L’ETRANGE FESTIVAL JOUR 6  DSC00017

 

Jeudi deux gros films dans ma sélection personnelle, une extravaganza tamoule  et une catégorie 3 bannie en Chine. De quoi en saliver !

ENDHIRAN : The Robot : S. Shankar, 2 heure 55 DSC00015

Encore une fois, l’inde fait fort avec ce film grand public hors normes ! Un roboticien de génie (joué par la charismatique super méga star Rajni) délaisse sa copine (la super méga star Rai) et se lance dans la construction d’un robot humain (Chitty, joué également par Rajni). Ce dernier s’éveille aux sentiments et finit par s’éprendre de Rai avant d’être démantelé et d’être récupéré par un vilain savant qui va le reprogrammer en droïd badass !

Le fun populaire à son paroxysme ! Mélange de kitsch tollywoodien (des chansons, des postures, de la comédie familiale un peu lourdingue) et de SF high tech louchant vers le manga (en vrac, Matrix, Terminator, Spider Man, GUNM). Les effets spéciaux sont assez inégaux, l’équipe de Stan Winston semble avoir lancé le projet puis les producteurs auraient fait appel à un studio chinois pour boucler les CGI du coup on oscille entre les très bon et le très bricolo.

Mais cela ne dessert pas cet ENDHIRAN jouissif et efficace de bout en bout, action non-stop et jeté de cheveux au ralenti, moustache frémissante et tangos aériens. Deux scènes toutefois surprennent, tout d’abord celle des « moustiques ». Pour plaire à Rai, Chitty va menacer un gang de moustiques racailles ! dialogues surréalistes, rap insectoïde, le délire va très loin.

La seconde est plus ambigue (enfin du point de vue occidental). Il s’agit du sauvetage d’une jeune fille dans un bidonville (islamique ou hors caste ?). Cette dernière se trouve dans son bain alors que l’immeuble est un brasier, le robot saute dans les flammes, l’exfiltre et la ramène vers la presse. Humiliée, car nue, elle s’enfuit et finit sous les roues d’un 39 tonnes. La salle se met à rire, nerveusement, pris à contre-pied. Humour noir ou autre intention de la part du cinéaste ? Presque une glissade cat III discrète montrant une image fugace et réaliste d’une caste rarement montrée dans le Bollywood classique.

Le final propose une sorte de Matrix puissance 8 sans limite (robots formant une boule géante, un serpent, un géant etc…). Véritable phénomène en Inde, Endhiran semble être le déclencheur d’une nouvelle folie SF, conjonction de la démesure Bollywood et de l’esthétique hight-tech de la machinerie occidentale/japonais. On attend la suite avec impatience !

REVENGE (A love Story) : de Ching-Po Wong , 1 heure 30. DSC00016

Passons du Tamil au Cantonais, pour cette nouvelle production de Josie Ho, déjà remarquée l’an dernier avec DREAM HOME, Cat III sociale d’excellente facture.

L’histoire commence comme un thriller classique, un désaxé zigouille les épouses enceintes d’une bande de policiers. Le meurtrier est vite arrêté et l’on comprend que sa série de crimes est en fait une vengeance implacable.

Ce dernier, en effet, était vendeur de pains-vapeur et amoureux d’une simplette qui, par un malheureux concours de circonstance, s’est retrouvée une nuit dans un commissariat et a été violée par quelques-uns des policiers en faction. Scénario choc, simple mais coup de poing, servi par une esthétique glacée et une interprétation plutôt retenue, voire mutique. Une Cat 3 de luxe qui aurait pu donner un film noir, sans concession, dans la lignée des Old Boy ou du génial Sympathie for Mr Vengeance.

Mais l’esthétisme glacé devient parfois pur maniérisme, voire sombre dans un nawak qui flingue les bonnes intentions radicales. Le must étant cette voiture, lancée à pleine vitesse contre l’un des protagonistes, comme un simple projectile. En y réfléchissant le problème vient du point de vue. C'est-à-dire le vendeur de pains-vapeur. Malgré quelques jolies scènes (très Kim-Ki-Duk période Beneix), il reste comme un caillou de revanche, sans aspérité. Passons sur le twist de mi-film ainsi que sur le jeu de l’actrice, une hardeuse japonaise convoquée pour jouer la scène de viol en full frontal, car aucune actrice chinoise n’aurait osé un tel rôle. Elle joue quand même assez mal et n’est pas vraiment crédible dans le rôle de la simplette abusée. Au contraire de l’actrice du délirant et douloureux « RED TO KILL ».

Le vrai personnage intéressant de REVENGE, c’est le chef policier, à la main tatouée d’une étoile. Brute alcoolisée qui viole dans une sorte de confusion vengeresse et devient par la suite une sorte de mystique altruiste s’occupant d’enfants perdus. Bon en 6 mois sa conversion est un peu artificielle mais le rôle est fort. Violeur et saint-homme. Leur confrontation sera tendue, éruptive et fatale.

A force de vouloir brouiller les pistes, REVENGE se perd dans sa propre brume éthique pour finalement trouver une conclusion similaire à celle de EL INFERNIO, cycle de la revanche, jeunesse homicide aux cheveux empoissés du sang des pères corrompus.