23 octobre 2009
A Contrario
Entre deux soirées, ci-joint une compilation de blogs que je visite régulièrement, en quête d’infos non frelatées ou de sang frais.
Commençons par, « une excroissance », le blog d’Antoine Chainas. A la fois laboratoire d’expérimentations personnelles, annonces, poésies et exhibition des goûts « Trash » et « SF » de son propriétaire.
http://zymansky.over-blog.com/
Du coup, j’ai finis par acheter et lire « Versus », paru en folio. Portraits de deux flics sur l’abîme et de la mère d’une ancienne victime d’un crime pédophile. Un roman très sombre qui ne se lâche pas. Etrangement, je ne le rapproche pas d’Ellroy ni de Maurice G, comme on a pu le lire dans la presse ou sur quelques sites mais plutôt de Robin Cook voire de Frédéric Dard.
Dard ?
Oui, car premièrement Dard, ce n’est pas que San Antonio. C’est un écrivain qui a signé en son temps, et souvent sous son nom, des romans très noirs, violents parfois nihilistes. Ensuite, ce qui m’a immédiatement fait penser à Dard, c’est la présentation du bordel de l’horreur « High tech ». 95% des auteurs de thriller/noir auraient traité ça façon film d’horreur avec progression graduée dans l’ignoble ect… La découverte de l’horrible bordel empreint de mercatique est plutôt « fun », légère et par conséquent plus marquante.
Autre chose à signaler, l’auteur pose clairement les lignes de démarcation entre lui-même et ses personnages. Ainsi la logorrhée haineuse de Nazutti, le personnage central du bouquin, reste bien circonscrite évitant les écueils de la contamination. Un principe que l’on retrouve dans le très noir et extrême « Hécatombe » de Nada.
A savoir une vraie mise à distance avec son sujet et ses personnages, un peu comme dans cette incroyable scène de « L’inspecteur Harry » quand Dirty Harry se met à torturer le sniper « Scorpion » et que la caméra de Don Siegel s’éloigne rapidement du stade de foot en hélicoptère.
Dans l’antiquité (les années 80’s/90’s) les auteurs semblaient se fondre dans le sujet jusqu’à embrasser certains tics de langage. Ellroy en est un spécialiste dans ses premiers romans. Le mot d’ordre était plutôt, "si j’écris sur des flics violents et racistes, je vais adopter un vocabulaire similaire".
Passons maintenant au blog de Dhalia, qui renferme quelques belles critiques culturelles, diverses et variées.
http://www.ohmydahlia.com/blog/
Elle a également récemment sorti son premier livre « Adore » chez Léo Scheer.
Ouvrage que je me suis empressé de lire mais qui ne m’a pas spécialement emballé. Certes l’écriture est élégante et les pièges du trashou/crassou sont évités mais… Je crois simplement que le sujet en lui-même m’a barbé. Ok, une fille se fait larguer par SMS par son copain, elle l’entrave et le force à l’écouter.
D’accord. La fille est plutôt gentille malgré son sadisme présumé. En fait, elle est toute simple et funky, le garçon par contre, s’en traîne une couche et « les draps noirs » de kéké goth, ça méritait, au moins l’ablation de la rate.
Pas de ninjas ? Pas de zombies, pas d’explosions et même pas le museau d’un kobold ! A oui, j’oubliais, c’est en litt-gen, comme on dit, du « blanc ». Un autre sous-genre, sans armes, ni gobelins, ni croiseurs stellaires.
Bon, je charge un brin la mule et j’attends la suite avec autre sujet puisque l’essentiel est là, une vraie écriture, un style.
Une brève glissade sur le blog de Fabrice Colin, dandy stakhanoviste, que je compulse régulièrement malgré mon allergie tardive à la pop anglaise. Radiohead, passé « Creep » et « Ok Computer » ça m’endort assez vite.
http://fabrice-colin.over-blog.com/
Pas lu grand-chose du monsieur, hormis le redoutable Atomic Bomb, pochade bicéphale écrite avec David Calvo, à la fois tordante, énervante et parfois navrante (la dernière partie surtout). Mais je dois avouer que son blog est souvent passionnant.
On se rapatrie en vitesse sur des territoires connus en cliquant sur le tranchant « J’irais verser du Nuoc-Mâm sur tes tripes ». Du dub de zombies italiens à moustache, de l’électro hippie-core ? De la Noïse et des lapins nains férus de jazz ? Que demander de plus ?
http://surtestripes.blogspot.com/
Le bougre écrit régulièrement dans Tsugi et Noïse, le seul magazine papier musical encore indispensable dans cette partie de l’univers !
Pour finir cette rapide sélection, une excellente chronique du « Tacot d’Elsa Lambiek » sur le site K-Libre, un bel observatoire des textes sombres et polardeux.
http://www.k-libre.fr/klibre-ve/
Une histoire belge gore (par Julien Védrenne)
Trois étudiants décident de profiter pleinement de leur dernière année à la fac de Rennes avant d'entrer dans un monde d'adulte qu'ils ont peur d'aborder. Parmi eux, Jacques, qui va chercher la compagnie d'Elsa, une boursière belge qui est l'exacte contraire de ses conquêtes habituelles. Elsa est une garçonne, chaussée de Doc Martens, avec des cheveux gras et une vieille caisse. Peu à peu, il apprend à l'apprécier malgré les quolibets de ses deux compères et les regards des autres. Mais un jour débarque Gilbert, son meilleur ami. Tout commence à dégénérer. L'ambiance est délétère. Gilbert est un provocateur qui se joue des étudiants lorsque les nombreuses soirées décadentes battent leur plein. Gilbert peut se targuer d'être coprophage, de prendre une assiette et de baisser son froc pour chier dedans. Jusqu'à la bagarre, les regards haineux et les disparitions étranges.
Avec Le Tacot d'Elsa Lambiek, Laurent Fétis se joue des contraintes. Ce court roman qui débute comme un feuilleton aux sentiments mièvres pour s'achever comme un film gore horrifique est surtout très bien structuré et équilibré. L'on sent que Laurent Fétis a toujours eu en tête la longueur du manuscrit qu'il devrait rendre (n'oublions pas que les ouvrages de la collection ne font que 96 pages ; l'hommage à un roman de la "Série noire" est, lui, peu évident. Le Tacot d'Elsa Lambiek est un hommage au Tango des alambiques, de Robert O. Saber. Les deux intrigues n'ont strictement rien à voir et l'homophonie des titres reste quand même un peu bancale). L'évolution des rapports entre tous les protagonistes va lentement s'amplifiant pour arriver à un éclatement total et gore, prévisible pour le lecteur qui connait Laurent Fétis, imprévisible pour ses personnages. Quand les monstres débarquent dans un monde de monstres, il ne peut arriver que des histoires monstres : c'est Le Tacot d'Elsa Lambiek !
Citation
Armelle ? Je comprends pas ! On a juste flirté, non. Un peu de pelotage peut-être. J'ai pas super imprimé la fin de soirée. Je me souviens de son prénom, c'est déjà pas mal !
http://surtestripes.blogspot.com
14 août 2009
Le Tacot en Vidéo
Quelques entretiens vidéos (teintés de vin blanc) avec JB Pouy au sujet du Tacot d'Elsa Lambiek. Pas encore revu tout ça, mais je crains le pire...
http://www.suite-noire.com/#/fr/oeuvre/le-tacot-d-elsa-lambiek/
disponible auprès de votre dealer de polars habituel ou chez les amazones
Et dès lundi, la suite du feuilleton Club Van Helsing... Stay Tuned !
23 juin 2009
Quelques lectures S-F
Le goût de l’immortalité : Catherine Dufour.
Dans un futur lointain, 2304, une fillette immortelle se rappelle de son passé.
A noter pas mal de circonvolutions pour amener le récit, ou plutôt les deux récits, puisqu’on passe par un filtre épistolaire et qu’au passage on découvre le monde futur, extrapolation plutôt sombre du nôtre (fanatisme, pandémies etc…). On peut également ajouter un troisième récit, qui surplomberait le tout et serait tout simplement l’histoire de la narratrice, à la fois enfant et morte vivante.
Le premier récit est en quelque sorte la bio d’un dénommé Cmatic (sans doute clin d’œil Rock’N’Roule à l’ancien groupe d’arno, TCmatic), pur héros masculin à la fois idéalisé et mis à nu par la narratrice. Cmatic en effet ne capte rien à ce qu’il lui arrive malgré son bagage de scienteux/investigateur et devient rapidement victime de la sorcière qui a déjà zombifié la narratrice. Mais leur état similaire ne va pas réellement les rapprocher.
Le second récit, celui de Cheng, une survivante des années d’apocalypse antérieures est amené au détour d’une conversation. Procédé assez fascinant, prélude à la partie la plus intéressante du bouquin, pour ma part. Le traitement est nouveau, tant du côté du point de vue (une sorte de résignation violente), brutal sans être complaisant et très sexuel sans être excitant l’espace d’une seule ligne.
Réussite totale, brassant l’anticipation positive (Cmatic) et négative (Cheng), le tout dans une belle écriture qui sent la sueur et un univers bien solide et cohérent. Seul « l’enrobage » du départ et la résolution de l’intrigue principale « on bute la méchante sorcière» m’ont moins convaincus mais le Goût recèle de sublimes paragraphes et son art du contre-pied permanent m’a vraiment emporté.
La horde du Contrevent : Alain Damasio 
Sur une planète battue par des vents violents, une horde tente de remonter jusqu’à la source des vents. On pourrait résumer le pitch en un mélange entre DUNE, Première de cordée et Vertical Limit avec un soupçon de Gene Wolfe pour l’aspect fantasy baroque de la Horde. Soyons direct, il s’agit là du plus important bouquin de SF qui me soit tombé entre les griffes depuis des années. Paradoxalement, les tics « expérimentaux » de l’auteur sont emportés par un vrai sens de l’aventure baroque et de l’énorme qui parfois confère au shonen, les bastons et duels en particulier.
Damasio tente en effet de faire parler chaque membre de la horde, indiqué par un symbole en tête de chapitre. Ca se tient au départ, puis bien évidemment, la voix de l’auteur finit par supplanter celle des personnages. D’ailleurs bien vite, le chœur de la horde se résume à une sorte de bio de Golgoth (le chef) vu par Caracole (Le barde). Le livre n’est pas exempt de défauts, passages un peu grotesques (la scène de sexe en particulier, pensée sans doute comme rabelaisienne mais ratée), la joute d’insultes (idée excellente mais des mots choisis dans notre propre vocabulaire) etc… Mais la Horde (le livre) fait bloc au vent de ses propres faiblesses. Ce livre possède un souffle épique rare et reste passionnant pratiquement jusqu’à la fin. Certes les 100 dernières pages traînent un peu dans une surenchère d’effets aéro/volcaniques, mais ça reste un vrai livre d’aventures porté par une ambition stylistique qui se ramasse parfois mais ne fléchit pas. Texte à mon sens unique, peut-être même non « reproductible».
L’Usage des Armes
L’homme des Jeux
Une Forme de Guerre : Ian M Banks
Allez, j’ai également décidé de me frotter au cycle fleuve et pan galactique de Banks, à savoir la « Culture ». J’ai découvert Banks à la fin 80’s avec son étrange « Seigneur des guêpes » puis l’expérimental/pop « EntreFer » relu récemment. Pour bien faire les choses, j’ai décidé de les lire dans l’ordre de parution en France. La « Culture » c’est cette société pan galactique donc, ultra puissante, anarchiste, interventionniste, à la fois politiquement correcte mais capable de vitrifier des systèmes entiers qui base sa puissance presque infinie sur des machines autonomes (les Drones et les Mentaux), des vaisseaux gigantesques
Commençons par l’Usage des Armes, donc.
Soit l’histoire d’un Agent Spécial de la Culture, ancien « barbare » d’un monde primitif génotransformé en super/soldat/espion/tueur. Un peu James Bond dans un univers de Space Opéra. Quoique assez vite on se rapproche d’un Ludlum car les choses sont loin d’être manichéennes dans l’espace de la Culture. Très bien écrit, prenant de bout en bout, avec même un twist final assez marquant et surtout très drôle. L’ironie froide très anglaise (ou écossaise plutôt pour Banks) fait de ce cycle fleuve et SF une œuvre à part à ranger en effet au côté des sagas classique. En quelque sorte, j’y ai trouvé un écho à Farmer, sens de la dérision, de la démesure et un art consommé de l’aventure, de l’action, le tout poussé par un esprit délicieusement pervers voire subversif.
L’homme des Jeux, relate le parcours d’un grand Joueur de la Culture poussé à disputer une partie sur la planète mère d’un empire opposé à la Culture. Encore un très bon livre, réflexion sur une forme de pouvoir, moins action/baston que les autres volumes. Le personnage principal est en effet une sorte de gentleman un peu ancien et hautain. Tension constante. Pas loin d’un texte comme l’Empereur Dieu de Dune.
Une Forme de Guerre est un peu en dessous des deux autres textes mais est en vérité le premier volume de la Culture. Il a été écrit en 1987, ce qui explique sans doute son côté un peu plus « Old School ». Du coup, j’ai moins apprécié. Le scénario ressemble à un script de luxe pour Star Trek et les réactions des protagonistes restent encore un peu mélo. C’est d’ailleurs l’unique bémol dans ces trois lectures qui entament le cycle, ce côté parfois trop « actuel » de certains personnages et le rôle un peu trop prévisible (mais hilarant) des drones qui perpétuent le côté machines/décalées qui hantent la SF de Robby le robot jusqu’à C3PO.
Je me demande d’ailleurs si la « Culture » n’est pas l’inspiration directe des TAU de Warhammer 40k ? Une caste
d’intellos supérieurs, des drones, une technologie avancée…
A travers ces trois univers, on assiste d’abord à un démontage en règle de la figure du « héros », que se soit par le morcellement des points de vue (La Horde), l’angle de l’écrivain (Le goût) ou l’humour grinçant (La culture). Finis les messies !
Ensuite, les trois englobent, critiquent, flirtent, jouent avec ce qui reste du cadavre de l’anticipation populaire.
Ce qui m’a ramené à ma propre tentative de SF, en gros reprise de mes lectures de fan de la fin des années 80 début 90, post Gibson donc mais avec un lourd passif FNA. Texte au final bien à l’ouest des réalités de la SF actuelle, fond et forme. Je vais sans doute balancer le premier volume en gratos soit en mobipocket soit sur un site (encore secret…).
Pour info, je serais au festival d’Eaubonne, ce dimanche 28 juin, pour des rencontres/débats apéros sous un fond sonore jazzy.
Le programme du 28 juin (14h – 19h) :
14h30 Débat : Qui sont les héros de polar ?
15h45 Quiz musical avec Eaubonne Jazz → Des livres à gagner !
16h45 Débat : Comment parler des dysfonctionnements de la société d’aujourd’hui dans un polar ?
Auteurs présents : Antoine Blocier, Jacques Bullot, Laurent Fétis, Pierre Filoche, Nicolas Jaillet, Francis Politzer, Jean-Jacques Reboux, Roland Sadaune Les auteurs participeront aux débats et dédicaceront leurs livres.
Expo de peinture : portraits d’auteurs par R. Sadaune
Bar et restauration légère sur place
Illustration du titre par Yoann Bourreau
15 avril 2009
Le Tacot chez SIN'ART
Une review sympathique sur le vénérable site SIN'ART à propos du Tacot. J'hésite toujours à commander le Philosophy of a knife chez eux d'ailleurs... un DVD de 4 heures sur le camp 731, mêlant images d'archives, montage inventif, musique indus et plus gênant, des sortes de reconstitutions gores en noir et blanc. Je profiterais sans doute d'un retour d'after pour laisser mon inconscient faire couiner la CB...
http://www.sinart.asso.fr/index.php
"C'est une romance d'aujourd'hui"
« Une scie circulaire.
Un marteau de vitrier.
Un couteau électrique.
Une ponceuse.
Des clous.
Une perceuse. »
C'est à 19 ans que LAURENT FETIS débute au FLEUVE NOIR, avec un GORE aussi sanglant que maîtrisé, LA CERVELLE CONTRE LES MURS. Preuve comme le FLEUVE savait nous en donner que la valeur n'attend pas le nombre des années. FETIS signa ensuite MAGNA MATER (apocalyptique et démoniaque, avec des passages dignes de BARKER ou DEODATO) pour l'éphémère ANGOISSES (censée succéder à la cultissime ANGOISSE, sans S). A la même époque, il livra aussi quelques polars originaux à la SERIE NOIRE qui lui valurent son excellente réputation.
FETIS ne s'assagit Dieu merci pas avec le temps. Les années 2000 virent ainsi la sortie de INDUSTRIELLE ROMANCE, un étonnant roman de super-héros ( ?) bien violent, et du LIT DE BETON, au héros zombie et producteur de snuff-movies (après la pornographie de INNOCENT X), moins gore qu'à ses débuts mais toujours superbement glauque.
Honnêtement, connaît-on beaucoup d'écrivains capables de citer LUCIO FULCI, TAKASHI MIIKE et MICHEL FUGAIN dans le même roman ?
C'est ce que fait LAURENT FETIS dans LE TACOT D'ELSA LAMBIEK, aux éditions LA BRANCHE (dans leur sympathique, même si plutôt chère, collection-hommage à la SERIE NOIRE), une grosse novella de 90 pages qui narre la rencontre d'étudiants hédonistes avec un couple de tueurs en série proprement terrifiants. Un vrai malaise s'installe au détour de dialogues qui dérapent (« Vous avez déjà mangé de la merde ? »). A la façon du FETIS de ces dernières années, pas de gore à proprement parler mais une ambiance malsaine et menaçante. Comme ce lendemain de cuite où nos étudiants ne savent plus trop s'ils ont violé une fille en groupe ou participé à un innocent gang-bang entre adultes consentants.
Il y a cette fin aussi, véritable petit chef d'œuvre de tendresse sadique. Quasi romantique et belle comme un poème dark :
« - Tu m'aimes ?
Me demande-t-elle en branchant le couteau électrique et en l'approchant de ma joue.
Elle me demande encore si je l'aime et la mer clapote à nos pieds.
(...) Moi je caresse mon oreille manquante et la cicatrice qui sépare ma joue en deux.
Le soleil blanc brille tellement fort que je dois fermer mon œil unique.»
Lien vers la news - News postée par Patryck Ficin
A propos du Tacot et de la Suite Noire, je suis allé à l'Avant-Première des films issus de la collection. Plutôt le haut du pavé télévisuel dans l'ensemble, en particulier le film d'Emmanuelle Bercot, "Tirez sur le caviste" avec ses deux acteurs principaux. Film assez rentre-dedans et fascinant. Croisé de la star certifiée, Christophe, Maïwen, Romain Slocombe et revu mister Raynal. La vie est décidément étrange.
Bouclé ce matin une courte de nouvelle pour un concours sur le thème "la tête dans les étoiles", short-short story compactée en deux pages. Faire court est plus dur que delayer. Toujours une bonne pratique les concours et je vais m'astreindre à faire au moins une nouvelle par mois, histoire de garder la main.
Voix lactée
Le bar n’était pas si facile que ça à trouver.
Le premier étage d’un immeuble gris et tassé sur lui-même, à la périphérie d’une ville elle-même frontalière et vaguement anonyme. Un simple panneau en néon. Un nom curieux. « Le Système ». Rien de marquant, rien d’engageant non plus. De larges vitres graisseuses occultées par des affiches annonçant concerts et braderies de quartier, certaines plutôt anciennes.
Dès qu’on en poussait la porte, un vieux chien vous sautait dans les jambes, langue pendante. Le patron, un homme fort, blond et barbu gueulait alors à « Pluton » de vous laisser peinard et l’animal repartait, piteux, dans son coin. Beaucoup de visiteurs occasionnels préféraient repartir à ce moment, avec un sourire désolé et un brin crispé.
04 avril 2009
Le tacot d'Elsa Lambiek : article
Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER
Avec ses meilleurs copains Fred et Miguel, Jacques entame sa dernière année de fac de Droit à Rennes. Ce trio d’amis est habitué des fiestas les plus déjantées. Ils ont l’intention de s’éclater à l’extrême durant l’ultime période qui les réunit. Fred, c’est l’intello du trio. Bien que fiancé à la charmante Sarah, Miguel reste le séducteur du groupe. Quant à Jacques, il lui faut un cocktail d’alcool et de produits stupéfiants pour que la fête soit réussie. Il est attiré par la belle Sophie, qui organise régulièrement des soirées chez elle, mais ne concrétise guère. Une jeune femme d’un genre singulier a rejoint leurs cours. Belge de la région de Namur, elle suit un programme Erasmus. Disposant de peu de moyens, elle loge dans une chambre minable chez un vieux pervers.
Jacques essaie de cerner la personnalité de cette Elsa Lambiek, pas très jolie, mal sapée, “une meuf zarbos genre freak” de l’avis général. Bien qu’elle apparaisse froide et réfractaire à la coquetterie, Jacques finit par sympathiser avec Elsa. Il l’amène même dans une soirée chez Sophie. Le comportement méprisant d’un ami de Sophie, Romain, déplait fortement à Elsa. Quelques jours plus tard, elle se fait un plaisir de massacrer le cabriolet rutilant du jeune friqué. En plus d’être une freak, elle semble un peu cinglée. Gilbert, un ami belge d’Elsa, vient d’arriver à Rennes. Elle ne tarde pas à déménager pour s’installer avec lui. À cette occasion, Elsa invite Jacques, Fred et Miguel à une fête avec Gilbert. Toutefois, ce dernier s’avère provocateur, se prétendant coprophage.
Miguel a failli se bagarrer avec Gilbert, mais Elsa est intervenue. Les deux amis de Jacques préfèrent prendre leurs distances avec le couple de Belges. Continuant à abuser du mélange alcools-stupéfiants, Jacques a parfois des “absences”. Comme dans le cas de cette Armelle, au centre d’une orgie collective, limite viol. Elle confirme avoir été consentante, heureusement. Jacques s’interroge sur le caractère réel d’Elsa, sur leur relation seulement amicale, sur le rôle de Gilbert. Pendant une soirée tous les trois, celui-ci tient des propos criminels inquiétants…
C’est une sorte de “comédie horrifique” que nous présente Laurent Fétis. On retrouve ici son thème favori, les nuits de fête et leurs excès. Avec une belle part d’espièglerie, il nous fait partager la fascination du héros pour cette jeune femme hors norme. On suppose un fond de cruauté en elle, mais Elsa reste assez attachante par son côté rebelle. Jusqu’à là, le portrait est nuancé. Quand arrive son alter ego Gilbert, amateur de jeux scatologiques, la situation ne peut qu’empirer. Puisque Jacques voulait aller au maximum du délire, il sera servi. La référence aux films gores, glauques, mais souvent à prendre au second degré, est explicite. À lire donc avec un certain décalage, afin de savourer pleinement.
http://action-suspense.over-blog.com/article-29565194.html
05 juillet 2008
OUTBACK : PIERRE PELOT (CLUB VAN HELSING)
Une sortie étrangement confidentielle, pour le dernier livre en date de la collection de fantasy urbaine, le Club Van Helsing.
Changement de format, le livre est plus grand, plus épais également et aussi plus cher.
Xavier Mauméjean, à l’instar de la fin de son livre Freakshow, a également lâché l’affaire. Cf la dernière phrase de son texte « vous faîtes comme vous voulez mais moi j’arrête ». La Clock Company aurait-elle œuvré dans l’ombre pour s’attaquer au Club par le biais des finances ?
C’est dans ce contexte un peu trouble que sort donc OUTBACK, grand retour de l’immense Pierre Pelot dans la fiction de genre, après ses sagas paysannes. Pelot est lui-même un des ultimes monstres sacrés de la littérature de genre. Plus de 200 bouquins dans tous les styles (polar/SF/western etc…) et des authentiques chefs d’œuvre (la forêt muette, la guerre olympique).
Alors qu’avons-nous là ? L’histoire de Cran Barker, médecin volant et aborigène qui va se perdre, en compagnie d’une jeune femme dans le « bush » australien. Un voyage initiatique dont l’enjeu est la destinée des hommes.
Le texte est très beau, brillant dans son écriture et recèle de belles descriptions climatiques ou géographiques, choses qui souvent sont du remplissage mais qui là, donnent un vrai sel à l’histoire. Cette dernière est non-linéaire mais entrecroise destins et rencontres comme dans les anneaux du dieu serpent. Du coup, le début est un peu rude mais on finit par se laisser emporter comme dans une rêverie incertaine.
On retrouve également des éléments constitutifs des œuvres de série B, femmes fatales (corps moulé à la louche, description de string), flingues graisseux, hôtels borgnes et des obsessions typiquement Pelotiennes, violence collective éruptive, sexualité moite etc…
A mi chemin entre le cheminement populaire de l’auteur et l’histoire mythographique de l’humanité, OUTBACK au final se révèle être un texte atypique dans la collection CHV, dense, touffu et plus ambitieux que les chasses habituelles.
25 mai 2008
critique : Un Grand Bruit Blanc /Claude le Nocher
Une lecture de
|
13 mai 2008
Club Van Helsing : Saison II
Après une première année assez houleuse que devient le Club de Chasseurs de Monstres le plus actif de la planète ?
En terme de ventes, tout d’abord, certains titres semblent bien marcher. Et G. Lebeau s’est bien démené par diffuser et faire connaître le Club, usant du partenariat classique (Mad Movies) au marketing viral (les polémiques cafardeuses ou le blog du désormais célèbre club), sans évoquer même les rumeurs de films sur l’un des ouvrages.
Un numéro 2 est toujours un passage délicat car il s’agit souvent du « ventre mou » dans une trilogie, du passage de relais, le moment où on va tenter de rééditer une réussite initiale. Le CHV n’échappe pas à la règle Mais voyons ça dans le détail…
Session de rattrapage : Question de Mort / Johan Heliot
J’ai eu quelques difficultés à trouver ce titre mais à force de fouiller dans d’obscures librairies, j’ai fini par dégotter ce bouquin auréolé d’une excellente réputation. Construit sur le modèle d’un « gore » vintage année 80/90, cette traque oppose Big B., chasseur obèse atypique à une réincarnation du Sphinx modèle SAW. Très axé « action » avec un final plus mythographique, Question de Mort passe en effet très bien et arrive dans le haut du panier du CHV pour le moment. De la série B honnêtement troussée. Je le trouve assez proche du Bizien étrangement, même si moins speed et moins bourré de vannes.
Passage de l’autre côté pour la seconde saison. Deux changements notables, le lettrage jaune, plus visible, plus accrocheur, plus polar peut-être ? Et la maquettiste a fait gicler la photo de l’auteur (économie ?) A noter les dessins toujours excellents de Stéphane Valley.
Crépuscule Vaudou : Jean-Marc Lofficier
Un CHV une nouvelle fois assez différent des autres bien qu’il se recentre sur Hugo et sa famille, malgré la « démission » annoncée d’Hugo dans Freakshow. Enfin le CHV n’étant pas forcément chronologique… L’action se situe pendant le passage de l’ouragan Katrina et relate l’affrontement d’Hugo contre un puissant sorcier vaudou. Véritable roman d’aventure à l’ancienne, carrément pulp dans l’âme, ce CHV dégage un parfum de nostalgie qui parfois envoûte parfois agace tant on aurait aimé une réelle exploitation du décor et de la situation tragique. Entre l’hommage et la fanfiction, crépuscule Vaudou parvient très bien à ranimer l’esprit des sérials d’antan. L’image d’Hugo est également radoucie par rapport à la violence froide et habituelle du personnage. Un livre au final, plutôt réussi mais également frustrant.
A voir peut-être en version américaine (Katrina Protocol), plus étoffée.
La Nuit du Minotaure : Paul Halter
Ce CHV semblait original, un enquêteur buveur de Picon Bière, l’est de la France, une énigme, le Minotaure. Le résultat est assez décevant. Le fantastique est un peu plaqué sur une intrigue classique, malgré certaines scènes gores brutales, intro en Grèce, éléments disparates, histoire d’amour cliché, alternance indigeste de magie et de rationalisme.
Saigneur des loups : Pierre Grimbert
Pas grand-chose à dire de ce mélange entre Highlander et Underworld, un chasseur également loup garou (comme Vuk mais en moins bien), un affrontement, la cosmogonie nordique.
L’écriture est correcte mais au final ne véhicule rien d’autre que le scénar évoqué au dessus, un duel. Le personnage est, de plus, un écrivain ce qui généralement signifie que l’inspiration n’était pas au rendez-vous. Le moins bon de la série.
Et au-delà…
Il y a du bon à venir malgré les difficultés pour tenir une telle série, le Pelot (peut être un format intermédiaire pour son grand retour), Bordage, Rivière, le livre de Stéphanie Benson ou celui de Slocombe.
19 mars 2008
Portrait d'outre-tombe
Suite à un vide-grenier radical, chez mes parents, j'ai retrouvé, le portrait que Lucio Mad avait fait de moi lors de ma visite dans sa retraite New Yorkaise... Un peu exagéré mais bon...
Lucio, le professeur Lu, Buddy Greenburg et autres avatars est décédé à 43 ans.
http://stephanevallet.noosblog.fr/journal_dun_inquiet/2005/09/disparition.html
Auteur d'un poulpe, slammeur, chroniqueur, acteur (entre autre dans la série des GUTS) et auteur d'un excellent livre noir "Les trafiqueurs"...
18 février 2008
critique "Un grand bruit blanc" sur 813
Un grand bruit blanc de Laurent Fétis. Collection Rock Polar 2. Mare Nostrum éditions, par Paul Maugendre
Responsable de la sécurité du Kargo, boite de nuit branchée et haut lieu de la vie nocturne de la capitale, Harry est sauvagement tabassé par de jeunes voyous. Après quelques semaines passées dans le coma, il se réveille mais garde des séquelles de son agression. Il ne se rappelle plus ce qui est arrivé, son nom, son métier, sa vie familiale. Il apprend ainsi qu'il est marié et a un fils. Ils tentent de reprendre une vie conjugale mais celle-ci se révèle factice. Aurélie est une fêtarde, une teufeuse comme l'on dit de nos jours, et elle n'hésite pas à plaquer son emploi pour s'adonner plus librement à sa passion. Elle traîne de boite branchée en boite branchée, accro à la musique genre Techno Transe, Digital Hardcore et autres grosses productrices de décibels. Seulement le portefeuille ne suit pas. Alors elle accepte la proposition d'un dealer, vendre des cachets, appelés Trèfle blanc à cause de leur forme et de leur couleur, avec le but non avoué de s'enrichir tout en sachant qu'elle ne doit pas spolier son fournisseur. Le trafic s'avère calme, tranquille et lucratif, jusqu'au jour où l'un de ses clients ne digère pas la mixture contenue dans les cachets.
Résolument moderne, ce roman ancré dans le monde de la nuit, de la fête, de la musique électronique, devrait plaire aux jeunes qui peut-être s'y retrouveront dans cette ambiance particulière. Heureusement, en marge de la vie délétère d'Aurélie se déroule la recherche d'identité d'Harry, ce physionomiste black, portant un bandeau sur l'œil, et qui va découvrir une face cachée mais intéressante de son passé. L'écriture est vive, rapide, nerveuse, en phase avec la musique qui règne en arrière plan, ce qui n'empêche pas quelques passages plus tendres, notamment entre Harry et son fils. 2008-02-08































Responsable de la sécurité du Kargo, boite de nuit branchée et haut lieu de la vie nocturne de la capitale, Harry est sauvagement tabassé par de jeunes voyous. Après quelques semaines passées dans le coma, il se réveille mais garde des séquelles de son agression. Il ne se rappelle plus ce qui est arrivé, son nom, son métier, sa vie familiale. Il apprend ainsi qu'il est marié et a un fils. Ils tentent de reprendre une vie conjugale mais celle-ci se révèle factice. Aurélie est une fêtarde, une teufeuse comme l'on dit de nos jours, et elle n'hésite pas à plaquer son emploi pour s'adonner plus librement à sa passion. Elle traîne de boite branchée en boite branchée, accro à la musique genre Techno Transe, Digital Hardcore et autres grosses productrices de décibels. Seulement le portefeuille ne suit pas. Alors elle accepte la proposition d'un dealer, vendre des cachets, appelés Trèfle blanc à cause de leur forme et de leur couleur, avec le but non avoué de s'enrichir tout en sachant qu'elle ne doit pas spolier son fournisseur. Le trafic s'avère calme, tranquille et lucratif, jusqu'au jour où l'un de ses clients ne digère pas la mixture contenue dans les cachets.