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Deux lectures/avis récents sur le Mal du Double-Bang, par Paul Maugendre et El Marco, de Polars Pourpres.

Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

Réédition de Série Noire n° 2305

Rico, propriétaire d’un garage à Béroir, la capitale du Midi, est habillé été comme hiver d’une chemise jaune héliotrope, artistiquement froissée, et d’un costume italien couleur bleu cobalt. Un chapeau mou de même couleur et des chaussures blanches complètent sa tenue vestimentaire. Avec son œil gauche qui clignote de manière incontrôlée, il ressemble à un gangster. Au gangster qu’il est d’ailleurs, car son garage n’est qu’une couverture. Mais ce n’est qu’un minable petit malfrat, tenu pour quantité négligeable par les truands de la ville, les vrais, les durs, les pros. Sa femme Bélinda est responsable de la bonne tenue d’un trio de gagneuses zaïroises. Quant à son frère Gus, vingt ans, il se came, exécutant à la lettre les ordres de son frère. Trafics d’autoradios, de bagnoles, de faux-papiers, assurent de confortables revenus. Mais Rico est ambitieux. Il veut devenir le caïd de Béroir et il n’hésite pas à s’attaquer à la Baleine et au Kabyle qui se partagent la ville. C’est Gus, qui enfermé dans un asile psychiatrique, nous raconte cette épopée épique, parfois haute en couleurs et assaisonnée à la sauce du double-bang, une drogue spéciale concoctée par Arthur Hylgon, le chimiste bidouilleur de came et bras droit de la Baleine. Les autres personnages qui complètent la galerie de portraits peints pas Laurent Fétis oscillent entre farce et attrape.

Si cette histoire de tentative d’ascension par un petit malfrat dans la coterie huppée du grand banditisme ne manque pas d’humour, versant parfois dans la caricature grandguignolesque, le côté apothéose de la came me laisse dubitatif et un rien songeur. Il faut soigner le mal par le mal parait-il, soit, mais il est difficile d’accrocher à cette attirance. Mais ce n’est que le simple avis d’un lecteur lambda et sexagénaire qui ne comprend pas cette attirance à la drogue. 

Gus Sarvani passe à table

par El Marco (28/11/2010)

Le truand Gus Sarvani est enfermé dans un asile. Pour tuer le temps, il décide de se confesser auprès de son visiteur – le lecteur – et entreprend le récit de son existence de bandit de bas étage. Tout y passe : son frère Rico, ses amitiés particulières, les coups fumants, les rivalités avec les autres gangs, l'argent... Et aussi les drogues, des plus communes jusqu'à celles dont personne n'a jamais entendu parler. A commencer par le Double-Bang, une dope unique, addictive dès la première prise, et qui scella sa chute.


Paru pour la première fois chez Gallimard en 1992, Le mal du Double-Bang ressort chez Baleine. Déjà auteur de deux romans paru chez cet éditeur (L'aorte sauvage et Le lit de béton), Laurent Fétis signait un opus diablement original, très difficile à classer. Ces aveux, narrés à la première personne et interpellant directement le lecteur à de multiples reprises, tiennent à la fois de la satire sociale, du thriller et du roman noir, avec aussi une bonne dose d'humour. On y croise toute une galerie de personnages, certains inquiétants, d'autres pathétiques, que Gus rencontrera sur le chemin de sa vie de crapule, au travers d'entourloupes, de querelles pour des questions de territoire et d'hégémonie. Il y est également question de camaraderie, de fraternité, mais aussi de trahison, de gloire et de déchéance. Et puis il y aura le Double-Bang, ce que son concepteur qualifie de « F40 des drogues ». Une arme de destruction massive, loin des clichés du genre, à la fois désirable et terrifiante, qui propulsera un peu plus vite Gus et son groupe vers leur perte. Indéniablement, Laurent Fétis est un romancier dont on aimerait lire plus souvent les ouvrages : prose travaillée, à la fois sèche et humoristique, poétique et argotique, avec un style bien à lui.

Le mal du Double-Bang est un roman atypique et très prenant, à l'image de cette drogue qui donne son nom au livre. Quelque chose qui parle au cœur et aux tripes plus qu'au cerveau, donnant au lecteur à chaque fin de chapitre l'envie – voire le besoin – d'un autre shoot de mots. Un ouvrage qui en rappelle un autre, également paru dans la collection Baleine noire, La grande évasion en pantoufles de Serge Scotto, où un criminel y narre sa virée dans le monde libre.