19 juillet 2008
Aventures en Rose Fuschia
A paraître, le 21 juillet, chez Black Mamba, la revue qui défend le pulp sous toutes ses formes (SF/polar/fantastique), une nouvelle fantastique ayant pour cadre le Japon Médiéval. Ambiance trés "bushido" pour ce court récit qui relate l'assaut par trois aventuriers, trés différents dans leur style, du chateau d'un démon ancestral. Le sommaire complet.
Le sommaire :
(Nouvelle) IBI DEFICIT ORBIS : (auteur : Muriel TRICHET, illustratrice : Christelle PECOUT)
De retour d'une mission de ravitaillement sur Titan, Arizona, membre de l'équipage du capitaine Proctor, ressent d'insupportables douleurs abdominales. On le conduit à l'infirmerie...
(BD) MESSAGE AVEC PREMEDITATION : (scénario : ANTOINE OZANAM, dessin : ROMAIN RONZEAU)
Le jour, Karim est un plombier tout ce qu'il y a de plus ordinaire. La nuit, il devient une ombre masquée, un Arsène Lupin au grand coeur ! Mais pas facile cette double vie lorsque votre douce et tendre est un agent de police redoutable...
(Nouvelle) RANCUNE : (auteur : Sergueï DOUNOVETZ, illustrateur : Antoine BRIVET)
Pour se libérer de vieux démons qui empoisonnent sa morne existence, Théo se met en tête de retrouver son ancien prof de math, un salaud nommé Bison à qui il espère bien faire la peau !
(Nouvelle) TAO-TIE : (auteur : Laurent FETIS, illustrateur : Alexis ST AUGUSTIN)
Si un proverbe japonais affirme qu'aucune route n'est longue aux côtés d'un ami, un autre dit qu'il faut apprendre la sagesse dans la sottise des autres. N'est-ce pas, Senseï ?
(BD) RUNNERS : (scénario & dessin : Sean WANG)
Surpris par la Police de l'espace en pleine transaction illégale avec des Tedeskiens, les convoyeurs du Mosquito vont devoir redoubler d'ingéniosité pour en réchapper indemme !
(Nouvelle) TERMINUS : (auteur : Franck FERRIC, illustrateur : SWAY)
Piffard le Cluricaune - qui a quitté son Irlande natale pour prendre ses appartements au fond du coffre à outils d'un métro de New York - en a plus qu'assez qu'on l'empêche de dormir ! Il décide d'intervenir...
Un dossier sur ces revues qui ont marqué l'imaginaire francophone entre 1994 et 2004, un portrait de Mathieu Gabella, qui nous parlera ouvertement du métier de scénariste de BD et une interview de Simon Sanahujas très psychologique compléteront nos pages !
Retrouvez tout Black Mamba sur son site internet : www.blackmamba.fr
Je viens également de finaliser mon texte destiné à Suite Noire (éditions La Branche), appelé dans un premier temps "LA TWINGO D'ELSA LAMBIECK" en rapport avec l'antique Série Noire "LE TANGO DES ALAMBICS". Comme La télé est partie prenante dans l'aventure, j'ai été contraint de gommer cette vilaine référence mercantile à une marque précise.
Le titre s'est donc mué en "LE TACOT D'ELSA LAMBIECK" et vous avez échappé au "TANGA l'ELSA L. Par contre, le texte reste trés trés "déviant". Pour faire simple, il s'agit d'une espèce de novela proto-thriller qui oscille entre les films de Takashi Miike (Audition, visitor Q) et certaines nouvelles d'Harlan Ellison (Gentleman Junkie en tête). Une scène est trés gratinée bien qu'en fait, il ne s'y passe strictement rien. C'est prévu pour la fin de l'année et je ne vois pas trop comment ça pourrait être adapté en format télé (ou alors vers 2 heures du matin, après les clips).
19 juin 2008
Crash and Burn !
Sortie ce jour de la version téléchargeable de "Printemps Noir" à l'atelier de presse.
Je me suis fendu d'une nouvelle entre thriller et débine rurale sur fond de vengeance incendiaire. Pour ça, j'ai repris un début de texte, retrouvé dans le grenier, complètement remanié et je l'ai prolongé. Début trés descriptif et suite plus sèche. Un bon exercice, ça s'appelle "La Brûle" et je mets le début en annexe du message.
http://www.atelierdepresse.com/edition/livre-Printemps-Noir-100024-12.htm
J'ai également entrevu la première illustration pour la nouvelle "Ostbergen" et ça s'annonce trés bien.
Reprise, relecture et bonne prise de courge interne pour un texte à venir dans la collection de JB Pouy, "suite noire" dans la "Branche". Bien relire, couper, rajouter, doser. Et on verra bien...
Deux longs textes en instance de corrections, bien rebosser tout ça, relire, de plus en plus, fini le temps des premier jets héroïques. Un polar/fantastique et le début de la trilogie d'héroïc fantasy.
To be continued...
La Brûle
1.
La journée allait bientôt se terminer dans un crépuscule de sang et les rues du petit village d’Anguelec étaient d’une tranquillité mortelle. Toutefois ce n’était rien comparé au calme qui régnait dans la campagne environnante. Aucune présence humaine ne venait en effet perturber l’harmonie printanière.
Oiseaux, insectes et batraciens avaient repris possession des lieux pendant quelques heures et grouillaient en toute quiétude à travers les champs de maïs, dans les bocages, ou en bordure des ruisseaux qui s’écoulaient doucement.
Les derniers nuages, poussés par un vent léger, croisaient au dessus du village, dans la lueur rouge. Les formes aériennes se chargeaient d’étranges reflets sanguins, sauvages, presque inquiétants.
Le père Lebrac, assis sur l’un des bancs de pierre de son jardin potager, cogna sa pipe contre le talon d’un de ses gros souliers couverts de poussière et leva son visage ridé vers le ciel. Il ôta sa casquette de toile et se mit à ruminer :
¾ Soir de Sang. Mauvaise nuit… Pas bon.
Pour se rassurer, il se signa par trois fois et, prenant une pincée de tabac dans une blague usée par les ans et dont la ficelle avait été raccommodée par trois fois. Il lança sa nicotine dans l’air et regarda les fragments bruns s’éparpiller en corolle.
¾ Pour le diable et sa bande. Que le cornu protège la cohorte des damnés, gémit-il d’une voix blanche tout en bourrant sa pipe. Lorsqu’il l’alluma enfin, une nuit douceâtre, lourde en odeurs de foin et dont l’air était envahi de pollen en suspension, s’était abattue sur la commune.
2.
La forme voûtée et noire surgit brusquement d’un sous-bois, à proximité du lieu dit Fonternio. Elle avançait avec lenteur, traînant derrière elle un jerrycan rempli jusqu’au goulot d’un liquide incolore qui clapotait au moindre de ses pas. Elle arriva bientôt à la lisière de la route départementale, devant un fossé relativement profond, entouré d’herbes hautes. A bout de bras, elle souleva le jerrycan, se tordit et déposa sa charge de l’autre côté. Enroulée dans une sorte de robe, immense, moisie, partiellement brûlée, aux manches trouées, la forme se redressa en faisant craquer ses ossements. Son visage était entouré d’un linge blanc, maculé de boue séchée et sous la demi lune, on ne voyait rien d’autre qu’un trou noir, béant, vidé de toute humanité....
06 juin 2008
Nouvelles du Front / Juin 2008
Toujours en pleine phase de bouclage avec le final de "Catégorie 5", un polar/road novel/trash/sentimental un peu... Bizarre, comme d'habitude. Je vais le laisser reposer quelques semaines avant de voir ce que je peux en faire... La fin a été plus abrupte que prévue.
Rayon découvertes sur le net : Cette "lecture" de Magna Mater, j'avais complètement oublié cette dédicace, c'est assez génial de la retrouver 14 ans plus tard !!! Merci monsieur Seppuku :
http://seppuku.over-blog.com/article-19564239.html
Rayon nouvelles : Corrections de Tao-Tié, à paraître prochainement dans le magazine des aventures modernes, Black Mamba et OSTENBERG, nouvelle survival/horreur dans le coeur du nightclub le plus secret de Berlin... A paraître dans les Carnets de l'Assemblée, un nouveau canard de rôlistes ! L'occasion pour moi de parler du Berghain sans "casser" le mystère. Ou d'imbriquer une expérience dans une fiction, un secret dans un mystère... Allez hop, le début...
OSTENBERG
1.
Ce matin là, j'avais échoué une fois de plus au Eïsbar 37, un bar à afters, situé dans l'ancien Berlin Est. Nous devions être le lundi matin et malgré tout, ce week-end, pourtant sans fin, ne n'avait pas apporté grande satisfaction.
Je dansais mollement, porté par le rythme d'une techno minimale qui ressemblait au bruit d'une cuillère de métal rouillée martelant sans relâche la surface d'un pudding compact et élastique. Profond et répétitif jusqu’à la nausée.
Dans une lueur grise, j'observais les ombres qui ondulaient à mes côtés. Des hommes en majorité, musculeux ou desséchés, cheveux rasés, barbus, certains portaient des débardeurs, d'autres de simples t-shirts souillés. Quelques guerriers dansaient même avec des colliers faits d'aluminium, un dernier kebab roulé dans le métal malléable. Ils picoraient tout en continuant à bouger leurs corps selon les pulsations hypnotiques. L'un d'eux me rentra dedans et me regarda sans réellement me voir. Grands yeux bleus complètement dilatés, sourire figé, lèvres défoncées à force de se manger l'intérieur de la bouche.
Il me fit une offre. Même plus besoin de parler dans ces moments, juste mimer l'acte.
Je n'étais pas vraiment intéressé, ce matin. Goût à rien. Juste être là, continuer, passer les barrières pour le simple amour des limites. J'avais entamé ma longue nuit le samedi soir, une before, puis tournée des grands clubs, Weekend, Watergate, Panoramabar, Golden Gate, puis ici.
Je serrai ma bouteille de bière et tentais de perdre mon regard dans le scintillement d'un stroboscope qui semblait le point de rendre l'âme. J'étais partagé entre l'idée de faire la fermeture du Eïsbar 37 et de rentrer dans ma chambre d'hôtel. Déjà, au milieu des danseurs déjantés, les gens de l'entretien commençaient à trier les bouteilles mortes et autres déchets divers et variés. Femmes et hommes d'âge mûr, en chemise réfléchissante et gants blancs. Moment de transition, le dernier sas avant d'entamer une semaine difficile.
Personnellement, je n'avais pas ce problème. Pas de contrainte, aucun compte à rendre, aucune responsabilité.
Pourtant, je bossais.
Pour un grand magazine parisien d'enquêtes et d'investigations. On m'avait commandé une immersion dans les clubs berlinois, façon Ibiza postindustrielle. Une semaine, tout frais payés, piaule, entrées en clubs, alcools, drogues éventuelles, taxis... On ne me surnommait pas le Cobaye, pour rien. Exploration des limites extrêmes des états de l'homme contemporain. Dans le sport, le mysticisme, la transe etc... J'en avais fait des voyages, des allers-retours, tickets solos ou billets collectifs. On m'avait souvent mis « le plein tarif», mais j'étais toujours revenu dans une réalité plus ou moins stable, un peu fatigué certes, mais toujours conscient et partant pour de nouvelles expériences.
21 mai 2008
Carte / Virée sudiste et Fantaisie Héroïque
Tout d'abord un peu d'actu avec cette belle affiche autour de la collection "Polars Rock" à la FNAC de Perpignan, une rencontre prévue le 07 juin à 15 heures. JB et Crifo, ça devrait pas être triste !
Ensuite cette petite carte postale/marque page/de visite faite par Marc Lizano, une classe légèrement gothique...
Et pour finir, un autre extrait de Mort dans Lame, texte d'heroïc fantasy en cours seconde correction. Y'a du paladin, du vampire, des moines alcooliques, des inventions tordues, des morts vivants et de la castagne.
Voldrath Hurdez, ce nom est encore utilisé pour effrayer les jeunes enfants ou pour lancer quelque maudition envers une personne haïe. Sa légende sanglante a traversé les siècles et si son long visage encerclé de longs cheveux blancs, ses crocs proéminents et sa longue épée à bout carré et sans garde, hantent toujours les cauchemars des citoyens de l’Empire, n’oublions pas qu’il fut également un grand stratège et qu’à la tête de sa famille maudite, il renversa les Gleïrgs et parvint à blesser les Draconiques.
Galvius : La griffe du passé, an 196.
4.
Le jeune éclaireur grimpa sur la colline enneigée puis se laissa tomber de l’autre côté. Il se redressa presque immédiatement et constata avec joie que la grande bannière des Kreüzes se détachait sur l’horizon, au dessus de l’immense tour carrée de l’avant-poste de Gloërgkalt.
Le gel lui brûlait la bouche et sa barbe naissante crissait alors qu’il la frotta de sa main droite bandée et saignante. De nouvelles gouttes de sang teintèrent la neige immaculée tandis qu’il reprenait sa course éperdue vers le camp de la première armée.
Dés que les sentinelles l’aperçurent, elles prévinrent le général Cromoald. Ce dernier surgit immédiatement de la tente dressée au centre de l’immense tour et se précipita à l’extérieur des murs de pierre en compagnie de son état major.
Cromoald était un homme de taille moyenne, en forme de barrique, doté d’un ventre proéminent et de bras épais et musclés. Il portait un manteau en fourrure d’ours sur une armure en cuir et bandes d’acier. Sa barbe grise et hirsute mangeait un visage carré et ridé par le froid des terres Gleïrgs. A la différence de ses troupes, Cromoald ne portait pas les deux haches rituelles mais une unique hache à deux mains, affectant la même forme et terminée par une lame vieillie et tachée par d’innombrables combats. Il se fraya un chemin à travers ses hommes qui, déjà se mettaient en formation, et marcha droit vers l’éclaireur blessé.
Les ordonnances étaient déjà en train de lui verser du vin chaud dans une tasse. Cromoald les écarta et se pencha sur la jeune recrue dont les membres tremblaient encore. Sa main gauche était disloquée, comme écrasée et saignait abondamment.
¾ Quel est ton nom, soldat ?
¾ Wolfoad, mon général. Je suis de la patrouille de la muraille 8. Nous sommes partis hier pendant la nuit pour faire le tour de la tourelle de l’angle et nous… Nous les avons vu !
¾ Qui donc !
¾ Les rumeurs étaient vraies mon général. Une grande armée de morts est en train de marcher sur l’avant-poste, dévalant des collines blanches, rampant dans la neige. Ils sont accompagnée de cadavres de Gleirgs, immenses et putrides et Voldrath ! Voldrath est à leur tête monté sur son demi-cheval mort, conduisant sa cavalerie de squelettes.
L’éclaireur fut pris d’un nouveau tremblement et l’ordonnance s’avança pour le couvrir d’une nouvelle pelisse mais Cromoald l’arrêta d’un simple geste.
¾ Où sont tes compagnons, Wolfoad et l’ours de guerre de ton escouade ?
¾ Alors que de grandes créatures bossues, masquées et gantées bondissaient dans notre direction, ils ont choisi de rester et de combattre pour me permettre de vous rejoindre au plus vite. L’un des bossus m’a alors lancé une poutre de bois lardée de pointe de métal. L’arme m’a broyé la main mais j’ai réussi à m’enfuir en me laissant glisser le long d’une pente verglacée, tandis que mes compagnons périssaient sous les massues des créatures sans visage. Ils me suivent… Ils arrivent…
Cromoald se redressa et saisit sa hache à deux mains avant de la brandir et de battre le rappel de ses troupes. Gagnés par les rumeurs et l’anxiété croissante, les officiers avaient déjà donné des ordres et les soldats de la première armée de Tyrtivi étaient déjà sur le pied de guerre. Les Maîtres-Ours s’étaient rendus aux enclos et préparaient les puissantes bêtes pour le combat, en leur ceignant l’encolure de lourds colliers cloutés. Les arbalétriers se postèrent sur la tour et attendirent les signaux des éclaireurs embusqués un peu plus loin qui devaient leur indiquer le moment ou l’avant-garde ennemie serait enfin à portée. Forte de plus de 1400 hommes, la première armée n’avait jamais connu la défaite et même si lors de certaines batailles, ses morts avaient jonché par centaines le champ de bataille, elle ne s’était jamais rendue.
Cromoald dispersa son état major à travers les deux régiments et rallia lui-même une des unités. Il se posta devant et quelques jeunes Kreüzes lui tapèrent dans le dos ou cognèrent leur lame de hache contre la sienne. Il se força à sourire mais ne cessait d’observer la ligne d’horizon. Le ciel était d’un bleu profond et le soleil qui se reflétait sur la neige glacée l’éblouissait. Leur disposition n’était pas idéale. Les arbalétriers allaient être gênés par la réverbération et leurs premiers tirs risquaient de se montrer peu efficaces. Il raffermit la prise en main de sa lourde hache et cria quelques ordres à ses hommes.
Le général avait opté pour une formation en « ours d’acier », un tiers de détachements déployés en frontal, pour symboliser la gueule de l’animal et les deux autres tiers sur les flancs, légèrement en retrait et en oblique, prêts à se refermer comme deux puissantes pattes. Il s’agissait de la formation de base de la première armée et en maintes occasions cette disposition leur avait assuré la victoire, en particulier contre des assauts de cavalerie légère.
Le silence se fit bientôt dans les rangs, alors que les sentinelles, postées en pointe, agitaient leurs haches en les croisant pour signaler l’avancée de l’ennemi avant de se replier vers les positions avancées.
Emergeant d’une longue crête, un cavalier monté sur la carcasse d’un destrier tranché en deux dans le sens de la longueur, surgit alors. La monture n’évoluait que sur deux pattes mais ses sabots ne touchaient pas réellement le sol et cela ne semblait affecter en rien son assiette. Celui qui la chevauchait était tout aussi effrayant que la carcasse putréfiée et squelettique dont les longs viscères pendaient dans la neige. Voldrath Hurdez en personne ! Un homme extrêmement grand et maigre, dont la peau blanche semblait à la fois plaquée contre ses ossements et agglomérée à une armure sombre et rouillée. Son sourire figé exhibait ses longues canines et son regard fixe semblait défier l’armée kreüze toute entière. Il tenait une longue épée sans garde ainsi qu’un pavois couvert de scalps humains et de barbes arrachés aux guerriers de l’Empereur. Accroché dans son dos, un étendard qui représentait un poing osseux frappant le sol, claquait sous les bourrasques. Il était encore trop loin pour les carreaux des arbalètes kreüzes et semblait attendre le reste de son avant-garde.
Elle ne tarda pas à le rejoindre sur la crête et s’alignait derrière lui. Il y avait une petite centaine de cavaliers squelettiques, armés de longues lances brisées ou rouillées et de boucliers en bois pourris et comme mangés par la mousse et les champignons. Ils étaient montés sur des charognes, allant du cheval décapité, décomposé ou complètement privé de chair. Certains d’eux portaient des éléments d’armure, dépareillés, corrodés ou ébréchés.
Voldrath s’avança de quelques pas, suivi par ses cavaliers qui formaient désormais une belle ligne. Les morts-vivants trottaient lentement, dans des cliquetis d’os ou de métal. Les soldats Kreüzes prirent leurs haches et se préparaient à réceptionner la charge. Mais les cavaliers avançaient toujours avec une lenteur exaspérante. Lorsqu’ils furent à portée, les arbalétriers lâchèrent une première salve de carreaux. Les morts vivant furent peu affectés par les pointes d’acier mais certains squelettes chutèrent de leurs montures et s’agitèrent en vain dans la neige.
Quelques cris victorieux jaillirent des rangs Kreüze mais Cromoald avait toujours le regard rivé sur la crête enneigée et les mâchoires serrées par l’attente angoissante du premier contact.
L’éclaireur avait mentionné une grande armée, composée de bossus et de cadavres de géants. Or pour le moment, seul Voldrath paradait devant eux, à la tête d’une poignée de cavaliers décharnés. Dans le lointain, on perçut bientôt des bruits d’éboulement. Les Kreüzes, nerveux, commençaient à effectuer des moulinets avec leurs armes tandis que les arbalétriers lançaient une seconde pluie de carreaux, tout aussi peu efficace. Voldrath avait été une cible privilégiée cette fois et sa silhouette funèbre fut bientôt hérissée d’empennages sombres. Toutefois, il ne bronchait toujours pas, levant sa grande épée et son pavois effroyable dans un geste de défi.
Soudain, des sifflements sourds se firent entendre et, jaillissant des crêtes glacées avoisinantes, d’énormes blocs de pierre se dirigèrent vers la première armée. Cinq rochers de bonne taille s’écrasèrent dans les rangs, tuant et blessant des dizaines de soldats. Cromoald agita sa hache et hurla :
¾ Dispersez-vous !
Une vague de panique disloqua les rangs des Kreüzes tandis que d’autres rochers étaient projetés de derrière les collines. D’autres soldats périrent sous les rocailles. Une sentinelle hurla alors :
¾ Des Gleirgs ! Des Gleirgs morts nous lancent des rochers et…
Une immense main surgit derrière le soldat et le broya d’un seul mouvement. Le géant s’appuya ensuite sur la crête avant de hisser son grand corps décomposé. Il s’agissait d’un grand mâle, hirsute, dépassant les 7 toises, aux yeux crevés et à la mâchoire inférieure manquante. Il était à demi nu et sa peau était couverte de verglas et d’humeurs jaunâtres. De son autre main, il tenait un grand rocher. Il se dressa derrière la cavalerie squelette puis lança sa pierre vers le détachement frontal de la première armée, fauchant une dizaine de Kreüzes et ratant le général de deux toises simplement.
Cromoald s’efforça de ne pas montrer sa peur à ses troupes mais la mort et la défaite se profilaient autour d’eux. Comme pour renforcer son pressentiment, d’autres Gleirgs émergèrent sur les hauteurs et pas seulement face à eux. Les géants décédés affluaient également sur les flancs et derrière eux, leur coupant tout espoir de retraite vers Tyrtivi. Mâles, femelles et même des enfants, hauts seulement de 4 ou 5 toises mais traînant également de lourdes rocailles. Il y en avait bien une centaine et leur taille ainsi que leurs blessures gangrenées et putréfiées provoquèrent un mouvement d’effroi chez les Kreüzes.
Puis le reste de l’armée des morts apparut.
Plus de 4.000 corps, à des stades divers de délabrement, noyés gonflés comme des outres, la peau noire et crevée, corps sans tête, cadavres couverts de moisissure ou de champignons, squelettes décharnés. Tous tenaient des armes rouillées ou brisées et avançaient dans des bruits de grincements d’os et les entrechocs de leurs armes et armures mangées par la rouille. Au milieu de cette masse répugnante, émergeaient de grands bossus armés de poutres ou tenant bien haut l’étendard du Poing Osseux. Les créatures en bures monastiques semblaient également escorter des hommes ou des femmes portant des robes de couleurs vives qui avançaient en écartant les bras et en effectuant des gestes complexes.
Des foutus nécromants !
Les arbalétriers tentèrent de viser les sorciers mais les cadavres ou les bossus s’interposaient devant les carreaux. La plus grande confusion régnait à travers la première armée. Les Gleirgs lancèrent leurs derniers rochers, tuant une nouvelle poignée de soldats. Enfin, abaissant son épée, Voldrath et ses cavaliers, rejoints par le reste de la légion du Poing Osseux, lancèrent la charge.
Cromoald poussa son cri de guerre, bientôt relayé par le reste de la première armée. C’était également le signal pour les Maîtres-Ours. Ces derniers relâchèrent les ursidés qui se jetèrent au devant des cavaliers squelettes. Voldrath en tua deux au passage, moulinant de droite puis de gauche tandis que le reste de la cavalerie buta contre les masses de poils et de crocs.
Reprenant confiance, la masse kreüze s’avança au contact de l’ennemi.
Les haches firent des ravages dans les corps lents et décrépis des fantassins morts-vivants et la neige fut bientôt marbrée d’un sang noir et écaillé, rejoints par des lambeaux de chairs et des membres épars.
Le général était en première ligne, abattant sa lourde hache sans relâche, éclatant des cages thoraciques, tranchant, bras et jambes, faisant voler les crânes. Mais les corps refusaient de stopper leurs attaques. Les bras tombés à terre tentaient encore de frapper, les bouches s’ouvraient dans le vide, pour happer la chair des vivants, des jambes cognaient dans la neige. Certains soldats tombèrent ainsi sous des coups bas et perfides. Trois Gleirgs, accompagnés d’une poignée de bossus se portèrent à l’aide de la cavalerie squelette et engagèrent les ours de guerre. Les géants frappaient à main nue ou tentaient de piétiner les ours et à chacune de leurs attaques une bête tombait. Les bossus n’étaient pas en reste et fracassèrent des crânes velus en utilisant leurs poutres et leurs troncs avec une effrayante dextérité.
Voyant que Voldrath se retrouvait coupé de son avant garde, une dizaine de Kreüzes chargea courageusement le cavalier. Calmement, il en tua trois, en quelques revers de lame, avant de lâcher son bouclier et de saisir le quatrième de son bras libéré. Tenant le Kreüze par le cou, il le leva à lui sans effort apparent pour planter ses crocs dans la carotide du soldat barbu. En quelques instants, il le vida de son sang et le rejeta au loin comme une simple guenille. La chair de Voldrath se mit à enfler et un bouillonnement grotesque déforma ses traits. Les autres Kreüzes avaient à peine ralenti leur charge mais Voldrath les prit de cours en sautant à terre et en se précipitant sur eux.
Sa lame en faucha deux de plus puis il planta ses griffes dans l’épaule du survivant et il but à nouveau à la carotide de sa dernière victime. Sa musculature enfla à nouveau, le squelette d’avant céda la place à un colosse à la peau blême et au menton luisant et écarlate, faisant sauter quelques croûtes de rouilles logées entre ses articulations.
Les nécromants se mirent à psalmodier leurs formules impies et les ours tués par les Gleirgs et les premiers cadavres kreüzes se mirent à se redresser.
La bataille s’intensifia. Les Kreüzes, forts de leurs succès contre la masse lente des cadavres se lancèrent contre les Gleïrgs. Leurs haches entaillèrent les membres pourris et à force finissaient par les détacher des corps répugnants. Mais, en retour, les pertes étaient effroyables. Les géants fauchaient les guerriers Kreüzes par dizaines, les écrasaient à coups de pied ou de rochers, pour les rares Gleïrgs qui avaient récupéré leur projectile.
Voldrath avait tué, à lui seul, une cinquantaine de soldats et en avait bu une dizaine. Désormais, son corps immense et boursouflé se déhanchait à travers le champ de bataille. Il tua une jeune recrue et tenta à nouveau de boire son sang mais dés qu’il eut porté ses crocs contre la blessure béante, Voldrath fut secoué par un spasme avant de vomir des litres de caillots sur la masse cadavérique qui l’entourait.
16 avril 2008
Ebooks et Nouvelles
Quelques news, puisqu'une de mes nouvelles vient d'être acceptée par la belle revue Black Mamba, spécialisée dans le pulp et l'aventure. Pour la petite histoire, après une rencontre à Frontignan, je leur avais envoyé une nouvelle "crash test", intitulée "Harry Peloteur et la coupe de foutre", qui bien sûr fut refusée. Retrouvailles au salon du livre et expédition d'un second texte, plus dans le ton "aventures orientales" qui lui a été pris...
Bouclage d'une nouvelle polar pour l'atelier de presse sur le thème du printemps...
Je suis également en train de passer progressivement à l'Ebook. J'ai testé la lecture sur Pc portable, trés bien dans le train, le palmtop
une bécane un peu antique, peu pratique pour la lecture mais trés bien pour la prise de note, en balade etc... Robuste et roots.
Le PDA est également une bonne option de lecture et j'ai donc lu mon premier Ebook, en l'occurence Rézo, texte gratuit distribué par EONS
et écrit et remanié par Laurent Genefort. Texte d'aventures Cyberpunk assez classique mais plutôt de bonne facture, hormis peut-être un côté pur/lover du héros et quelques longueurs. J'ai en profité pour mettre le mien sur ma machine histoire de le compulser en prévision du volume II que je devrais entamer sous peu
.
Pour info, le site américain TOR, propose d'envoyer gratuitement par mail un roman de SF/Fantasy par semaine. j'ai donc commencé la lecture de Cristal Rain, fantasy uchronique façon Alvin le Faiseur mais en moins bien écrit, trés basique, descriptif. A voir si le monde va finir par me séduire ou me lasser. Par contre, l'autonomie de la machine et le confort visuel, m'incitent tout de même a rechercher activement un véritable Ereader, celui de Sony par exemple. Par contre cette machine n'est toujours distribuée en france et il me faudra passer par Ebay ou un autre site de vente en ligne.
Force est de constater la frilosité des gros éditeurs (et auteurs) français pour le moment face au livre numérique. Par contre la Fnac a commencé à développer une plateforme d'ebooks. Les choses devraient bouger d'ici peu.
A suivre...
29 mars 2008
Shock to the system II
Un entretien sur ActuSF avec Gilles Vidal à propos de la collection SF de l'@telier de presse
http://www.actusf.com/spip/article-5676.html
Le tome II est déjà en chantier, je vais sans doute collaborer avec Serial Industries pour une Bande son élaborée en même temps que le texte.
Sur le front des projets divers, pas mal de nouvelles bouclées ces deux derniers mois. Peut-être pour un ou deux recueils, un fantastique et une compile polardeuse. Quelques concours, également.
Bien avancé dans mon histoire de Fantasy, ça a l'air de tenir la route, plus ou moins, hormis quelques passages plus faiblards et des problèmes de rythme.

Je vais entamer la rédaction de la grande bataille centrale du livre, le siège d'une cité nordique par une horde de morts-vivants. Pour cela, le re-visionnage de Kagemusha s'impose de lui même.
28 février 2008
Le Coeur Inachevé : annonce / teaser
Allez en guise de "Teaser" un nouvel extrait du Coeur Inachevé, trilogie Cyperpunk se déroulant dans un sombre futur lointain. Texte accepté par l'@telier de Presse et par Gilles Vidal, ancien créateur des myhtiques éditions de l'Incertain. Je vais donc me retrouver avec Frémion, Andrevon, Anaïs Cross et Jean Yves Calvez pour me lancer dans l'aventure numérique. Idéal pour ce texte et pour tester un peu cette nouvelle piste pour la diffusion de textes en support numérique. Dès que le bouquin sort (301 pages bien tassées), je mettrai un portfolio sur le blog et quelques infos sur la suite à venir...
The main thing I hate about bus travel is that you have
to sit next to the type of people who ride buses
Kyle Barker
"Why I hate SATURN"
Bei jing District était l'une des villes-puits les plus profondes de Global-Cité. Elle se déployait sur plus de 200 niveaux et continuait à forer une terre recelant de nombreuses richesses : uranium, métaux rares, hydrocarbures. Ses servomines et ses sondes thermiques s'approchaient graduellement du centre de la planète. C'était donc un District très riche et de nombreuses corporations y possédaient un pilier/immeuble. Wyddie Crook, gamine de 21 ans, y vivait depuis son enfance. Elle résidait, pour le moment, chez ses parents, au 56 ième niveau mais depuis quelques mois, elle désirait briser l'unité familliale et demander à la toute puissante Agence Globale de Logement de lui fournir un appart pour elle seule.
Wyddie quitta sa chambre et se rendit dans le bloc cuisine. Un servo lui prépara un bol de nourriture-base, ainsi qu'un verre de néo-lait. Wyddie n'était pas bien grande, 2,05 mètres, rondelette et afroasiatique, elle avait un visage rond piqué de tâches de rousseurs, des cheveux noirs noués à la façon antique appelée aussi dreadlocks, une large bouche rieuse et des membres solides. Ce matin là, elle portait un blouson vert étriqué, un pantalon en Slack quadrillé et une paire de bottes en plasteen. Elle vida son verre de néo-lait et se préparait à attaquer sa ration matinale de nourriture-base quand sa mère entra à son tour dans le bloc cuisine. C'était une jeune sexagénaire, originaire de Komogo, une grande Kara qui, du fait de son boulot, était obligé de s'envoyer des stéroïdes concentrés. Gabora Crook bossait en effet comme auxilliaire humaine dans une servomine de Yushù District. C'était une grande ouvrière qui de temps en temps, devait manier les briseurs soniques et les phasers courts, tout en étant capable de diriger la SuperNode qui contrôlait la servomine. Elle ébourrifa la chevelure de sa fille et commanda une rasade d'HormoChoum au servo.
¾ Salut, ma petite Wyddie, t'es bien matinale...
¾ Je te trouve aussi bien matinale, M'a, de l'HormoChoum au petit déjeuner, heûrk...
¾ J'ai besoin de ça pour démarrer ma journée. Ey ! Trois heures de boulot par jour, quand même. Sans compter le transport. J'en ai pour une bonne vingtaine de minutes en Phastram. De toi t’épuiser une femme !
¾ Je sais, M'a, tu me l'as déjà raconté.
¾ T'énerve pas ma petite Wyddie.
¾ Je m'énerve pas, M'a.
Gabora ne termina pas son verre d'alcool à 50°. Elle émit une grimace et le jeta dans l'évier. Puis elle vérifia l'état de sa combi de plasteen. Cette dernière, de couleur brique, était basée sur le même modèle que les impers de protections des flics du cadre Elite. Les galeries des servomines pouvaient receler des dangers imprévus : explosions de gazs volatiles, surchauffes des sondes thermiques, effondrements, sans compter les attaques des clans. Gabora possédait également un casque incassable et capable d'absorber la plupart des chocs.
¾ Désolée, Wyddie, j'aurais pas dû te parler comme ça...Excuse moi.
¾ Arrête de t'excuser tout le temps, M'a, ça en devient pénible.
La grande ouvrière se plaça derrière sa fille et l'enlaça.
¾ Je t'aime ma petite fille, je t'aime très très fort.
¾ Yep ! M'a je sais.
¾ Qu'est ce que tu as prévu pour la journée ?
¾ J'ai encore rien prévu. J'aime pas prévoir. J'irais peut-être à l'école.
Gabora lâcha sa fille et lui demanda, prenant un ton grave :
¾ Tu as des problèmes ? Tu veux peut-être que j'augmente le montant de mes virements sur ton compte.
¾ Coupe ça, M'a ! J'ai assez de crédits avec le Minimex.
¾ Attends que ton père se lève, il pourra te dire si l'hypervision passe de bons progs.
¾ Je serais partie bien avant qu'il se lève. P'a n'émerge jamais avant 14 heures.
Gabora renonça. Elle prit son casque son son bras et quitta l'appartement non sans avoir gratifié sa fille adorée d'un baiser aussi émouvant qu'étouffant. Wyddie attendit qu'elle disparût pour s'essuyer la joue et finir son bol de nourriture-base. La jeune fille jeta un oeil sur la node portable qui ceignait son poignet droit. Doofus, un de ses amis, lui avait offert ce cadeau le trimestre dernier, pendant la fête apocalyptique du nouvel an 470. Il était 9-06 Heures. Son père roupillait encore sur son hypno.
Normal. Une fois de plus, il était rentré au petit matin, blindé à l'HormoChoum, l'organisme saturé de molécules anti-virales. Il s'était laissé entraîné par l'un de ses amis et Wyddie aurait pu retracer leur parcours tant il était invariablemant le même. Bouffe au niveau 24, dans l'un de ses piliers-restau qui faisait la gloire du District, sans doute s'étaient-ils offert les saloperies téléportées du Dragon Céleste ou du Kami en folie. Ensuite, petit détour dans un came-center histoire de remplir leurs paniers de noctambules. Ils avaient dû descendre dans les bas niveaux et vaciller de Barnéons en servobordels.
La jeune fille alluma l'hypercom de la cuisine et passa en revue les chaînes les plus intéressantes.
Turner/Kaolin débitait des infos, Golden Age diffusait une série Zéro antique, Gun Crazy d'H. Lewis, un film en deux dimensions qu'elle avait vu l'année dernière, alors qu'elle fréquentait un Apprenti-réalisateur originaire de Xico District. Il s'appelait Stach Bennings et elle l'avait laissé tomber après deux mois de dérive dans les bas-niveaux. Cet enculé de biomasse de Stach avait fini par rejoindre une phalange de Gueules-Blanches. Wyddie n'avait pas supporté de voir son lover se gratter la peau au mirco-laser pour se conformer aux codes des dérivants génétiques.
Elle changea de canal, ce foutu film lui flanquait le cloporte, pour atterrir sur UltraSound, une chaîne de musiques violentes (du Body/Rush ou du Nodo-Grind) et de collages en hypervidéo, regardée majoritairement par des Xcrackés et autres légumes bouffés par l'Orviétan et le Spatial K. Avec un sourire malicieux, elle commanda à la Node de booster le volume sonore. Les hurlements et les pulsations subsoniques emplirent l'appartement de la famille Crook.
Quelques secondes après, le père de Wyddie ouvrit la porte et pointa sa figure encore marquée par les excès de la nuit dernière. Crook Yeou était un petit sexagénaire replet d'origine Han. Cheveux noirs et drus, yeux bridés et large bouche. Il portait un pyjama écarlate et une pompe à dessouler était accrochée à son bras droit. L'ustensile était un simple cylindre, contrôlé par une une microNode qui surpervisait le filtrage sanguin et l'élimination des toxines. Les pompes à dessouler Veiss-Lechamps étaient les meilleures amies des grands fêtards de Global-Cité.
¾ Wyddie mon coeur, ça ne te dérangerais pas de baisser un peu ton émission ?
¾ Relaxe P'a, j'allais partir.
Yeou enleva l'aiguille plantée dans son bras et dégraffa la pompe avant de la poser contre la table. Il regarda sa fille en écarquillant les yeux et lui demanda :
¾ Pourquoi est-ce que tu as tellement boosté le son, alors ?
¾ Qu'est ce que tu veux ? J'vous dérange, peut-être, toi et M'a.
Sachant parfaitement ce que Wyddie avant en tête, c'est à dire son indépendance, Yeou se ravisa. Il s'excusa en joignant les mains et dit humblement :
¾ Non, non, tu avais sans doute envie d'écouter ton groupe préféré, c'est légitime.
Puis faisant semblant de s'intéresser aux images aléatoires et informes qui s'agitaient dans l'hypercube, il dit :
¾ Ha oui, ça doit être Prickpitt ou RadRags...
¾ Yep ! Moi j'en sais rien, je fréquente plus beaucoup les Barnéons tu sais.
Yeou se sentait mal à l'aise. Sa fille était de plus en plus agressive. Il avait beau essayer de nouer un contact, elle ne pensait qu'à casser tout ce qu'il lui disait. Yeou savait que Wyddie allait bientôt partir, malgré sa jeunesse. Enfin, 21 ans, c'était un peu tôt pour quitter la cellule familiale. le père Crook détourna les yeux et commanda un petit déjeuner au servo.
Wyddie baissa le volume puis coupa carrément l'hypervision. Elle fonça dans sa chambre. Un espace minuscule renfermant : son propre poste hypercom avec sa node, un grand lit-H, quelques tablettes encombrées de cubes programmes, un paquet de Canna ouvert, des progs éducatifs, des servoseringues estampillées du Globe Rouge et une servopeluche de nounours un peu rouillée. Elle ramassa un sac en plasteen qu'elle se colla dans le dos et avant de quitter l'appart, retourna dans la cuisine.
Son père, en pleine descente, buvait avec peine son verre de néo-lait. Sa peau semblait flasque sous le pyjama écarlate, ses yeux tiraient sur le vitreux et ses doigts étaient agités de tremblement.
04 février 2008
HAUTE FANTAISIE
Une illustration de Jef Solmon, pour un projet en cours, un peu en instance, en attente de nouvelles de l'éditeur. Pas mal de relances sur des projets de E.books, publication en ligne, préparation d'une compilation de nouvelles, reprise d'un polar étrange et poursuite d'un texte de pure fantasy, pratiquement de la BCF (Big Commercial Fantasy). Finalement, la Fantasy est un genre extrêmement délicat, le cadre, l'ambiance, la "suspension de l'incrédulité" etc... il convient de récréer un monde entier et de le faire "tenir". En tout cas, voici le début d'un projet trés classique, avec paladins, nécromants, épées magiques et batailles épiques. Enflin classique, le héros est un chevalier crépusculaire, ayant un pied dans la tombe...
Ouverture
L’Empire Œcuménique n’a reposé que sur trois piliers. D’abord, La dynastie guerrière des Kreüze,ensuite le principe de la Cente, cet impôt impérial qui n’a jamais excédé le 10ème de la richesse des duchés et des seigneuries rattachées à l’Empire et enfin la totale liberté de prêcher pour tous les cultes.
Notre ordre, celui de l’Infant-Dieu, ne sert en vérité qu’à renforcer ces trois piliers. Nous ne sommes en aucun cas la religion dominante.
Nous appuyons les Kreüze dans leurs guerres frontalières et déjouons certains complots de la Cour Œcuménique, nous veillons à ce que les Centeurs n’abusent point de leur pouvoir et dans l’ombre nous surveillons les innombrables cultes de l’Empire.
Notre ordre ne regroupe qu’une poignée de scribes et encore moins de paladins. Mais depuis trois siècles, nous sommes la manifestation de la puissance de l’Infant-Dieu.
Nous sommes la peur de dieu.
Galvius : Ecrits sur l’Empire, an 304.
1.
Soulevant ses chausses imprégnées d’une boue froide et collante, l’homme corpulent se mit à maudire les chemins tortueux des terres marécageuses du Riiwharren. Il était vêtu d’un grand manteau de laine graissée de couleur grise et portait sur son dos un paquetage hétéroclite composé d’une dizaine de petits coffres en bois renfermant de précieuses épices. Ses deux fils, respectivement âgées de 17 et de 12 ans, portaient le même manteau ainsi qu’un bonnet en feutre écarlate. Le plus grand sondait le sentier à l’aide d’une branche de bois tandis que le plus jeune supportait sur ses épaules malingres, quelques pièces de tissus.
Jovan, Le marchand, redressa la tête en direction du ciel.
Le crépuscule arrivait déjà, teintant l’air maussade d’un bleu sombre qui annonçait une nuit noire. Jovan s’arrêta alors et se massa les cuisses. Bien que fort et doté de bras et de jambes épaisses, il avait de plus en plus de mal à parcourir de si longues distances et à déplacer sa panse confortable.
Elowan, son aîné revint vers lui et déclara, tout en secouant son bâton boueux :
— Le chemin n’est plus très sûr, mon père. Après quelques enjambées, je ne sens plus les pavés.
Jovan se força à se redresser malgré sa fatigue et regarda les alentours. Les collines couvertes d’herbes folles cédaient progressivement la place à une forêt de grands pins décharnés. Remonter au nord, vers la forêt était l’option la plus sûre pour éviter de s’embourber dans un des « trous d’homme » du marécage ou subir les émanations méphitiques nocturnes. Toutefois, cela les éloignerait de Beg Narven, leur destination. Un hameau de tanneurs et de fileuses, situé un peu plus au sud dans la forêt qui encerclait cette portion marécageuse.
Ils perdraient sans doute une ou deux journées.
Itjik, son second fils, soupira à son tour et commença à défaire la corde qui lui meurtrissait les épaules. Son père l’arrêta et, pour le soulager, prit quelques carrés de tissu qu’il coinça dans son dos, entre les cordes et les petits coffres.
Ouvrant alors la marche, Elowan sortit une torche. Son père fouilla dans les poches de son lourd manteau et en sortit le précieux briquet qui renfermait la pierre de feu. Il fit jouer le mécanisme et enflamma la torche tenue par son fils. La résine de pin dégagea une fumée noire et odorante qui arracha quelques larmes à Elowan et à son père. Itjik, le cadet, était resté en retrait et massait ses chevilles endolories.
Alors qu’il se redressait pour rejoindre la torche qui continuait d’avancer prudemment sur le chemin, il repéra un mouvement, à une trentaine de coudées, sur la gauche. Une forme voûtée qui donnait l’impression de vouloir se fondre dans la pénombre. Tandis qu’il se précipitait vers son père et son frère aîné pour les prévenir, il vit que ces derniers s’étaient immobilisés, comme pétrifiés. Elowan balayait les ombres en agitant sa torche.
La sente s’arrêtait peu après et donnait sur une très ancienne nécropole composée d’un amas de stèles renversées et de dolmens moussus effondrés. Les pierres funéraires étaient comme mangées par les arbustes et certaines semblaient être étranglées par les racines des arbres avoisinants. Le père huma l’air ambiant. Il y décela une odeur de terre retournée mêlée à des senteurs de putréfaction.
Il leva le bras droit pour intimer à ses fils de rester immobiles.
Elowan, nerveux, rompit le silence et demanda :
— Père, qu’attendons nous ?
— Je n’aime pas traverser les nécropoles non répertoriées la nuit venue. Je ne me rappelle pas d’un tel cimetière sur la carte que…
Itjik osa l’interrompre :
— Père, j’ai vu quelque chose bouger, là bas, à côté de nous. Nous devrions nous hâter et passer cette nécropole qui semble déserte. Rejoindre Beg Narven au plus vite.
Jovan hésita puis, arrachant la torche des mains de son fils, rebroussa chemin. Tout en imprimant un rythme vif à ses enjambées, il leur ordonna :
— Nous revenons sur nos pas. Le chemin est sûr si nous ne quittons pas le sentier de pierre. Retournons vers le dernier hameau ! Vite !
Mais à peine, eurent-ils arpenté quelques brasses à rebours que trois inconnus surgirent des fourrés. Le premier était un grand homme sec, vêtu d’un bonnet de suif noir et portant des haillons terreux. Entre ses mains, se balançait une longue gaffe terminée par un crochet barbelé également maculé de terre.
Le second avait tout de la brute Sarle. De taille moyenne mais massif, crâne rasé, torse nu. Il avait pour vêtement principal une paire de braies en peau de chèvre, des sandales crottées, un collier de dents autour du cou et de multiples tatouages concentriques sur le torse et les bras. Chacun d’eux étant la marque d’un crime en vertu des traditions des îles Sarlaises. Une face plate, édentée et borgne. Dans ses mains énormes et calleuses, il tenait un bâton rudimentaire dont une extrémité était terminée par un long clou de bronze qui traversait le madrier de part en part.
Le dernier homme se tenait un peu à l’écart et prit son temps pour s’approcher des marchands, paralysés par cette soudaine embuscade.
Il portait une armure de cuir bouillie, une rondache éraflée et agitait doucement une épée solide dont la large lame se terminait par une pointe recourbée. Son visage bronzé était couturé. Il avançait avec assurance, un léger sourire aux lèvres. Ayant identifié le chef du trio, Jovan dégagea son bâton de voyageur des plis de son manteau et le planta devant le dernier arrivant. Deux bandeaux de tissu ornaient le bout de bois. Le premier, de couleur sable, désignait Jovan comme un colporteur d’épice. Le second, noir et argentée, le plaçait sous la protection de la guilde la plus influente de Seïmar, la perle du sud. Une guilde si puissance qu’elle ne possédait pas de nom et était juste identifiée par ces deux couleurs, le noir et l’argent.
La plupart des malandrins et autres voleurs n’osaient pas attaquer les membres de cet ordre marchand. Ou du moins, ils tentaient de négocier. Mais l’homme à l’épée ne sembla pas être impressionné le moins du monde par l’effet de manche de Jovan. Sans se départir de son sourire, il le salua de l’épée et se présenta :
— Salutations, messires. Je me nomme Keneït. Merci de nous abandonner vos possessions, or et épices.
Pendant ce temps, l’homme à la gaffe ainsi que le Sarle au gourdin, s’étaient encore approchés des deux fils de Jovan en jouant avec leur arme respective. Malgré la voix posée et les manières policée du dénommé Keneït, le colporteur d’épice avait le sentiment qu’ils ne quitteraient pas vivants le sentier des marécages. Il serra donc son bâton et recula de deux pas pour prendre une position de garde.
Keneït émit un léger ricanement et d’un geste rapide projeta sa lame recourbée vers le ventre rond de Jovan.
A cet instant, une grande masse noire s’avança sur le sentier de pierre et une immense épée à deux mains vint s’interposer entre l’arme du brigand et la chair du colporteur dans un fracas de métal.
03 janvier 2008
Les Arcanes du Club Van Helsing
Ayant enfin bouclé un texte pour la série de fantasy urbaine créée par Guillaume Lebeau et Xavier Mauméjean, je vais retracer les origines et éplucher les quelques bouquins qui me sont tombés dans les griffes.
Le principe : Trois films à mon sens forment la base de cette série, Van Helsing, Blade et le très bon Underworld. Chasseurs contre créatures fantastiques. Haute technologie humaine contre griffes et crocs monstrueux.
Comme le Poulpe, les épisodes sont indépendants mais contiennent une trame plus globale qui est la lutte de Van Helsing contre Barnum.
Sous forme de « saisons » dans le style des séries télés, le CHV essaye de renouer avec cet autre monstre de plus en plus mythique et en voie d’extinction, le serpent de mer qu’est la littérature populaire.
La térabible : est un document secret et confidentiel qui peut brûler le regard des non-initiés et donc aucun détail n’en sera donné ! Il contient de plus les plans secrets du Bedlam Asylum, le repaire fortifié du Club ainsi que la liste des chasseurs en activité.
La polémique : éreintée sur le site du Cafard Cosmique, encensée sur d’autres, la série a déchaîné quelques passions. Faut-il foncer dans la parodie nawak ? Essayer d’aborder des questions plus profondes, rester désinvoltes, second degré ? Tenter le postmoderne ?
Les objets : par contre, il y a une belle unanimité sur les livres eux-mêmes, couvertures sobres, grisées, beau dessin, beau papier, photos. Du coup, les livres sont un peu chers… Mais à l’aube de l’explosion numérique du texte, tabler sur des objets un brin « de prestige » permet de capter les collectionneurs. Je ferais juste un parallèle avec les paradoxes actuels qui frappent le marché de la musique, personne n’achète de disques mais certains se vendent des fortunes sur E-bay quelques années après.
Cold gotha / Guillaume Lebeau : Livre introductif de la série qui présente Hugo, James Citrin ainsi que quelques chasseurs confrontés à Dracula et à une bande de vampires et de garous. Thriller fantastique ultra speed et émaillé de marques et/ou de descriptions/notes technico/scientifiques qui en ont énervé certains. Pour ma part, ça fait partie du côté Comics du projet, comme les super héros qui font des cours de physique nucléaire en se balançant des pains dans la face.
Entrée directe dans l’action, nombreuses scènes balistiques. Ça défouraille à tout va mais ça reste prenant de bout en bout. A noter le procédé façon split/screen dans la lignée de 24 heures.
Mastication / Jean-Luc Bizien : Où l’on partage la vie de Vuk, mercenaire des balkans aussi violent et amoral que les lycans (loups garous) qu’il traque à travers Paris. Jeu de massacre et jeux de mots, parfois bien tirés par les poils de garou. Rigolo, fluide et jouissif.
Tous ne sont pas des monstres / Maud Tabachnik : Etrange texte qui sort carrément du cadre Underwolrd/Blade pour faire de Nathan, feuj un rien bobo, le maître du Golem dans un affrontement politico/religieux contre le djinn, en pleine banlieue éruptive. Sujet glissant mais elle met les deux forces assez dos à dos. Certes certains personnages sont un peu des silhouettes de carton et le format assez court et l’intrigue serrée ne permettent pas trop de faire dans la nuance, mais pas ressenti de charge « orientée ». Impression quand même de lire une nouvelle plutôt policière dont le point d’orgue est en réalité le meurtre de la sœur par le frère fanatisé, le club et le fantastique sont un peu « plaqués » sur cette intrigue, même si les descriptions gothiques sont bien foutues. Livre en demi teinte pour ma part.
Mickey Monster / Bretin-Bonzon : De la bonne grosse série B qui fleure bon la collection Gore d’antan. L’aspect chasse « boum-boum » est un peu gommé, c’est un peu le brave type face à la chose venue d’un autre monde mais j’adore les scènes de tripaille à l’ancienne ! Ils jouent avec les références du genre, s’en jamais s’en moquer et tomber dans la parodie facile. A noter également une très bonne scène introductive au Bedlam Asylum. Grand fan du blob, ce livre est mon préféré à ce jour. Bien écrit, prenant, grinçant.
Leviatown / Philippe Le Roy : Le pavé de la collection, 200 pages ! Ambiance jeu vidéo un peu nawak, du style les X-men contre Godzilla en écoutant du métal à fond la caisse, avec une héroïne qui ressemble à la tueuse asiatique de Sin city ! Baston à tout les étages dans une grande tour façon Twin-Towers, démons écailleux, zombies et compagnie.
L’action se situe dans le futur et confronte un paquet de chasseurs au Léviathan. Pas du tout accroché à ce côté jubilatoire et gratuit avec une écriture en roue libre, parfois très efficace, parfois à côté des personnages et de la situation.
Délires d’Orphée / Catherine Dufour : Senoufo Amchis, dernier harponneur d’une confrérie de baleiniers, se lance à la recherche de la Lyre d’Orphée, récemment dérobée par un voleur frappé de neurasthénie. Ecriture élégante presque décadente, tension importante entre le chasseur et le maître du club, un monstre brumeux, des références mythologiques. Un vrai beau livre empreint d’une nostalgie triste sur au final, les amours mystérieux d’Hugo Van Helsing.
Beaucoup aimé ce livre, enquête minimale mais ambiance terrible et crépusculaire. Et j’apprécie de plus en plus les textes qui mettent en scène des héros perclus de rhumatismes. Un must !
Freakshow / Xavier Mauméjean : Dernier bouquin de la saison 1, qui s’ouvre sur un choc ! L’attaque du Bedlam par l’armée des Freaks de Barnum. Bien écrit, référencé, assez drôle, j’attendais sans doute trop de l’opus de Xavier Mauméjean. J’attendais un vrai portrait de Barnum, l’ombre antagoniste d’Hugo mais le grand adversaire du Club reste malheureusement trop vaporeux. L’intrigue part un peu dans tous les sens, bel hommage à Alan Moore et à ses Watchmen au passage, mais oscille entre réaliste et manipulation mythographique ou textuelle. De même le final tombe un peu à pic, coupant l’effet de la confrontation ultime. Agréable à lire mais un brin frustrant.
Impression de la saison I : hormis le livre de Johan Héliot que je n’ai pas encore pu dégotter malgré une traque effrénée à travers les Fnac et librairies du coin, le CHV tente de renouer avec le genre fantastique sans toutefois céder à la nostalgie. Pari osé, casse-gueule mais plutôt réussi malgré l’hétérogénéité des titres et le côté non linéaire.
Hugo Van Helsing marque profondément cette première livraison tant sa personnalité semble écraser celle des autres chasseurs. Le premier et de dernier bien sûr, mais également celui de Catherine Dufour. Comme si le syndrome « pouple » frappait encore. Plus facile de fédérer une série sur un personnage fort que sur des guests-stars qui devraient pourtant être les pivots des textes. La dernière ligne de Freakshow laisse pourtant à penser que le maître du Club va passer la main et redevenir une présence lointaine, un soutien logistique pour ceux qui traquent les monstres de Barnum.














