rue souterraine, niveau 34 de BXL District. Il dut s'élever de quelques mètres au dessus du traffic pour éviter le bouchon qui s'était formé autour de la servusine à nourriture-base et emprunta la zone d'urgence, s'approchant ainsi du ciel artificiel généré par les holos. Au niveau 34, ce jour ci, le contrôle climatique avait offert aux citz quelques heures d'un soleil doux et jaune sur un fond bleu clair, tandis que les bornes à air diffusaient une légère brise. 

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dOppler conduisait vite et évitait les ambulances et autres Fonceuses de la G.P avec maestria. La Transversale Ripcroft relait BXL Disctrict à Atha Cliath, une liaison directe. Plus de six-cent kilomètres de routes souterraines réparties en 8 niveaux, dont 2 occupés par le Phastram. dOppler quitta les limites de BXL District et se plaça sur le sixième niveau de la Tranversale, la ligne d'urgence. La Fonceuse V 2.6 fendait le tunnel blanchâtre à vive allure, grillant les lois de régulation. Il atteignit le relais routier vingt minutes plus tard. Sa partenaire, Tatiana Lynn, l'attendait au bord du parking. Une jeune femme de 47 ans, Black peroxydée, aux courts cheveux fluos, aux grands yeux violets. 2,27 m. Les muscles serrés dans son imper de protection, son phaser réglementaire dans la main droite. Le célèbre Pacificateur à gueule courte de chez Benerhin. Tatiana, partenaire, binôme, compagne des longues patrouilles dans tout Centreurope.

dOppler se gara doucement, en suspension devant la jeune femme, ouvrit la portière et tandis qu'elle se glissait à ses côtés, mit la sirène en marche. La porte se referma, hermétique grace aux magnets et dOppler démarra, boost au maximum. L'agent Tatiana Lynn, de sa voix claire, lui demanda :

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¾ Qu'est ce qui se passe ?

           ¾ Tu n'as pas reçu le message de LEX ?

           ¾ Non, ma Node s'est bloquée avant la pause de la mi-journée, je l'ai envoyée au service équipement.

¾ Une bande d'Olmeks secoue le chaos un peu plus loin sur la Ripcroft, vers Atha Cliath.

           ¾ L'ex-Dublin ?  Un District plutôt calme. Pas net, mais calme. 

           ¾ D'après LEX, il y a beaucoup de casse chez les servos.

¾ Ils seront vite recyclés. Pas la peine de s'exposer pour de la ferraille.

Elle sortit une Cannabich de la poche de son imper de protection et demanda à la Node intégrée à la Fonceuse de l'allumer. Un point rouge, oeil laser, effleura l'extrémité de la cigarette noire. Tatiana pompa et expira bientôt un long ruban de fumée bleue. dOppler bloqua sa respiration. Il ne tenait pas à  se fondre à la came. Son organisme de mutant assimilait trop les molécules de la Cannabich. Sensation fabuleuse mais qui pouvait leur coûter la vie sur la Transversale.

Tatianna Lynn pompa trois nouvelles bouffées puis écrasa sa Cannabich dans le creux de son poing :

¾ Désolé Fragus.

           ¾ Laisse...Tant que ne me souffles pas dans les naseaux, ça va.

Tatiana était la seule à le nommer par son patronyme de citoyen. Fragus Argell. Pour les autres agents de la G.P, pour les servos, pour la plupart des autres citz, il n'était que dOppler. dOppler le TERATO, le mutant, l'homme manufacturé, le nain au pouvoir d'empathie.

Il avait été crée - le mot n'avait jamais gêné Fragus - 60 ans plus tôt, mais son métabolisme avait "gelé" alors qu'il était âgé de 37 ans. Petit, 1,80 m seulement, massif, le visage plat, des yeux noirs et profonds, puits d'ombre surmontant une bouche minuscule. Une coiffure applatie, sombre et rejetée en arrière, piquée de cheveux gris. Un être d'un naturel renfermé doté d'un puissant pouvoir de mimétisme. Depuis presque 110 ans, il bossait à la "GloPo", comme disait les clans des basses rues. Il était flic, à l'échelon zéro du groupe cadre Elite. Un mutant, un TERATO était à peine mieux considéré qu'un servo de maintenance. eXtrême, un autre TERATO avait veillé, pendant presque une décade, à ce que la haine contre les mutants se cristallise à jamais.

Seule Tatiana, qui pourtant était sa supérieure - 3 échelons les séparaient - le traitait avec un minimum d'humanité. Elle n'avait pas rallumé sa Canna et s'occupait maintenant à vérifier son arme de service. Le Pacificateur V 4.7 était  une arme de poing qui projetait un faisceau énergétique modulable. De quoi neutraliser, voire tuer n'importe quel citz dont le degré de dangerosité aurait excédé la limite. La faiblesse du phaser compact était sa portée, assez courte, moins de 500 métres. Au delà, le faisceau avait tendance à se diffracter.

           ¾ Un problème, Tatiana ?

           ¾ Non. Après le blocage de ma Node, j'ai pas envie d'être lâchée par mon Pacif'. L'agent Testkins de Paris District a eu une panne de phase, hier, heure 04-17. On l'a retrouvé étalé sur plusieurs mètres. Un clan de Gueules-Blanches avec leurs lames mono. On a des problèmes de maintenance dans la G.P.

¾ Tu veux pas vérifier le mien, aussi ? "

Tatania lui sourit et saisit l'arme de service de son partenaire. Pendant qu'elle testait le miroir de conjugaison du Pacif' dOppler leva l'index. La Fonceuse ralentit doucement.

Devant eux, un bouchon impressionnant.

Des milliers d'autos à phase, de poids lourds, de scoots et de wagons divers étaient à l'arrêt. Plus loin, une colonne de fumée s'élevait. Des flammes bleues dansaient le long du tunnel de plasteen. Quelques citz avaient posé leur véhicule sur la route et discutaient, inquièts.

Devant, au niveau de l'incendie, on percevait des explosions sourdes, des crépitements, des bruits de ferraille. On cassait du servoflic. dOppler remit le doigt sur le joystick et la Fonceuse repartit à pleine vitesse. Bientôt, les deux agents arrivèrent à la bordure du problème.

A quelques mètres, sous le ventre blindé de la Fonceuse, un clan Olmeks achevait de bousiller l'escadre servo. Les Olmeks étaient  une de bande de gosses, 22 à 35 ans, le visage cagoulé par une coulure de plasteen jaune. Des trous pour les yeux et la bouche, sur le front, un cercle blanc, mal dessiné. Vêtus d'une tunique noire et sale, les membres enroulés dans des fibres de latex qui pendouillaient. Sur le ventre, un autre cercle, aussi incertain que celui qui ornait leur cagoule. Trois d'entre eux portaient des phasers lourds. Armes militaires, non disponibles sur les marchés, hormis au souk noir d'El Qâhira District.

Avec ces trois fusils d'assaut, trapus et d'un noir de carbone, ils avaient massacré l'escadre de flics automatiques et pouvaient tenir ce coin de tunnel pendant quelques minutes. Quelques autos de phase avaient été touchées par les tirs et s'étaient écrasées sur le sol. Les carcasses brûlaient en dégageant une fumée sombre. Sur le bas-côté, dOppler aperçut quelques citz, blessés.

Le reste des Olmeks - une trentaine de gosses - se répartissaient en 2 groupes. Le premier démantelait les servos détruits pour leur piquer leurs armes, matraques soniques et lance-rafales, le second s'était placé devant une grande ouverture, une trouée pEPRendiculaire au tunnel de la Transversale, longue de plusieurs kilomètres, qui débouchait sur l'impensable surface. Le soleil, le vrai, pas un holo de niveau, immense et rougeoyant, crachait sa lumière dans la trouée et l'étalait sur les Olmeks fascinés.

Tatiana Lynn, réglant son Pacif' sur Neutralisation, demanda à dOppler :

¾ Qu'est ce qu'ils foutent ?

¾ D'après ce que j'en sais, les Olmeks sont des accros de l'astre solaire. Un culte de violents cinglés. Leur devise, remonter à la surface à n'importe quel prix, voir le soleil, s'y cramer les yeux et se fondre en lui.

¾ A ton avis comment ils se sont démerdés pour la trouée ?

dOppler activa la sirène et prit son arme.

¾ J'en sais rien, Tiana. Explosifs peut-être. Quelques pains de plasteen.

¾ Non. Les bords sont trop nets, comme une découpe énergétique.

Le cri strident disloqua les rangs des Olmeks contemplatifs. L'un des porteurs de phaser visa la Fonceuse et pressa sur la détente, mode rafale. 6 faisceaux touchèrent le ventre, déjà bien bosselé, du véhicule qui tangua légèrement. dOppler grimaça et corrigea sa trajectoire pour venir se poser derrière les tireurs. Les portières s'ouvrirent immédiatement et Tatiana se jeta, en roulé-boulé, sur la route, évitant ainsi un tir de phaser lourd ; elle se releva, rage aux dents, mitraillant l'agresseur encagoulé. L'Olmek se prit les trois sphères neutralisantes en pleine figure.

Trois explosions de lumière bleue. Il s'effondra comme un néo-porc vidé par un servoboucher. dOppler, imitant sa partenaire s'occupa des deux autres porteurs de  phaser lourd.

Un Olmek, ayant récupéré un lance-rafale, mit Tatiana en joue et, impitoyable, la mitrailla. A l'impact, l'imper de protection se gonfla, se remplit de molécules dressées pour absorber les chocs cinétiques. Tatiana tomba à genoux, le visage durci par une grimace de douleur. Le gonflement salvateur de son imper gênait ses mouvements. Elle ne parvint pas à ajuster l'encagoulé qui venait de la flinguer.

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dOppler s'en chargea à sa place. Il neutralisa l'Olmek d'une bonne giclée - plus de six impacts répartis sur le haut des jambes, le ventre et la poitrine - et braqua les autres qui tentaient avec maladresse d'imiter leur camarade. Prenant le ton violent et sec de Tatiana, dOppler leur cracha :

¾ Pas de faux-mouvement ! Mon Pacif' est réglé sur grillade !

Ils lâchèrent instantanément les armes récupérées sur les servos et tendirent les mains, soumis, prêts à recevoir les poucettes de neutralisation. dOppler jeta un oeil sur Tatiana. Elle s'était relevée et son imper était en phase de détumescence. Tatiana se frotta la poitrine en grognant :

¾ A cause de ces enflés solaires, je vais avoir des bleus sur tout le corps.

dOppler mit les poucettes aux gosses et s'approcha du second groupe, ceux qui regardaient, religieusement, le soleil rouge dans la trouée. Oeil de géant se consummant à l'autre bout d'un tunnel parfait. L'agent dOppler les intEPRela :

¾ Ey ! Les Boyz...

¾ Encore un peu, m'sieur l'agent d'la GloPo. Il va bientôt disparaître. La grande roue interdite m'sieur. Amon Râ. C'est la première fois qu'on le voit et sans doute la dernière. Ca valait tout ça. Ça vaut ses cinq ans de privation.

¾ Compte-en plutôt dix.

¾ Regardez ! S'exclamèrent en coeur les Olmeks. dOppler se sentit gagner par la ferveur des mômes, par l'aspect absurde de cette intervention, par la présence hypno du soleil. Une vieille divinité enceinte d'un monde à venir, plus dur, étincelant. La danse aveugle des Olmeks, circulaire, autour du dieu de la surface.

¾ Fragus, tu m'aides à finir de leur mettre les poucettes, ou il faut que je t'embarque avec eux ?

Le mutant éprouva quelques difficultés à stopper sa sontemplation. Regard écarlate au fond d'un tube noirci et encrassé. Clin d'oeil ironique sur Global-Cité. dOppler eut un frisson. Comme s'il avait déjà éprouvé ce sentiment. Cette...Ce...Le mot ne lui revenait pas mais il connaissait cette sensation.

¾ Fragus, t'es sûr que tout va bien ?

¾ Ça va. Occupe toi d'eux, je préviens les wagons carcéraux. "

En attendant le convoi, Tatiana se grilla une autre Cannabis et l'offrit à dOppler.

¾ Vas-y, pompe la. Je sais que tu en as besoin. Je conduirai au retour.

¾ On revient sur BXL ?

¾ Je ne crois pas, on doit être plus prêt d'Atha Cliath.

¾ T'en as pas marre de changer de District toutes les trois missions ?

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