L’ETRANGE FESTIVAL JOUR 8 part II DSC00109

Voici en quelque sorte, le plat de résistance de cette 17ème édition de L’Etrange. Une nuit entière consacrée au label Sushi Typhoon, division de la Nikkatsu, qui s’appuie sur deux principes, des budgets low cost et une certaine folie gore hystéro. La soirée nous est présentée par le pilier de Sushi Typhoon, à avoir Nishimura, spécialiste d’effets spéciaux old school, surnommé par certain de Screaming Mad Georges japonais, dénomination assez fausse, de mon point de vue, Mad Georges n’étant pas réellement un réalisateur, à l’inverse de Nishiro. Il est escorté de son actrice principale, et d’un journaliste de Mad Movies, qui, coïncidence se trouve être un bon pote de mon frangin. Sans compter Eric et Léa à l’orga, le monde est vraiment nano.

HELLDRIVER : de Yoshihiro Nishimura 1 heure 52. DSC00107

Il s’agit d’un director’s cut, soit presque deux heures de sushi Typhoon, on aurait donc pu craindre une indigestion de barbaque et de gore sur un scénario large comme un makki, il n’en n’est rien. Car Nishimura ne se contente pas d’une trame simplette (façon Mutant Girls Squad ou Samuraï Princess) mais va enrober son histoire de vengeance mère/filles au milieu des mutants zombies dans un véritable univers, voire dans un cadre social. L’histoire est assez simple, une étrange étoile de mer de l’espace s’écrase sur terre et sur une mère de famille avant de la transformer en une sorte de démon qui s’en va propager une peste zombie. Sa fille, changée en méka et armée d’une belle épée-tronçonneuse se lance à sa poursuite escortée par une bande de héros cyberpunks. Le film est un festival de bastons sanglantes, de membres tranchés et de mutants à la frontière du surréalisme. Mention spéciale pour la zombie mobile composée de corps agglomérés. Mais contrairement à d’autres réalisations issues du même corpus, Nishimura y ajoute la tension familiale (la bad mother) + un japon futuriste, coupé en deux par la contagion. Images d’actus, scènes de rue, viennent ainsi soutenir l’histoire. Certes le manque de moyens atténue quelque peu cette dimension SF/sociale mais elle n’en n’est pas moins présente. Comme la charge sociale, anti-militariste, voire anti-nucléaire, un peu lourde mais salutaire. Fukushima n’est pas loin en effet et il est évident que ça travaille Nishiro. Autre surprise de ce HELLDRIVER, le film ne mollit jamais, que se soit dans les effets spéciaux ou la surenchères des CGI parfois à la limite du kitsch. Saluons également les performances des deux actrices (Yumiko Hara et Eihi Shiina, habitées et convaincantes. Les hommes n’étant au final que des sidekicks un peu poseurs et ballots, façon Jack Burton, archétype du héros qui ne sert à rien ! On retrouve encore la même bande d’acteurs Sushi Typhoon (grimés parfois) avec des performances plus ou moins heureuses. Ainsi l’acteur principal, très bien dans Cold Fish, incarne ici une sorte de Crocodile Dundee assez bas de gamme. Revenons sur un élément moteur du film, les effets spéciaux. Nishimura, aime le latex, les bambins gores, les pinces, tronçonneuses, et les seins amovibles (barbelés de préférence). On retrouve ces élements dans pas mal de ses réalisations (soit perso soit en tant que responsable des effets) et ses membres mutilés deviennent presque des acteurs à part entière. Il me semble avoir vu la pince dans Samuraï-Princess etc… Recyclage permanent et familier. Je n’irais pas jusqu’à dire que la pince joue mieux que certains acteurs mais bon… Spectacle total et fou, HELLDRIVER emporte l’adhésion au-delà du simple carnage gratuit/bidoche en gros. Jouissance brute sans être complètement gratuite. On en redemande. Petite intervention de Nishimura et du madnaliste, en T-shirt et slip de sumo, bonne déconne avec le public et les deux animateurs finissent sans culotte tandis que nous enchaînons avec l’une des purges de la nuit, à savoir le navrant : DSC00102

ALIENS VERSUS NINJA : Seiji Chiba, 1 heure 25 DSC00113

Le film tient dans le titre, des ninjas contre des aliens, donc… Rigolo sur le papier, dans le trip régressif, le film déçoit du début à la fin. Une bande de ninjas (plutôt historiques mais avec des brushings émos + maquillage à la truelle) se trouve confrontée à des aliens assez mal foutus (pas loin des bestioles de Breeders, c’est dire le niveau de la chose). Bastons molles, humour éteint, comédiens à la ramasse. Deux petites choses à sauver, un délire un peu Yaoï entre les deux héros, une gestuelle très sexuée de la ninjette (mais là encore pas vraiment exploitée) et une victime/gentil paysan se révélant être… Je ne dis rien pour ne pas spoil mais encore faudrait-il que vous atteigniez la fin de cette purge qui semble avoir été faite pour du DTV (direct to vidéo). Malgré tout, la baston et les bestioles en latex extraites de l’anus des ninjas m’ont tenu éveillé.

Seconde intervention des deux duestistes pour un jeu de Shi-Fu-Mi et une nouvelle exhib T-shirt sans culotte. L’ambiance monte de quelques degrés. DSC00108

KARATE-ROBO ZARBOGAR : Noboru Ichugi , 1 heure 41 DSC00118

A la fois respectueux des canons du genre façon Go Nagaï et critique modernisée du genre (façon Frank Miller/Alan Moore pour le lifting radical des comics), KRZ étonne d’abord par une forme impeccable, belle photo léchée, lumière pro, un peu à l’opposée des prod Sushi-T habituelles, saturée de rouge. KRZ surprend ensuite par son absence d’outrances gores, remplacées par un humour nostalgique et parodique. Ainsi le héros, justicier sans tâche est vu comme un fou furieux extrémiste, mais ça ne l’empêche pas d’avoir fait quelques gamins à une cyborg ancienne bad girl de service. Noboru Ichugi, ancien réalisteur de pornos vomito-scatos (belle carte de visite) signe la une des meilleures comédies de ces dernières années parvenant même à diffuser une vraie émotion sur les relations humains/Machines. Le film se scinde en deux périodes, une héroïque (bien délirante avec son lot de scènes délicatement déviantes) et celle contemporaine (post-héroïque donc) avec son chômage, ses héros amers et leurs illusions diluées dans la morosité générale. Belle surprise, superbe pépite de comédie barrée et référentielle pouvant à la fois parler à plusieurs pays et plusieurs générations.

On boucle la nuit avec

YAKUSA WEAPON :  Tak Sakaguchi, Yûdai Yamaguchi, 1 heure 46 DSC00123

Le pitch de cette adaptation d’un manga de Ken Ishikawa (génial co-créateur de GETTER ROBOT) est assez simple : un yakusa old school se fait exploser la carcasse et est changé en une arme de destruction massive équipée d’un bras en forme d’auto-canon et un genou mortier. Il va être confronté à ses concurrents qui recrutent son ami d’enfance lui-même équipé d’une arme de destruction massive humaine (sa petite sœur, mutique, qui lance des roquettes via, enfin… je vous laisse deviner). Sorte de déclinaison de la série Dead Or Alive de Miike, cette arme gangsta est assez poussive dans son déroulement et se trouve plombée, une fois de plus, par le redoutable et redouté Tak Sakaguchi, en surdose de cabotinage ! Grand gueule invulnérable, poseur devant l’éternel, il phagocyte la moindre scène. Après avoir coulé le final de Mutant Girls Squad dans son rôle de vilain travelo mutant, Tak torpille Yakusa Weapon de fond en comble. Et dire que c’est le duo qui a réalisé le mythique Versus qui est à l’origine de cette débâcle ! On sauvera les effets spéciaux,(merci qui ? Nishimura bien sûr !!!) et une mention spéciale pour l’idée de présenter un building rempli de combattants façon jeu-vidéo, pour les éliminer d’une seul bouton sous une montagne de bâtons de dynamite. Pas aussi chiant que ALIENS versus NINJAS, YAKUSA WEAPON ne restera pas dans les mémoires. Avis complètement différent de Léa qui a surkiffé Tak le bogoss ! comme quoi, l’égout et les douleurs, ça ne se discute pas !