05 juillet 2008
OUTBACK : PIERRE PELOT (CLUB VAN HELSING)
Une sortie étrangement confidentielle, pour le dernier livre en date de la collection de fantasy urbaine, le Club Van Helsing.
Changement de format, le livre est plus grand, plus épais également et aussi plus cher.
Xavier Mauméjean, à l’instar de la fin de son livre Freakshow, a également lâché l’affaire. Cf la dernière phrase de son texte « vous faîtes comme vous voulez mais moi j’arrête ». La Clock Company aurait-elle œuvré dans l’ombre pour s’attaquer au Club par le biais des finances ?
C’est dans ce contexte un peu trouble que sort donc OUTBACK, grand retour de l’immense Pierre Pelot dans la fiction de genre, après ses sagas paysannes. Pelot est lui-même un des ultimes monstres sacrés de la littérature de genre. Plus de 200 bouquins dans tous les styles (polar/SF/western etc…) et des authentiques chefs d’œuvre (la forêt muette, la guerre olympique).
Alors qu’avons-nous là ? L’histoire de Cran Barker, médecin volant et aborigène qui va se perdre, en compagnie d’une jeune femme dans le « bush » australien. Un voyage initiatique dont l’enjeu est la destinée des hommes.
Le texte est très beau, brillant dans son écriture et recèle de belles descriptions climatiques ou géographiques, choses qui souvent sont du remplissage mais qui là, donnent un vrai sel à l’histoire. Cette dernière est non-linéaire mais entrecroise destins et rencontres comme dans les anneaux du dieu serpent. Du coup, le début est un peu rude mais on finit par se laisser emporter comme dans une rêverie incertaine.
On retrouve également des éléments constitutifs des œuvres de série B, femmes fatales (corps moulé à la louche, description de string), flingues graisseux, hôtels borgnes et des obsessions typiquement Pelotiennes, violence collective éruptive, sexualité moite etc…
A mi chemin entre le cheminement populaire de l’auteur et l’histoire mythographique de l’humanité, OUTBACK au final se révèle être un texte atypique dans la collection CHV, dense, touffu et plus ambitieux que les chasses habituelles.
25 mai 2008
critique : Un Grand Bruit Blanc /Claude le Nocher
Une lecture de
|
13 mai 2008
Club Van Helsing : Saison II
Après une première année assez houleuse que devient le Club de Chasseurs de Monstres le plus actif de la planète ?
En terme de ventes, tout d’abord, certains titres semblent bien marcher. Et G. Lebeau s’est bien démené par diffuser et faire connaître le Club, usant du partenariat classique (Mad Movies) au marketing viral (les polémiques cafardeuses ou le blog du désormais célèbre club), sans évoquer même les rumeurs de films sur l’un des ouvrages.
Un numéro 2 est toujours un passage délicat car il s’agit souvent du « ventre mou » dans une trilogie, du passage de relais, le moment où on va tenter de rééditer une réussite initiale. Le CHV n’échappe pas à la règle Mais voyons ça dans le détail…
Session de rattrapage : Question de Mort / Johan Heliot
J’ai eu quelques difficultés à trouver ce titre mais à force de fouiller dans d’obscures librairies, j’ai fini par dégotter ce bouquin auréolé d’une excellente réputation. Construit sur le modèle d’un « gore » vintage année 80/90, cette traque oppose Big B., chasseur obèse atypique à une réincarnation du Sphinx modèle SAW. Très axé « action » avec un final plus mythographique, Question de Mort passe en effet très bien et arrive dans le haut du panier du CHV pour le moment. De la série B honnêtement troussée. Je le trouve assez proche du Bizien étrangement, même si moins speed et moins bourré de vannes.
Passage de l’autre côté pour la seconde saison. Deux changements notables, le lettrage jaune, plus visible, plus accrocheur, plus polar peut-être ? Et la maquettiste a fait gicler la photo de l’auteur (économie ?) A noter les dessins toujours excellents de Stéphane Valley.
Crépuscule Vaudou : Jean-Marc Lofficier
Un CHV une nouvelle fois assez différent des autres bien qu’il se recentre sur Hugo et sa famille, malgré la « démission » annoncée d’Hugo dans Freakshow. Enfin le CHV n’étant pas forcément chronologique… L’action se situe pendant le passage de l’ouragan Katrina et relate l’affrontement d’Hugo contre un puissant sorcier vaudou. Véritable roman d’aventure à l’ancienne, carrément pulp dans l’âme, ce CHV dégage un parfum de nostalgie qui parfois envoûte parfois agace tant on aurait aimé une réelle exploitation du décor et de la situation tragique. Entre l’hommage et la fanfiction, crépuscule Vaudou parvient très bien à ranimer l’esprit des sérials d’antan. L’image d’Hugo est également radoucie par rapport à la violence froide et habituelle du personnage. Un livre au final, plutôt réussi mais également frustrant.
A voir peut-être en version américaine (Katrina Protocol), plus étoffée.
La Nuit du Minotaure : Paul Halter
Ce CHV semblait original, un enquêteur buveur de Picon Bière, l’est de la France, une énigme, le Minotaure. Le résultat est assez décevant. Le fantastique est un peu plaqué sur une intrigue classique, malgré certaines scènes gores brutales, intro en Grèce, éléments disparates, histoire d’amour cliché, alternance indigeste de magie et de rationalisme.
Saigneur des loups : Pierre Grimbert
Pas grand-chose à dire de ce mélange entre Highlander et Underworld, un chasseur également loup garou (comme Vuk mais en moins bien), un affrontement, la cosmogonie nordique.
L’écriture est correcte mais au final ne véhicule rien d’autre que le scénar évoqué au dessus, un duel. Le personnage est, de plus, un écrivain ce qui généralement signifie que l’inspiration n’était pas au rendez-vous. Le moins bon de la série.
Et au-delà…
Il y a du bon à venir malgré les difficultés pour tenir une telle série, le Pelot (peut être un format intermédiaire pour son grand retour), Bordage, Rivière, le livre de Stéphanie Benson ou celui de Slocombe.
19 mars 2008
Portrait d'outre-tombe
Suite à un vide-grenier radical, chez mes parents, j'ai retrouvé, le portrait que Lucio Mad avait fait de moi lors de ma visite dans sa retraite New Yorkaise... Un peu exagéré mais bon...
Lucio, le professeur Lu, Buddy Greenburg et autres avatars est décédé à 43 ans.
http://stephanevallet.noosblog.fr/journal_dun_inquiet/2005/09/disparition.html
Auteur d'un poulpe, slammeur, chroniqueur, acteur (entre autre dans la série des GUTS) et auteur d'un excellent livre noir "Les trafiqueurs"...
18 février 2008
critique "Un grand bruit blanc" sur 813
Un grand bruit blanc de Laurent Fétis. Collection Rock Polar 2. Mare Nostrum éditions, par Paul Maugendre
Responsable de la sécurité du Kargo, boite de nuit branchée et haut lieu de la vie nocturne de la capitale, Harry est sauvagement tabassé par de jeunes voyous. Après quelques semaines passées dans le coma, il se réveille mais garde des séquelles de son agression. Il ne se rappelle plus ce qui est arrivé, son nom, son métier, sa vie familiale. Il apprend ainsi qu'il est marié et a un fils. Ils tentent de reprendre une vie conjugale mais celle-ci se révèle factice. Aurélie est une fêtarde, une teufeuse comme l'on dit de nos jours, et elle n'hésite pas à plaquer son emploi pour s'adonner plus librement à sa passion. Elle traîne de boite branchée en boite branchée, accro à la musique genre Techno Transe, Digital Hardcore et autres grosses productrices de décibels. Seulement le portefeuille ne suit pas. Alors elle accepte la proposition d'un dealer, vendre des cachets, appelés Trèfle blanc à cause de leur forme et de leur couleur, avec le but non avoué de s'enrichir tout en sachant qu'elle ne doit pas spolier son fournisseur. Le trafic s'avère calme, tranquille et lucratif, jusqu'au jour où l'un de ses clients ne digère pas la mixture contenue dans les cachets.
Résolument moderne, ce roman ancré dans le monde de la nuit, de la fête, de la musique électronique, devrait plaire aux jeunes qui peut-être s'y retrouveront dans cette ambiance particulière. Heureusement, en marge de la vie délétère d'Aurélie se déroule la recherche d'identité d'Harry, ce physionomiste black, portant un bandeau sur l'œil, et qui va découvrir une face cachée mais intéressante de son passé. L'écriture est vive, rapide, nerveuse, en phase avec la musique qui règne en arrière plan, ce qui n'empêche pas quelques passages plus tendres, notamment entre Harry et son fils. 2008-02-08
29 octobre 2007
Article sur Fluctuat : Le Lit de Béton
Laurent Fétis : Asphalte Jungle 
Posté par Maxence le 25.10.07 à 10:52 | tags : polar, science-fiction
Il ne fait pas bon traîner dans les rues de Londres, en cette fin de siècle, surtout quand des morts-vivants en pleine forme y rodent à la recherche du futur casting de leur prochain snuff movie.
Oui, car le personnage de Lit de béton de Laurent Fétis c'est brutalement réveillé en 1980 dans la morgue du comté de Chester en Angleterre. Depuis, il zone dans la capitale Britannique et vit grand train grâce aux commandes que des pervers de tout poil lui passent à des fins de satisfaction personnelle. Un marché qui prend de l'ampleur chaque année, même si les vedettes principales des films produits par notre zombie, finissent toujours de manière tragique, la plupart du temps dispersées en petits morceaux aux quatre coins de la ville. "Une carrière n'est parfaite que si elle s'achève rapidement et de façon spectaculaire", telle pourrait être la devise de Red Eyes Production. Seulement voilà, notre bonhomme immortel, ne s'est jamais posé les bonnes questions. Pas un seul instant il ne se demande comment et surtout pourquoi la "vie" (ou plutôt, en l'occurence, la mort) lui a réservé ce curieux destin. Des questions qu'il va bien être obligé de se poser le jour où "la plus belle saloperie de toute la ville", comme il aime à se nommer lui-même rencontre plus monstrueux que lui...
Avec Lit de Béton c'est clair, Laurent Fétis nous sert une sorte de comics littéraire brutal et ignoblement drôle, comme du Spawn, ou du Bret Easton Ellis qui aurait des visées dans le domaine de la série B. Evidemment peu crédible, cette histoire franchement gore est pourtant fascinante pour peu qu'on y entre sans a priori. Elle se lit en une journée avec autant de plaisir qu'une bonne BD ou un roman décadent de la fin du XIXe siècle. L'oiseau de nuit qu'est Laurent Fétis décrit mieux que tout autre le Londres nocturne, cette jungle de béton, ses lieux sordides, ses faunes interlopes, sa misère psychologique et morale, et les situations scabreuses qui en découlent.
Sa peinture sous-jacente de la société occidentale - et de ses mœurs - à la fin des 90's, est d'une sauvagerie peu commune, tout en restant parfaitement neutre et atone. La violence de Fétis est celle des bourreaux en col blanc. Son portrait de la psychologie du tueur pourrait également être un cas d'école. Terriblement pervers, l'anti-héros choisit sa proie avec soin, et c'est le lecteur qui est finalement malmené du début à la fin.
Âmes sensibles s'abstenir, pour les autres, foncez !
Lit de béton
Laurent Fétis
Edition Baleine
Et en bonus, après une expédition dans les landes acignolaises (35), j'ai retrouvé quelques reliques et croquis.
31 août 2007
LOVECRAFTIANA BACKUP
La voix à l'autre bout du téléphone était rauque et balbutiante.
Mon client, qui se disait être un vieux milliardaire excentrique,
m'engagea pour retrouver la trace de l'écrivain de fantastique et
d'épouvante Howard Phillips Lovecraft. J'acceptai. Après un mois
d'enquête, je rédigeai cette brève notule à son attention.
1. Providence (Nouvelle Angleterre, U.S.A)
Une colline pelée, des arbres torves et autour de moi quelques
pierres tombales blêmes. Cela faisait des jours que j'errais à
travers la ville de Providence, à la recherche de la tombe de
l'écrivain. Je n'avais pas appris grand chose sur lui.
. Né en 1890 à Providence (Rhode Island), décédé en 1937 d'un
cancer de l'intestin.
. A passé toute sa vie au même endroit.
. Figure solitaire qui haïssait le monde moderne. Sorte de dandy
morbide.
. Peu publié de son vivant.
. Est l'un des écrivains d'horreur les plus importants de ce
siècle.
Juste quelques éléments. Une photo. Portrait d'un grand homme au
visage plat, aux yeux hallucinés. Un homme qui se croyait laid et
que ses écrits désespéraient. Hypocondriaque et d'un pessimisme
absolu. Je m'approchai du gardien du cimetière. Un dénommé Henry
Thorndyke.
— Vous cherchez la tombe de Lovecraft, hein ?
— Oui.
— Vous ne la trouverez pas. Personne ne sait ou l'écrivain a été
enterré. Bizarre, non ? On se croirait dans une de ses histoires.
Ce détail était amusant. Lovecraft n'a pas de tombe. Peut-être
que son esprit rôde encore parmi nous. Je me rendis ensuite chez
Arkham House, maison d'édition crée en 1950 par des amis de coeur
ou de plume de Lovecraft. August Derleth, le maître de la maison
d'Arkham, me reçoit dans sa propriété de Sauk City.
— Lovecraft est surtout connu pour l'invention du mythe de
Cthulhu (prononcez K'tou lou). Mythe enrichis par d'autres
écrivains. Même King fait souvent des clins d'oeil au mythe dans
ses ouvrages. Comme vous le voyez, Lovecraft a ressuscité 20 ans
après sa mort, Car nous l'avons enfin publié. Et ses oeuvres ont
donné naissance à un courant dans le mouvement de la littérature
fantastique, Bloch, Derleth, Campbell et Brian Lumey. Brian est
d'ailleurs né en 1937. L'année ou le maître nous a quitté. Vous
enquêtez sur la persistance d'Howard, c'est ça ?
— C'est exact.
— Alors je vous conseille de rendre visite à Chaosium.
— Qu'est ce que c'est.
— C'est un éditeur de jeux de rôles. Ils publient un jeu de rôle
fantastique inspiré des univers de H.P Lovecraft.
2. Siège de Chaosium.
Le manager est un homme massif, barbu. Il doit avoir quarante ans
mais est encore habillé comme un étudiant; casquette rabattue en
arrière, T-shirt à l'effigie de l'université Miskatonic, une
canette de Coca-light à la main. Je lui demande de me parler de ce
jeu intitulé; L'Appel de Cthulhu.
— Un succès incroyable. Ce jeu a eu 20 récompenses et
distinctions. Et on nous n'arrêtons pas de faire des retirages. 4°
éditions aux U.S.A, 2° en France et d'autres en Allemand, Italien,
Espagnol et Japonais.
— Pourquoi un tel succès ?
— Lovecraft n'est pas considéré comme un grand écrivain,
au sens stylistique. Il emploie beaucoup de tournures surchargées,
pleines d'adjectifs du style: Purulent, squameux, déliquescent.
Une génération de joueurs de rôle voue un véritable culte à Lovecraft.
Le mythe de Cthulhu a ses fans. Le monde du fanzinat est également
très branché Lovecraft ainsi que le hard-rock.
— On dirait que la Lovecraftiania touche plutôt les 15-20 ans.
Les adolescents.
— En majorité, oui.
—Y-a-t-il des adaptations cinématographique de cette oeuvre ?
— Très peu puisque l'une des caractéristiques du monstre
Lovecraftien est d'être indicible. Il y a quand même deux films de
Stuart Gordon, From-Beyond et Réanimator. Mais comment transcrire
l'indicible au cinéma ? Par contre, il y a eu des essais de
peintures, d'illustration. Giger, le créateur d'Alien, s'y est
essayé en 1977 et 1985 (Nécronomicon 1 et 2)
— L'esprit de Lovecraft est donc condamné à des dimensions de
papier.
Son visage poupin d'américain se barre d'un sourire et il répond:
— Vous trouverez la trace de sa dernière résurrection dans
l'informatique, les jeux vidéos.
3. Lovecraftiana Backup.
Je me rendis directement dans un magasin d'informatique et
traquais inlassablement la piste du rêveur de Providence. Quelques
gamins cyberpunks s'amusaient avec des démos de quelques
nouveautés. Je testais un jeu Alone in the Dark. Très inspiré de
Lovecraft puisqu'on y retrouve l'ambiance et les créatures. Comme
je semblais intéressé, un des gamins s'approcha de moi. C'était un
jeune black qui portait un blouson d'aviateur ainsi qu'une paire
de lunette noires. Il engage la conversation:
— Vous êtes un fan d'Howard ?
— Un peu. C'est étrange cet engouement cyclique.
— Ouais. En plus, ça part souvent d'un groupe de jeunes, des
passionnés, des initiés. Jeux de rôles, Informatique. Y'a pleins
de softs (programmes) de jeux tiré de ces univers: The Legacy,
Shadow of the comet, Hound of shadow et d'autres...
J'achetai les jeux, les essayai et rentrai chez moi. Sur mon
bureau, j'étalai les éléments que j'avais glané à travers le
monde. J'avais des livres (ceux de Lovecraft et ceux de ses
suiveurs), quelques bandes dessinées de Richard Corben, les
illustrations de Giger, le jeu de rôle, quelques figurines en
plomb et enfin, les disquettes.
L'oeuvre écrite de Lovecraft, ne rejoindra peut être jamais
les classiques de la littérature mais l'exubérance de ses univers,
la noirceur profonde de ses histoires lui assurent une sorte de
pérennité parallèle. Objet de culte, ses monstres et ses mythes
se réincarnent aujourd'hui sur le support magnétique des
disquettes, contaminant ainsi l'espace informatique. La dernière
sauvegarde en date de l'esprit de Lovecraft.
Epilogue.
Je fis part de tout cela à mon client. Il s'estima satisfait et
promit de m'envoyer une prime le plus tôt possible. Avant de
raccrocher, j'entendis comme un petit rire éraillé doublé d’un
étrange clapotis...
Thomas F. Malone (1994)
Edit 2007 : Depuis ces années, le retour de Lovecraft a continué par
la voie informatique, CD puis DVD, Dark Corner of the earth, Robert D.
Anderson & The Legacy Of Cthulhu etc….
Notons aussi l’étonnante résurrection de Stuart Gordon, Castle Freak et
Autres réussites horrifiques… Ainsi que le superbe Album de Flint Glass
Nyarlathotep.
Sans oublier le tube techno/lovecraftien qui fait bouncer les morts !
http://fr.youtube.com/watch?v=wN973J4cImQ
24 août 2007
Manifeste pour une Narration Populaire
Machine à créer des chiots rouges
Un article de Lester Ecchymose
Je me rappelle de cet entrepôt sur les chais de Porto. Au
fond duquel, durant mon jeune âge, j'empilais les pages
grâce à ma vieille Underwood. Le plastique qui protégeait
la fenêtre ne cessait de claquer à cause du vent pendant
que de curieux bâtards jappaient à mes pieds. Maintenant
que j'écris plus de 200.000 signes par jour et qu'aucun de
mes manuscrits n'a été refusé, depuis dix ans, je suis disposé
à livrer à la cohorte d'auteurs débutants, mes recettes
infaillibles.
Un éditeur a toujours raison et plus vous le lui répéterez
mieux vous vous porterez.
Pour un récit d'aventures à frissons, quelques personnages
peuvent se révéler utiles : un héros, un méchant, plusieurs
victimes de meurtre. Attention à ne pas faire assassiner
des femmes car mon éditeur n'aime pas trop. Il faut que le
héros puisse sauver quelqu'un. Si les lecteurs sont machos,
supprimer la femme et la remplacer par un avion ou la
relique d'un camarade tombé à la guerre.
Les désirs doivent être tiraillés et les personnages forts.
Le héros agira sous la contrainte, dos au mur, le poing
serré sur sa truelle, la chemise mouillée d'angoisse.
Une marque doit définir un personnage. La cape
et le short de Haïlé Selassié. Les personnages
peuvent porter des vêtements qui puent, fumer
des coiffures étranges, arborer des chaussures
jaunes.
Une marque de dialogue peut très bien faire
l'affaire : "Par les cornes de Boûlezsthorn"
Un maniérisme vous plaira peut-être plus : "Jocke entra en
grignotant une des boules de bowling qu'il tenait dans un
sac en papier". Jocke continuera à manger des boules de
bowling tout au long du récit, parlant de leur effet
amaigrissant qui lui permet de faire des économies de Slim-
Fast. Et peut-être que le tueur sera un joueur de bowling
ou Clémentine Célarié, ou un docteur.
Les noms peuvent être inventés pour suggérer des choses.
Par exemple : O'Sullivan, la chaussette à clou, le flic, le boucher (selon sa profession).
Et une jeune femme menue et gracile sera nommée Bruise (Bleu, meurtrissure et garrot).
Une brute épaisse aux crocs fumants ? Peut-être
Linette, ou suzette (dite la crêpe, évidemment).
N.B le contre emploi, cet art empoisonné se distille à petites doses.
Mais attention de ne pas franchir les bornes de la
bizarrerie en matière de méthode de meurtre : corps orné
d'un tatouage en forme de chauve-souris cyanosé à l'anis,
hydrocyanure garrotté, mouches germées et mortelles.
L'idée force est d'éviter toute monotonie.
Un exemple tiré de mon roman La légion rouge de la mort
volante.
...Jocke entra tout en grignotant une des boules de bowling
qu'il serrait sous son bras. O'Sullivan, se gratta les
chaussures (jaunes) et d'écria : "Par les cornes de
Boûlezsthorn !". Linette portait une carabine ornée de
motifs curvilignes et mystiques (venant d'Egypte) et
ricanait en crachant sur ses crocs fumants. A ses pieds
difformes s'étalait le corps tatoué et tourmenté de Bruise,
la délicate enfant avait une chouette gravée sur chaque
oeil et son bras droit portait la marque morbide du sceau
de Belzervoltch. "Par les cornes de Boûlezsthorn, je sais
qui est le coupable" s'écria à nouveau O'Sullivan en mirant
sa trogne de flic dans ses chaussures jaunes et
brillantes...
Voilà, c'est tout, vous voilà riche, en passe d'écrire des
best-sellers à la pelle et d'amasser, tout comme moi une
montagne d'or massif. Mais tandis que j'enfile ma parka
polaire pour aller traquer les ours blancs qui protègent la
vallée des émeraudes et que ma femme fait le guet en haut
du mâts pour m'avertir de la présence des barracudas, je
repense à cette cave de Porto et à ces chiens...Ha ! La !
La ! La vie n'est qu'un mystère non résolu qu'il faut
garder en réserve, d'une manière logique, pour terminer au
plus vite le récit.
Vezyn el coqueto (frontière mexicaine).1927.












Responsable de la sécurité du Kargo, boite de nuit branchée et haut lieu de la vie nocturne de la capitale, Harry est sauvagement tabassé par de jeunes voyous. Après quelques semaines passées dans le coma, il se réveille mais garde des séquelles de son agression. Il ne se rappelle plus ce qui est arrivé, son nom, son métier, sa vie familiale. Il apprend ainsi qu'il est marié et a un fils. Ils tentent de reprendre une vie conjugale mais celle-ci se révèle factice. Aurélie est une fêtarde, une teufeuse comme l'on dit de nos jours, et elle n'hésite pas à plaquer son emploi pour s'adonner plus librement à sa passion. Elle traîne de boite branchée en boite branchée, accro à la musique genre Techno Transe, Digital Hardcore et autres grosses productrices de décibels. Seulement le portefeuille ne suit pas. Alors elle accepte la proposition d'un dealer, vendre des cachets, appelés Trèfle blanc à cause de leur forme et de leur couleur, avec le but non avoué de s'enrichir tout en sachant qu'elle ne doit pas spolier son fournisseur. Le trafic s'avère calme, tranquille et lucratif, jusqu'au jour où l'un de ses clients ne digère pas la mixture contenue dans les cachets.

