Quelques lectures S-F cyborg3lk9

Le goût de l’immortalité : Catherine Dufour.

IMMOR

Dans un futur lointain, 2304, une fillette immortelle se rappelle de son passé.

A noter pas mal de circonvolutions pour amener le récit, ou plutôt les deux récits, puisqu’on passe par un filtre épistolaire et qu’au passage on découvre le monde futur, extrapolation plutôt sombre du nôtre (fanatisme, pandémies etc…). On peut également ajouter un troisième récit, qui surplomberait le tout et serait tout simplement l’histoire de la narratrice, à la fois enfant et morte vivante.

Le premier récit est en quelque sorte la bio d’un dénommé Cmatic (sans doute clin d’œil Rock’N’Roule à l’ancien groupe d’arno, TCmatic), pur héros masculin à la fois idéalisé et mis à nu par la narratrice. Cmatic en effet ne capte rien à ce qu’il lui arrive malgré son bagage de scienteux/investigateur et devient rapidement victime de la sorcière qui a déjà zombifié la narratrice. Mais leur état similaire ne va pas réellement les rapprocher.

Le second récit, celui de Cheng, une survivante des années d’apocalypse antérieures est amené au détour d’une conversation. Procédé assez fascinant, prélude à la partie la plus intéressante du bouquin, pour ma part. Le traitement est nouveau, tant du côté du point de vue (une sorte de résignation violente), brutal sans être complaisant et très sexuel sans être excitant l’espace d’une seule ligne.

Réussite totale, brassant l’anticipation positive (Cmatic) et négative (Cheng), le tout dans une belle écriture qui sent la sueur et un univers bien solide et cohérent. Seul « l’enrobage » du départ et la résolution de l’intrigue principale « on bute la méchante sorcière» m’ont moins convaincus mais le Goût recèle de sublimes paragraphes et son art du contre-pied permanent m’a vraiment emporté.

La horde du Contrevent : Alain Damasio la_horde

Sur une planète battue par des vents violents, une horde tente de remonter jusqu’à la source des vents. On pourrait résumer le pitch en un mélange entre DUNE, Première de cordée et Vertical Limit avec un soupçon de Gene Wolfe pour l’aspect fantasy baroque de la Horde. Soyons direct, il s’agit là du plus important bouquin de SF qui me soit tombé entre les griffes depuis des années. Paradoxalement, les tics « expérimentaux » de l’auteur sont emportés par un vrai sens de l’aventure baroque et de l’énorme qui parfois confère au shonen, les bastons et duels en particulier.

Damasio tente en effet de faire parler chaque membre de la horde, indiqué par un symbole en tête de chapitre. Ca se tient au départ, puis bien évidemment, la voix de l’auteur finit par supplanter celle des personnages. D’ailleurs bien vite, le chœur de la horde se résume à une sorte de bio de Golgoth (le chef) vu par Caracole (Le barde). Le livre n’est pas exempt de défauts, passages un peu grotesques (la scène de sexe en particulier, pensée sans doute comme rabelaisienne mais ratée), la joute d’insultes (idée excellente mais des mots choisis dans notre propre vocabulaire) etc… Mais la Horde (le livre) fait bloc au vent de ses propres faiblesses. Ce livre possède un souffle épique rare et reste passionnant pratiquement jusqu’à la fin. Certes les 100 dernières pages traînent un peu dans une surenchère d’effets aéro/volcaniques, mais ça reste un vrai livre d’aventures porté par une ambition stylistique qui se ramasse parfois mais ne fléchit pas. Texte à mon sens unique, peut-être même non « reproductible».

L’Usage des Armes

L’homme des Jeux

Une Forme de Guerre : Ian M Banks

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Allez, j’ai également décidé de me frotter au cycle fleuve et pan galactique de Banks, à savoir la « Culture ». J’ai découvert Banks à la fin 80’s avec son étrange « Seigneur des guêpes » puis l’expérimental/pop « EntreFer » relu récemment. Pour bien faire les choses, j’ai décidé de les lire dans l’ordre de parution en France. La « Culture » c’est cette société pan galactique donc, ultra puissante, anarchiste, interventionniste, à la fois politiquement correcte mais capable de vitrifier des systèmes entiers qui base sa puissance presque infinie sur des machines autonomes (les Drones et les Mentaux), des vaisseaux gigantesques

Commençons par l’Usage des Armes, donc.

Soit l’histoire d’un Agent Spécial de la Culture, ancien « barbare » d’un monde primitif génotransformé en super/soldat/espion/tueur. Un peu James Bond dans un univers de Space Opéra. Quoique assez vite on se rapproche d’un Ludlum car les choses sont loin d’être manichéennes dans l’espace de la Culture. Très bien écrit, prenant de bout en bout, avec même un twist final assez marquant et surtout très drôle. L’ironie froide très anglaise (ou écossaise plutôt pour Banks) fait de ce cycle fleuve et SF une œuvre à part à ranger en effet au côté des sagas classique. En quelque sorte, j’y ai trouvé un écho à Farmer, sens de la dérision, de la démesure et un art consommé de l’aventure, de l’action, le tout poussé par un esprit délicieusement pervers voire subversif.

L’homme des Jeux, relate le parcours d’un grand Joueur de la Culture poussé à disputer une partie sur la planète mère d’un empire opposé à la Culture. Encore un très bon livre, réflexion sur une forme de pouvoir, moins action/baston que les autres volumes. Le personnage principal est en effet une sorte de gentleman un peu ancien et hautain. Tension constante. Pas loin d’un texte comme l’Empereur Dieu de Dune.

Une Forme de Guerre est un peu en dessous des deux autres textes mais est en vérité le premier volume de la Culture. Il a été écrit en 1987, ce qui explique sans doute son côté un peu plus « Old School ». Du coup, j’ai moins apprécié. Le scénario ressemble à un script de luxe pour Star Trek et les réactions des protagonistes restent encore un peu mélo. C’est d’ailleurs l’unique bémol dans ces trois lectures qui entament le cycle, ce côté parfois trop « actuel » de certains personnages et le rôle un peu trop prévisible (mais hilarant)  des drones qui perpétuent le côté machines/décalées qui hantent la SF de Robby le robot jusqu’à C3PO.

Je me demande d’ailleurs si la « Culture » n’est pas l’inspiration directe des TAU de Warhammer 40k ? Une caste

d’intellos supérieurs, des drones, une technologie avancée…  

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A travers ces trois univers, on assiste d’abord à un démontage en règle de la figure du « héros », que se soit par le morcellement des points de vue (La Horde), l’angle de l’écrivain (Le goût) ou l’humour grinçant (La culture). Finis les messies !

Ensuite, les trois englobent, critiquent, flirtent, jouent avec ce qui reste du cadavre de l’anticipation populaire.

Ce qui m’a ramené à ma propre tentative de SF, en gros reprise de mes lectures de fan de la fin des années 80 début 90, post Gibson donc mais avec un lourd passif FNA. Texte au final bien à l’ouest des réalités de la SF actuelle, fond et forme. Je vais sans doute balancer le premier volume en gratos soit en mobipocket soit sur un site (encore secret…).

Pour info, je serais au festival d’Eaubonne, ce dimanche 28 juin, pour des rencontres/débats apéros sous un fond sonore jazzy.

http://www.ulysseleblog.org/

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Le programme du 28 juin (14h – 19h) :

14h30 Débat : Qui sont les héros de polar ?

15h45 Quiz musical avec Eaubonne Jazz Des livres à gagner !

16h45 Débat : Comment parler des dysfonctionnements de la société d’aujourd’hui dans un polar ?

Auteurs présents : Antoine Blocier, Jacques Bullot, Laurent Fétis, Pierre Filoche, Nicolas Jaillet, Francis Politzer, Jean-Jacques Reboux, Roland Sadaune Les auteurs participeront aux débats et dédicaceront leurs livres.

Expo de peinture : portraits d’auteurs par R. Sadaune

Bar et restauration légère sur place

Illustration du titre par Yoann Bourreau