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Donc poursuivons le festival, avec pour débuter ce dimanche :

EX-DRUMMER : de Ken Mortier, durée 1 heure 41. 2007. DSC00041

Après une présentation par le réalisateur et deux de ses courts en apéro, le dispensable ANA TEMNEI, collage arty-trash de fin d’étude, vaguement nécrophile, et l’excellent A HARD DAY’S WORK, court métrage punk rock bien speed et corrosif, nous voici donc face à cette adaptation d’un roman de Brusselmans.

Un trio de mecs cassés (un homo au bras raide, un junkie sourd se rêvant rock star et un chanteur zozotant chauve et tatoué qui tabasse les femmes dans les parkings) engagent un écrivain célèbre d’Ostende pour un unique concert rock. 

Le film bouscule le spectateur par sa vitesse et ses outrances, vomi/gerbes de sang, une violence éruptive presque naturelle, visite d’un vagin défoncé (façon calmos de Blier), sodomie double-dimension frontale et une ambiance poisseuse de pauvreté immersive façon « Affreux Sales et Méchants ». Ex-Drummer regorge également d’inventions de mise en scène, générique à l’envers, inversion du monde du chanteur chauve, monologues de cadavres.

Dans cette galerie monstrueuse l’écrivain finit par se tailler la plus belle part de veulerie et de crevardise. Car lui, en effet, est une espèce de touriste dans cette pauvreté. Il traverse des appartements minables, échange des dialogues orduriers avec amis/femmes des autres membres du groupe et les humilie en permanence. Véritable « étoile noire », son passage perturbe, fracasse, comme un « Théorème » inversé. Cela culminera dans la scène du concert ou le monde s’écroule sur son sillage sous une musique plombée façon « Neurosis ».  Le concert étant également « la réussite » du groupe des perdants puisqu’il va même souder une sorte de tribu hétéroclite.   

Film choc, entre visions surréalistes et crudité EX-DRUMMER hésite toutefois entre la charge humaniste (une sorte de hurlement social) et l’ironie sombre. Le final et les monologues zombies sont en quelque sorte « de trop » même s’ils sont très drôles.  La pire des crevures  d’EX-Drummer est bel et bien cet écrivain décalé, cultivé et manipulateur, reflet grinçant des spectateurs. Crachat acide en plein dans nos  gueules de goriens/vauriens ayant érigé le second degré ricanant en mode de vie.

 

THE UNJUST : 2010, Ryoo Seung Wan, 1 heure 59. DSC00043

Thriller d’honnête facture, commençant comme un Seven (le suspect dans une histoire de meurtres d’enfants est abattu lors d’une bavure) mais bifurquant très vite vers une sorte de INTERNAL AFFAIRS dont le cœur du sujet est la collusion entre police/justice/maffia/ entreprises. Deux personnages s’affrontent, un jeune procureur aux dents longues qui vit littéralement dans une corruption organisé et un flic mutique, as de la police qui va finir par se corrompre sous la pression de son supérieur.

Filmé d’une manière classique, le film se laisse voir sans déplaisir. Assez alambiqué, il recèle toutefois 3 idées excellentes. Le personnage du flic qu’on croit intègre jusqu’au bout mais dont les petites compromissions vont finir par le détruire, l’enquête criminelle qui n’est en fait qu’une histoire très secondaire et les relations du flic intègre et de son équipe.

 

SALUE LE DIABLE DE MA PART : 2011, réalisé par Juan Felipe Orozco DSC00046

Ce thriller colombien est la première déception du festival, malgré une base qui aurait pu être intéressante, à savoir que deviennent les ancien-guérillero lorsqu’ ils sont amnistiés ? Et que peuvent faire leurs anciennes victimes ?

Le parti-pris du thriller se défend.  La fille d’Angel est enlevée par une de ses anciennes victimes qui lui demande de tuer ses complices d’alors. Il a 72 heures pour faire le ménage. Crimes et cas de conscience, le tout surveillé par les sbires de l’ancienne victime. Classique. Moyennement filmé. Beaucoup de gros plans de visages et Angel, personnage assez monobloc qui ne parvient jamais à transcender un scénario qui pédale dans le Quinoa.

Dommage car lors d’un renversement de situation, un de ses anciens comparses est devenu chef de la police politique est parvient à dessouder les sbires de surveillance d’Angel et menace directement, à nouveau, la victime qui du coup perd le contrôle sur sa vengeance.

Mais le chef de la police en fait des tonnes derrière sa moustache broussailleuse et est moins crédible que le Bennet de Commando ! Idem pour le commanditaire et sa sœur, pourtant la moins idiote du lot.

Une vaine pyrotechnie vengeresse qui crame la moindre réflexion un peu consistante.  On devine qu’Angel était un grand pourri dans les années de maquis mais ça ne sera jamais formulé. Même le meurtre de son meilleur pote reste d’une platitude confondante.

 

Heureusement que le court métrage atomique d'avant "Nuklear family" était d'une belle facture graphique et déviante DSC00044