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Toujours à rôder sur le net, j’ai aperçu quelques jolis commentaires et échos sur les quelques nouvelles sorties/éditées/publiées récemment. Tao-Tié, Ostenberg, La Boîte rouge etc… J’ai même eu la surprise d’en voir deux sélectionnées pour le prix Merlin, enfin pour le premier tour.

Actuellement, je sue à grosses gouttes sur l’Appel à Texte de la Volte/La Ligue des Droits de l’homme, sur le thème « Nouvelles technologies et atteintes à l’humain ».  Quelques pages par jour pour bien rester cadré et le choix d’un univers assez lointain empruntant quelques clichés SF, mutants, landes polluées et au dessus de tout ça, des « Pointes » occupées par des oisifs vivant dans une sorte de réseau virtuel. J’en arrive à la fin, sans trop savoir comment conclure, sans doute par une sorte de choc brutal. En fait, je crains également d’être à la limite du thème, ou de l’avoir un peu trop tordu… Il me reste quelques semaines pour  bien le bosser avant de l’envoyer. DSC00289

 

Du coup, j’ai raté l’échéance de l’Appel à Texte « Les lendemains verts », mais je me console en me disant qu’il me reste celui lancé par Rivière Blanche, sur la planète Rouge. J’ai une petite trame Steampunk douce-amère en tête qui me plaît bien.

A l’horizon roman, toujours en quête d’un éditeur pour mon pavé d’Héroïc Fantasy. Pas trop de retour pour le moment. Un Club Van Helsing au congélo et Brouillard Global en cours de lecture chez les Moutons Electriques pour, peut-être, une seconde chance… Sans doute en libre DL et donation. Au pire, je le reprends et le mettrais ici, en libre DL et/ou Lulu/Blurb pour les fétichistes du papier.

Du côté de « GUERRE EN ENFER »  la curieuse suite martiale du Lit de Béton, je me demande si je ne vais pas le reprendre dans son intégralité. J’ai un peu l’impression d’avoir une sorte de squelette scénarisé et d’être passé à côté du cœur de ce texte. Pour rester dans une limite de pages imposées, format roman court, j’ai du sacrifier pas mal de détails sur des personnages secondaires et brider un peu la voix intérieure de Dortman que je voulais proche de l’esprit d’un vétéran de guerre choqué, traumatisé, à la limite de la cohérence. Maintenant que l’histoire se tient à peu prêt, je vais sans doute la redéployer…

Même méthode avec « CATEGORIE 5 », une sorte de polar, un faux thriller à la frontière du fantastique. Peut être mon dernier d’ailleurs. Laisser reposer le texte quelques mois, ne plus l’envoyer « à chaud » et le reprendre entièrement (après une lecture sur livre proto/blurb ce qui permet de se détacher du tapuscrit et de mieux voir l’ensemble, l’équilibre etc…).

Et en petit bonus, le début de la nouvelle pour la Volte.

 

Cette humaine, que je vois trop…

1.

La Faveland s’étendait à perte de vue. Un territoire composé de cabanes torves resserrées les unes sur les autres et plantées sur des amoncellements de détritus. Quelques rigoles et points d’eau saumâtres venaient parfois rompre la monotonie misérable et apportaient un semblant de civilisation aux milliards de créatures qui s’ébattaient dans cette fange toxique.

Igaj tentait de s’approcher d’une de ces poches d’eau depuis le matin. C’était un jeune mutant d’une vingtaine d’années. Aucun âge précis, aucun nom de famille. Il était vêtu d’un simple carré de plastique noirci et son corps était déformé par un scrofule généralisé. Sa peau était couverte de larges plaies desséchées et les bosses de son dos le faisaient claudiquer. Sale et puant, Igaj était pourtant l’un des mutants les moins abîmés à vouloir rallier le point d’eau. Bon nombre ne possédaient pas de membres et devaient cr  apahuter sur leurs moignons ou carrément ramper contre la terre noire et friable pour espérer boire quelques gorgées d’un liquide trouble.

Quelques mutants, plus valides et armés de gourdins faits de tubes de métal et d’éclats barbelés tentaient de canaliser le flux assoiffés en tabassant quelques spécimens plus vindicatifs ou agités que les autres. Igaj se nagea dans une file compacte et n’essaya pas de surpasser le cul de jatte qui progressait en plantant ses poings bandés dans l’humus pollué. Avec de petits coups discrets, il s’efforçait également d’empêcher une jeune furieuse aveugle et nue de lui prendre sa place.

Il lui décocha sèchement un coup de coude et reprit sa place. Mais l’un des surveillants des files le repéra et remarqua également la jeune aveugle. Malgré les parasites et les champignons qui parsemaient sa peau, elle semblait en forme. De quoi copuler un peu et lui cloquer quelques rejetons.

Il écrasa quelques rampants et asséna d’emblée un coup de son bâton à pointes sur la figure plate et répugnante d’Igaj.

Ce dernier ouvrit sa large bouche recousue à plusieurs reprises et tenta d’émettre une plainte envers cette violation tacite des règles qui prévalaient à l’abord des points d’eau, mais le garde ne le laissa même pas prononcer le moindre mot. Il le cogna à nouveau puis, pour s’en débarrasser au plus vite, lui donna un violent coup de pied dans les côtes. Piqué à vif, Igaj sortit sa fronde faite d’une large lanière de plastique et y déposa une sphère faite d’un conglomérat de clous rouillés. Il tira presque par réflexe, touchant le garde massif à l’œil gauche.

Ce dernier en lâcha sa masse et poussa un hurlement rauque. Mais ce geste ne lui valut aucune approbation de la part des autres mutants, toujours massés en de larges queues hétérogènes autour du point d’eau. Au contraire, la plupart lui grognèrent dessus et quelques uns lui lancèrent quelques poignée d’une terre noire et friable. Il fut bientôt saisi par les mains griffues de ses congénères et porté malgré sa résistance à la périphérie de la foule assoiffée.

Igaj avait brisé les règles tacites, sa punition serait d’être repoussé le plus loin possible du groupe. Son corps malingre finit par être jeté par-dessus un monticule d’ordures pulvérulentes et le proscrit roula longtemps en boule avant de buter contre une surface dure et vaguement vibrante.

Légèrement sonné, il mit quelques instants à réaliser qu’il venait de se cogner à la base d’une des terrifiantes « Têtes de Tourelle » qui sillonnaient la « Faveland » pour le compte des habitants des « pointes ». Tremblant, il se releva et osa porter son regard sur l’immense « Tête de Tourelle ».

C’était une structure cubique haute de plusieurs mètres dont la masse pouvait recouvrir une douzaine de tentes familiales. Elle flottait en suspension et semblait repousser le sol alentour à l’aide d’ondes concentriques. Sa surface était composée d’écailles carrées qui vibraient à l’unisson et diffusait un léger vrombissement aigu.

Les « Tête de tourelle » patrouillaient sur l’ensemble du territoire pollué en accomplissant des tâches sans cesse différente. Certaines diffusaient des rations alimentaires ou de curieuses pilules sanitaires qui pouvaient soigner les écrouelles et autres infections. D’autres se contentaient d’observer les mutants avec les deux grandes sphères rouges posées à l’avant. En de rares occasions, les « Têtes de Tourelles » avaient lancé de larges nappes d’un liquide enflammé ou avaient tranché dans la foule hurlante à l’aide de rayons lumineux.

Igaj osait à peine bouger, les jambes tremblantes, respiration courte. Il ne savait pas à quoi s’en tenir face à la grande machine issue des « Pointes ». Allait-il recevoir de la nourriture ou un jet de flammes ? La « Tête de Tourelle » pivota légèrement sur son axe, pointant ses deux globes écarlates dans sa direction. Le mutant déglutit et se préparait à se précipiter sur la droite, vers une ruelle étroite, espérant pouvoir semer la machine. Mais la « Tête de Tourelle » abaissa brutalement une de ses plaques blindées et fit jaillir un long bras métallique et articulé.

Les doigts artificiels étaient aplatis et protégés par une fine couche élastique qui dissimulait quelques dizaines de micro-aiguilles qui s’enfoncèrent avec douceur dans l’épiderme crasseux d’Igaj. Une petite douleur qui fut aussitôt gommée par une sensation de bien-être.